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Politique

Islam, laïcité, famille, diplomatie... Ce qu'il faut retenir du programme de François Fillon

Rédigé par Samba Doucouré et H. Ben Rhouma | Lundi 28 Novembre 2016

François Fillon a remporté, dimanche 27 novembre, la primaire de la droite (et du centre) en vue de l’élection présidentielle de 2017. Islam, laïcité, famille, immigration, Moyen-Orient... Ce qu'il faut retenir des positions du candidat à l'Elysée que personne n'avait vu venir.



Islam, laïcité, famille, diplomatie... Ce qu'il faut retenir du programme de François Fillon
Un boulevard semble s'offrir vers l'Elysée pour François Fillon depuis sa victoire à la primaire de la droite (et du centre) en vue de l’élection présidentielle de 2017. En récoltant 66,5 % des voix, l'ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy n'incarne pas le renouveau politique mais se pose en leader incontesté de sa famille politique.

Son concurrent malheureux Alain Juppé (33,5 %) n'a pas réussi à déjouer les pronostics le donnant perdant dès le premier tour passé. Jugé plus au centre qu'à droite, il a traîné comme un boulet une supposée proximité avec l’électorat de la gauche et du centre mais aussi et surtout avec d’imaginaires réseaux islamistes.

Que dit-il des questions entourant la famille ? Désigné comme le candidat le plus traditionaliste, François Fillon assume et revendique son identité catholique. Il a embrassé la cause des militants de La manif pour tous, recueillant ainsi le soutien du groupe Sens commun, affilié aux Républicains. Si le mariage gay est désormais un acquis, tel n'est pas le cas du droit de filiation. Avec la réécriture en partie de la loi Taubira, il supprimera le droit à l’adoption plénière - et non l'adoption simple - pour les couples homosexuels, pour éviter « qu'un enfant est fils ou fille, de manière exclusive, de deux parents du même sexe ». Aussi, il s'oppose à la légalisation de la gestation pour autrui (GPA), interdite à ce jour en France.

Fin de la surenchère laïcarde... ou presque

Que dit-il de l'islam et de la laïcité ? Le nouveau candidat des Républicains s’était rarement exprimé sur la question musulmane jusqu’à la rentrée où il a présenté son ouvrage Vaincre le totalitarisme islamique. Avec cet essai de 150 pages, François Fillon a tenté de se faire une place dans le débat identitaire et sécuritaire, en déclarant qu'il n'y a « pas de problème religieux en France » mais « un problème lié à l’islam » en France.

Le député de Paris déclare vouloir en finir avec la surenchère des lois qui limitent la pratique religieuse en France. « Pour régler aujourd'hui un problème qui ne concerne que la montée de l'intégrisme musulman, on est tenté de s'attaquer à la liberté religieuse », déclarait-il au Figaro fin septembre. Il ajoutait que « depuis l'attentat de Nice, certains demandent l'interdiction de tous les signes religieux dans l'espace public. Là, je dis stop ! (…) Je refuse une France où l'on ne pourrait plus porter une croix dans la rue, un T-shirt à l'effigie du pape, une kippa, un turban ou un voile ! »

Paradoxalement, François Fillon ne s'est pas fait prier pour soutenir les arrêtés anti-burkini pris durant l'été 2016. Il s'était même dit prêt à voter une loi d'interdiction. « Pas plus que la burqa, dont il n’est qu’un avatar il ne se fonde sur des prescriptions religieuses ou sur une dimension culturelle », avait-il fait savoir, jugeant que le port du voile intégral « relevait déjà d’une logique d’hostilité et d’agression à l’encontre de ce que nous sommes qui, poussée à un degré extrême, a abouti aux attentats récents en France ».

Les musulmans, suffisamment nombreux pour financer le culte selon lui

Parmi les préoccupation du candidat de la droite figure l’organisation de l’islam de France. Ne comptant pas sur le Conseil français du culte musulman (CFCM) que Nicolas Sarkozy a contribué à créer, François Fillon souhaite créer une instance de concertation entre l’Etat et « l’islam de France », sans qu'on en sache davantage sur l'avenir qu'il entend donner à l'instance de dialogue avec l'islam de France, crée sous l'ère Hollande. Selon lui, ce nouvel organisme sera dirigé par « des théologiens, des hommes et des femmes respectés qui puissent servir d’intermédiaires ».

