Connectez-vous S'inscrire






Société

Hommage rendu aux soldats musulmans morts pour la France durant les deux guerres

Rédigé par Faïza Ghozali | Jeudi 11 Novembre 2010

Quelque 100 000 soldats musulmans sont morts sous le drapeau français durant la Première et la Seconde Guerre mondiale. Hommage leur été rendu à la Grande Mosquée de Paris, en présence du ministre français de la Défense, Hervé Morin, le 11 novembre, date commémorative de la fin de la Première Guerre mondiale (1914-1918).



Hommage aux soldats musulmans qui ont donné leur vie au cours des deux guerres mondiales qui ont traversé le XXe siècle en Europe. Deux plaques commémoratives ont été dévoilées, ce jeudi 11 novembre 2010, à la Grande Mosquée de Paris.
Hommage aux soldats musulmans qui ont donné leur vie au cours des deux guerres mondiales qui ont traversé le XXe siècle en Europe. Deux plaques commémoratives ont été dévoilées, ce jeudi 11 novembre 2010, à la Grande Mosquée de Paris.
Roulements de tambour et clairons de la République se sont mêlés aux incantations religieuses sous les lambris et les mosaïques de la Grande Mosquée de Paris. En présence d’un large parterre d’officiels et autres dignitaires, deux plaques commémoratives – l’une en français, l’autre en arabe – y ont été dévoilées, en hommage aux dizaines de milliers de musulmans venus du Maghreb, d'Afrique subsaharienne et du reste de l’Empire français d’alors, morts au cours des deux guerres mondiales.

Zouaves, tirailleurs algériens, marocains, tunisiens, sénégalais, goumiers, spahis…, « ils avaient quitté la terre de leurs pères pour répondre à l’appel de la République », a rappelé, raide de solennité, Hervé Morin, dans son discours. « Tous réunis sous un même drapeau, ils ont subi la vermine et la puanteur des tranchées, la violence des corps-à-corps et l’enfer des bombardements. Ils ont vécu la peur, la haine et la désolation. »

Entouré d’Hubert Falco, secrétaire d’État aux anciens combattants, du préfet de Paris, de hauts gradés militaires et d’élus – la sénatrice Bariza Khiari, notamment –, le ministre de la Défense a commencé par égrener les noms de quelques-uns de ces soldats restés anonymes. Avant d’énumérer faits d’armes et victoires fameuses, et de rendre hommage au « sacrifice de ces glorieux héros ».

70 000 ont péri à Verdun. Plus de 16 600 sont morts entre 1940 et 1945. Mais la République française semble avoir manqué de gratitude. Morts au champ d’honneur, ils sont restés à la marge de l’Histoire de France et des hommages officiels de la République.

Honneur aux combattants musulmans, plus d'un demi-siècle après

La symbolique est donc forte. Attendue « depuis l’édification de la Grande Mosquée de Paris, décidée en 1922 pour rendre hommage, déjà, aux musulmans morts pour la France entre 1914 et 1918 », a rappelé son recteur Dalil Boubakeur.

Depuis 1926, date de l’achèvement de l’édifice, ces sacrifiés des deux guerres n’ont pourtant pas croulé sous les hommages officiels : on compte une stèle commémorative inaugurée à Verdun, en 2006. De quoi laisser un arrière-goût amer aux enfants de ces combattants méconnus.

Hervé Morin qui, depuis quelque temps, fait du pied électoral aux musulmans de France, le sait. « La nation n’oublie aucun de ses enfants tombés au champ d’honneur », a insisté le ministre. Après s’être plié à l’exercice de l’éloge funèbre, jusqu’à réciter dans une envolée lyrique quelques vers du Dormeur du Val, célèbre poème d’Arthur Rimbaud, il a accentué son opération de séduction : « La diversité de la société française est une chance et un atout qu’il nous faut valoriser. S’appuyer sur l’Histoire permet de dresser les perspectives pour l’avenir. » « Que nous le fassions chacun à notre façon, dans des lieux symboliques et historiques majeurs comme la Grande Mosquée, c'est important », a-t-il ajouté.

Une cérémonie sous une pluie battante, qui en a, cependant, ému plus d’un. « Je suis ravi qu’on ait enfin rendu hommage à nos soldats », témoigne M. Henry, général de corps d’armée. Celui qui est aujourd’hui président de l’Association des anciens combattants du corps expéditionnaire en Italie, a servi durant dix ans, de 1940 à 1950, au 4e régiment des tirailleurs marocains. « La campagne qui m’a le plus marqué est celle d’Italie », se remémore-t-il. « 60 % du corps expéditionnaire français en Italie était composé de soldats musulmans. C’est bien l’armée d’Afrique qui a ouvert la route de Rome ! » Mais l’Association des anciens combattants qu’il préside « sera dissoute à la fin de cette année 2010 », lâche-t-il dans un soupir, « faute de survivants… ». Avant de reprendre dans un sourire : « C’est le temps qui passe. »


LE SAVIEZ-VOUS ?

L’Armée d’Afrique est née en Algérie. La plus ancienne unité est celle des zouaves. Viendront ensuite les spahis, les régiments de tirailleurs puis les goumiers, ainsi que la Légion étrangère, créée à Sidi-Bel-Abbès (Algérie).
À Verdun, le carré musulman compte 592 tombes devant l'ossuaire de Douaumont.
À fin de la Première Guerre mondiale, le Régiment d’infanterie coloniale du Maroc s’est révélé le régiment le plus décoré de France.
Plus de 170 000 Marocains, Algériens, Tunisiens et autres Africains (Sénégalais, Malgaches…) furent engagés durant la Seconde Guerre mondiale.
L'adjudant-chef tunisien Ahmed El Abed a été le premier militaire de l’armée française à pénétrer en Allemagne en 1945.






Loading










Nos services web

Recevez le meilleur de l'actu