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Religions

Interfaith Tour : après le monde, les jeunes de Coexister prêts à sillonner la France

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Mardi 29 Avril 2014

Après dix mois passés à l’étranger, les cinq jeunes de l’association Coexister, en mission interreligieuse autour du monde, sont revenus en France, lundi 28 avril. Partis à la découverte d’initiatives interreligieuses menées à travers le monde, ils reviennent les bagages remplis d’exemples d’actions de cohésion sociale, qu’ils comptent bien faire partager dans l’Hexagone à travers un tour de France programmé pour début mai.



Ilan, Ismaël, Victor, Samuel et Josselin de retour de leur Interfaith Tour, lundi 28 avril.
Ilan, Ismaël, Victor, Samuel et Josselin de retour de leur Interfaith Tour, lundi 28 avril.
Samuel, Ilan, Ismaël, Victor et Josselin sont de retour. Ces cinq membres de l’association Coexister, qui regroupe des jeunes engagés dans le dialogue interreligieux, ont remis les pieds en France, lundi 28 avril, après un voyage enrichissant à travers 50 pays. Un comité d’accueil des plus chaleureux les attendait à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, où leur avion en provenance de Montréal s’était posé vers 9 heures.

Ces jeunes aux diverses croyances (juif, musulman, chrétien, athée et agnostique) ont mené à bien un projet inédit en France baptisé Interfaith Tour, dont le but était de parcourir le monde pour aller à la rencontre des initiatives interreligieuses. En dix mois, les jeunes hommes ont eu la chance de visiter 70 villes sur les cinq continents. Après avoir passé deux mois en Europe puis au Moyen-Orient le même laps de temps, les garçons ont voyagé durant un mois sur le continent africain avant de se rendre en Asie pour trois mois. Ils ont ensuite séjourné un mois dans plusieurs pays d’Amérique du Sud avant de terminer leur tour du monde en Amérique du Nord.

Ce périple leur a permis de rencontrer des grandes figures religieuses. Ils ont ainsi été reçus par le pape François, le grand imam d’Al-Azhar, Ahmed el-Tayyeb, le patriarche maronite du Liban, le patriarche de Constantinople mais aussi par un descendant de l'illustre Gandhi.

Des actions interreligieuses « à foison »

Après des premières retrouvailles chaleureuses et émouvantes avec leurs proches et leurs amis de Coexister venus les accueillir, Samuel Grzybowski , Ilan Scialom, Ismaël Medjoub, Victor Grezes et Josselin Rieth ont, c’est certain, bien des aventures à leur raconter.

Partis dans l’optique de découvrir et de glaner des informations sur les initiatives interreligieuses menées dans différentes contrées du globe, ils ont été servis. La pêche a été plus que fructueuse. Dans le monde, « des choses se font et à foison », indique Samuel, également fondateur de Coexister. Face à un large choix, les garçons ont sélectionné 435 initiatives interreligieuses. La France est le « seul pays où le mot interreligieux ne veut rien dire à personne. Partout, ça marche mieux qu’ici », constate-t-il. Pourtant, l’interreligieux « est un levier du vivre-ensemble et de cohésion sociale », estiment nos jeunes aventuriers, pour qui l’Etat français aurait tout intérêt à exploiter un tel créneau.

Ils ont pu constater que les actions rassemblant des personnes de convictions différentes contribuaient à l’harmonie entre les communautés. Cela va même plus loin. Ainsi, à Berlin, où la municipalité organise depuis deux ans une journée portes ouvertes pour tous les lieux de culte, les actes racistes antisémites et islamophobes ont chuté, fait savoir le cofondateur de Coexister. Cet exemple est d’autant plus marquant qu’il est le fruit d’une initiative provenant d’un « Etat laïc » comparable à la France.

Des jeunes de Coexister formant le comité d'accueil des membres partis faire l'Interfaith Tour.
Des jeunes de Coexister formant le comité d'accueil des membres partis faire l'Interfaith Tour.