Concernant la question du financement du culte, François Fillon veut que les musulmans de France se débrouillent seuls et se positionne en faveur de l'interdiction des fonds étrangers car « les musulmans sont suffisamment nombreux en France pour financer leur culte ».

Tout autre chose, que dit-il sur l'immigration ? Voulant « reprendre le contrôle de l’immigration », François Fillon se prononce pour les quotas comme Alain Juppé. Mais contrairement à ce dernier, il souhaite la suppression de l'Aide médicale d'Etat (AME) destinée aux sans papiers. Dans son programme, il indique même vouloir « inscrire dans la Constitution le principe selon lequel l’immigration dépend de la capacité d’accueil et d’intégration de la France »... Il est également pour la suppression de l'automaticité du droit du sol pour tout jeune né en France de parents étrangers. Pour obtenir à la nationalité française, il devra en faire la demande à sa majorité.

Contre le terrorisme, des condamnations pour intelligence avec l'ennemi en vue

Quelles sont ses positions en matière de lutte contre le terrorisme ? S’il est élu président, le Sarthois veut lutter contre l’intégrisme grâce à un arsenal répressif nouveau. Il désire la création « sur tout le territoire, de deux ou trois nouvelles cours d'assises spéciales » ainsi que de nouvelles places en prison (environ 80 000) dont 5 000 en établissement « ultra-sécurisés ». François Fillon estime qu’il n’y a pas lieu de voter de nouvelles lois sécuritaires et ambitionne de placer la lutte sur le plan international. En s’appuyant sur le livre IV du Code pénal, il pense pouvoir faire condamner jusqu’à 30 ans de prison tous les Français qui entretiennent des relations avec l’ennemi.

En outre, chaque individu convaincu d’intelligence avec les mouvances terroristes encourrait une expulsion du territoire avec interdiction de retour en France pour les personnes qui ont combattu en Irak ou en Syrie. La déchéance de nationalité ayant été abandonnée en 2016 après moult polémiques à gauche, le candidat LR est donc prêt à remettre ce projet au menu du jour lors de son accession au pouvoir. Faire des Français des apatrides ? « Cela ne m’’empêchera pas de dormir », a-t-il affirmé lors d'un débat de la primaire. Il plaide même le rétablissement de la double peine, à savoir un emprisonnement en France suivi de l'expulsion de la personne condamnée.

François Fillon veut faire en sorte que « les grandes entreprises de l'Internet », comme Google, « aient l'obligation de signaler les échanges suspects », comme « les banques ont l'obligation de signaler les mouvements de fonds suspects ».

Islam, laïcité, famille, diplomatie... Ce qu'il faut retenir du programme de François Fillon

Russie-Syrie, une politique étrangère différente

Quelles relations avec la Russie et la Syrie ? Pour défaire l’Etat islamique, François Fillon promet un changement de cap diplomatique qui passe par un rapprochement avec Moscou. A cette fin, il est favorable à la levée des sanctions économiques adoptées contre la Russie depuis 2014 en réponse à l’annexion de la Crimée. Pas étonnant donc que la Russie voit d'un très bon œil la victoire de l'ex-Premier ministre, prêt à une alliance avec Vladimir Poutine - dont il est proche - pour en finir avec Daesh.

« Il y a un totalitarisme islamique, c'est-à-dire une menace mondiale, en tous cas qui menace une grande partie du monde, et qui est comparable au nazisme, c'est-à-dire qu'on a les mêmes ingrédients : la volonté d'imposer une organisation de la société par la force, une organisation horizontale qui contrôle les consciences, et même une tentation génocidaire, puisqu'ils veulent éliminer les chrétiens d'Orient et chasser les juifs du Proche-Orient », a-t-il déclaré, faisant savoir qu'il n'a pas de problème à aider le régime Bachar al-Assad, malgré les trop nombreuses exactions qui lui sont reprochés contre son peuple.

Avec ses nombreuses propositions chocs (parmi lesquelles figurent la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires), celui qui se dit prêt à « réécrire les programmes d’histoire avec l’idée de les concevoir comme un récit national » - jusqu'à considérer que la colonisation visait pour la France à « faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord » - s'assure aujourd'hui du soutien d'une droite rassemblée (ou presque) derrière son champion pour affronter une gauche fracturée. Les Républicains partent d'ailleurs en campagne avec une confortable assise financière estimée à plus de 8 millions d'euros (une fois déduits les frais d'organisations) grâce aux 2 euros collectés auprès des électeurs.





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