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Religions

Formation des imams : ce que préconise le rapport remis au gouvernement

Rédigé par | Vendredi 17 Mars 2017



La mission sur la formation des cadres religieux et l'islamologie en France a été menée par l'historienne Catherine Mayeur-Jaouen (à gauche), la juriste spécialiste de la laïcité Mathilde Philip-Gay, et l’islamologue Rachid Benzine. Ici, en décembre 2016 lors de la 3e instance de dialogue avec l'islam au ministère de l'Intérieur.
La mission sur la formation des cadres religieux et l'islamologie en France a été menée par l'historienne Catherine Mayeur-Jaouen (à gauche), la juriste spécialiste de la laïcité Mathilde Philip-Gay, et l’islamologue Rachid Benzine. Ici, en décembre 2016 lors de la 3e instance de dialogue avec l'islam au ministère de l'Intérieur.
Le rapport de la mission de réflexion sur la formation des imams et des cadres religieux musulmans a été remis, jeudi 16 mars, aux ministres de l’Intérieur et de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Bruno Le Roux et Najat Vallaud-Belkacem. Pour mener cette mission à bien, un trio bien sélectionné était à l’œuvre depuis octobre 2016 : l'historienne et arabisante Catherine Mayeur-Jaouen, la juriste spécialiste de la laïcité Mathilde Philip-Gay et l’islamologue Rachid Benzine.

Afin de contrecarrer l’extrémisme religieux, comment améliorer la formation des imams ? C’est à cette fin que plusieurs propositions ont été formulées dans le document avec, pour fil conducteur à l’esprit, le principe de laïcité qui exige une séparation stricte entre les pouvoirs publics et les cultes et, en conséquence, leur non-financement au travers de moyens publics ainsi que la non-intervention de l’Etat dans toute formation théologique.

Réhabiliter l’islamologie dans les universités françaises

Le rapport, dont le contenu dans son intégralité a pu être consulté par Saphirnews, exclut de fait toute reprise en main des instituts privés de formation par l’État ainsi que la délivrance de diplômes nationaux par ces mêmes structures qui « ne peuvent s’approprier le titre d’université », l’État disposant du monopole de la collation des grades.

Les auteurs du rapport évoquent, sur le principe, la possibilité pour des instituts privés d'obtenir une reconnaissance d’intérêt général – et donc des financements de l'Etat – mais les conditions sont telles que ce statut est hors d'atteinte à ce jour pour les structures musulmanes existantes en raison « de leur organisation, de leur fonctionnement et de leurs activités », à moins que ces dernières puissent « (mettre) leurs statuts en conformité avec les exigences de l’utilité publique et (faire) preuve d’excellence dans les différentes missions de l’enseignement supérieur (y compris donc de la recherche), avec un niveau comparable à celui d’une université publique ou d’une grande école ».

Formation des imams : ce que préconise le rapport remis au gouvernement
« La seule possibilité juridique pour les cadres religieux musulmans d’obtenir un diplôme national concernant des matières théologiques est de les étudier avec une approche scientifique non confessante, ce qui implique notamment la réhabilitation de l’islamologie dans les universités, mais aussi parce que, de leur côté, les cours et instituts conservent le monopole de l’enseignement de la théologie islamique confessionnelle », insistent les rapporteurs.

Une réhabilitation qui correspond à « une nécessité intellectuelle » visant à faire face à « un double décrochage » selon les rapporteurs : le premier, « entre, d’une part, une islamologie française en voie de disparition (…) et, d’autre part, une islamologie internationale très dynamique (de plus en plus souvent en anglais) » ; le second, « entre un savoir transmis dans la fidélité à des méthodes traditionnelles (manuels traditionnels, liens d’allégeance y compris nationaux, transmission de père à fils et de maître à disciple) et des connaissances facilement accessibles sur Internet et qui peuvent donner lieu à toutes sortes d’assemblages sans méthodes préalables et structurantes, dans un contexte d’effritement du savoir comme transmission ».

Poursuivre la création de postes dans les universités

De ce fait, « il revient aux différents acteurs de promouvoir une politique scientifique et universitaire exigeante sur l’islam et les mondes musulmans », affirment les auteurs du rapport. Et cela « en favorisant l’enseignement de l’arabe et en développant l’enseignement des autres langues du monde musulman, à commencer par le turc pour lequel un CAPES doit être ouvert ». La poursuite d’une « logique de création de postes entamée en 2015, à tous les niveaux et dès les contrats doctoraux, » est préconisée par les rapporteurs, qui appellent à encourager « l’étude de régions comme le monde turco-iranien et le Maghreb,
et la recherche sur des thématiques comme le droit musulman, l’histoire du hadith, l’histoire des juifs et des chrétiens en terres d’islam, l’étude des cultures visuelles du monde musulman et l’islam d’Europe ».


Le nombre de diplômes universitaires (DU) s’est accéléré ces deux dernières années pour atteindre la quinzaine en 2017. Afin de soutenir ces offres de formations universitaires, des bourses aux imams sont préconisées provenant, d'une part, des associations cultuelles, pour leur formation religieuse en France, et cela pour endiguer les départs vers l'Arabie Saoudite ; d'autre part, de la Fondation pour l’islam de France, pour la formation universitaire (profane et non théologique) des étudiants des instituts privés. Aussi, la création d'un centre de formation en ligne diffusant des enseignements de haut niveau sur l’islam est fortement recommandée.

Faire émerger une coopération européenne

La création d'une faculté de théologie musulmane publique en Alsace-Moselle, une solution envisageable ? Le rapport écarte l’idée – maintes fois évoquée par des responsables musulmans –, malgré le statut concordataire de ces départements qui devrait permettre à tous les cultes de bénéficier de fonds publics. Les rapporteurs se fondent notamment sur l’organisation et le fonctionnement des universités de Strasbourg et de Lorraine. « La jurisprudence du Conseil constitutionnel sur le statut du droit d’Alsace-Moselle ne permet pas d’en étendre le champ d’application », indique-t-on simplement.

« S’il n’est pas envisageable de transposer en France des modèles étrangers » pourtant présentés comme innovants en matière de formation de cadres religieux musulmans comme c’est le cas aux Pays-Bas et en Allemagne, « une coopération européenne gagnerait à émerger, qui pourrait sans doute être formalisée autour d’un réseau de lieux de formation qui pourrait donner lieu à un certificat européen reconnu. (…) Une logique européenne devrait donc conduire à capitaliser sur les forces de chacun », lit-on.

« Les perspectives ouvertes par ce rapport participent du travail mené, en lien avec les acteurs du culte musulman et des représentants de la société civile, pour renforcer et valoriser l’islam de France », indiquent, dans un communiqué commun, Bruno Le Roux et Najat Vallaud-Belkacem. Des actes, en réponse au travail mené, sont attendus.






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