« La laïcité, c’est la neutralité de l’Etat, pas la neutralisation des individus »

« Justement parce la République est laïque, elle doit s’investir dans cette question » de l’interreligieux, juge Samuel. En France, « actuellement, elle (la laïcité, ndlr) est exclusive. Il faut qu’elle soit stricte en étant inclusive », dit-il. « La laïcité de 1905, c’est la neutralité de l’Etat, pas la neutralisation des individus. Aujourd’hui, on est en train de tomber dans le travers de la neutralisation des individus », précise Victor, qui est athée.

« Une laïcité telle que nous la proposons, c’est une laïcité dans laquelle on dit à tout le monde : "Vous pouvez être ce que vous voulez dans l’espace public aussi" ou "Vous n’avez pas à vous cacher pour être ce que vous voulez être." On ne dit pas à l’autre : "Sois comme moi". On ne lui dit pas : "Sois neutre", "Cache-toi", "Change". Juste : "Sois toi tant que tu respectes ce que les autres veulent être." Cela est possible. On l’a vu sur l’île de La Réunion, où la laïcité est appliquée de manière différente, intelligente. Il y a une adaptation de la laïcité tout en respectant la loi. A La Réunion, cela marche. Alors pourquoi pas en métropole ? », s'exclame-t-il.

En important « les bonnes pratiques » du monde entier en France, les membres de Coexister comptent bien « inspire(r) une laïcité plus inclusive » dans l’Hexagone, indique Ilan, le juif de la bande. En ce sens, les jeunes hommes, qui ont obtenu le soutien du ministère des Affaires étrangères pour leur Interfaith Tour – ils ont ainsi pu rencontrer 40 ambassadeurs de France ou premiers conseillers d’ambassadeurs –, doivent rencontrer le 7 mai prochain Laurent Fabius, qui, à leurs yeux, a une vision « intelligente » de la laïcité.

Avancer ensemble, malgré nos différences

« On sent la diplomatie très concernée par ces questions-là. Si la France s’implique sur la question interreligieuse à l’international, elle doit aussi impliquer cette question-là en France. C’est ce qu’on va dire à Laurent Fabius. (Lui) proposer d’être porte-parole auprès du gouvernement pour convaincre ses pairs et l’Etat que des initiatives comme Berlin sont des initiatives positives », commente Samuel.

Alors que la paix sociale est menacée en France à coups de débats et de polémiques stigmatisant des communautés, le dialogue interreligieux apparaît comme une solution pour ces jeunes globe-trotters, qui citent notamment leur voyage en Israël et dans les Territoires (occupés) palestiniens où ils ont rencontré, des deux côtés du Mur, des responsables religieux militant pour la paix.

Ensemble, on peut faire avancer les choses malgré nos différences : tel est leur message. Leur tour du monde en est la preuve même. Si, en dix mois de vie commune, des conflits ont pu éclater entre les jeunes hommes, ils n’ont porté que sur la vie quotidienne en aucun rapport avec leurs convictions, racontent-ils avec le sourire. Leur expérience autour du monde ne manque pas d’anecdotes.

En tour de France dès le 5 mai

Soudés, c’est de nouveau ensemble qu'ils sillonneront l’Hexagone durant deux mois lors d’un tour de France, dont le coup d'envoi est prévu pour le 5 mai, avec, pour première étape, Paris. Le but est de « rendre compte de ce qu’on a vécu et de sensibiliser au vivre-ensemble », disent-ils. Des conférences dans des collèges et lycées sont prévues. Ils iront également à la rencontre d'acteurs engagés dans l’interreligieux en valorisant, notamment, le travail des 11 groupes régionaux de Coexister.

A Angers (Maine-et-Loire), ils pourront compter sur l’association La Paix en marche, inspirée de la philosophie de Gandhi, qui organise, depuis 2009, « Les Octovales de la paix », un festival pour la non-violence. Lundi 28 avril, son président Gilles Changeon était venu accueillir les jeunes de Coexister de retour de leur tour du monde interreligieux, qu’il juge « exceptionnel ». Il « a du poids pour l’avenir. Il faut cette minorité positive. L’union des minorités fait la force », réagit-il devant une telle initiative.

Venant de jeunes, elle démontre assurément qu'une relève est assurée pour promouvoir un meilleur vivre-ensemble dans la société française.

Site de l'Interfaith Tour





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