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Politique

Face à la polémique, l'Observatoire de la laïcité déterminé à « travailler normalement »

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 14 Janvier 2016

Depuis les déclarations polémiques d’Elisabeth Badinter le 6 janvier, le président de l’Observatoire de la laïcité Jean-Louis Bianco et son rapporteur général Nicolas Cadène sont pris dans une vilaine polémique. Ces derniers sont attaqués par trois membres de l'institution rattachée au Premier ministre ainsi que leurs partisans. Le travail engagé par l'Observatoire est-il pour autant en danger ? Retour sur une polémique qui met en lumière de profondes divisions autour de la laïcité.



Une interview d’Elisabeth Batinter a provoqué une scission au sein de l’Observatoire de la laïcité, dirigé par Jean-Louis Bianco (à dr.) et de son rapporteur général Nicolas Cadène. © DR
Une interview d’Elisabeth Batinter a provoqué une scission au sein de l’Observatoire de la laïcité, dirigé par Jean-Louis Bianco (à dr.) et de son rapporteur général Nicolas Cadène. © DR
L'Observatoire de la laïcité (ODL) traverse une polémique depuis plusieurs jours. Tout est parti d'une interview d'Elisabeth Badinter sur France Inter le 6 janvier. Celle-ci déclarait, d’un naturel déconcertant, qu’« il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d'islamophobe, qui a été pendant pas mal d'années le stop absolu, l'interdiction de parler et presque la suspicion sur la laïcité ».

« A partir du moment où les gens auront compris que c'est une arme contre la laïcité, peut-être qu'ils pourront laisser leur peur de côté pour dire les choses »
, a-t-elle ajouté. Des propos que le rapporteur général de l'Observatoire, Nicolas Cadène, a ouvertement critiqué sur Twitter, le jour même de l'interview.

Le tweet de Nicolas Cadène a aussitôt provoqué l’ire de membres de l’Observatoire qui ont fait paraître un communiqué lundi 11 janvier appelant, de façon brutale, le rapporteur général à s’excuser ou à se désavouer. Le communiqué est signé par Françoise Laborde, sénatrice de Haute-Garonne, Jean Glavany, député des Hautes-Pyrénées à l’initiative d’une récente rencontre avec Latifa Ibn Ziaten ayant mal tournée, et Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République à l’origine d’un prix de la Laïcité remis à Samuel Mayol, ex-directeur de l’IUT de Saint-Denis accusé de manipulation islamophobe. Tous trois ont notamment milité ensemble pour une loi anti-nounous voilées à laquelle s'est opposé l'Observatoire dès 2013.

Décrivant Nicolas Cadène comme « un petit monsieur qui s’attaque à une grande dame », ils jugent sa réaction « dérisoire et risible car le travail de ce monsieur en matière de laïcité n’arrivera jamais à la cheville de celui d’Elisabeth Badinter » et parce qu'il est « un fonctionnaire, payé par l’argent des contribuables et tenu au devoir de réserve ».

« C’est pourquoi nous décidons de suspendre notre participation aux travaux de l’Observatoire de la laïcité tant que le Rapporteur général ne se sera pas excusé ou qu’il n’aura pas été désavoué », ont-ils conclu, sans donner, à aucun moment, d'explication de fond sur la raison de leur contestation.

« Le combat laïque n’autorise pas les mensonges »

Sans attendre, le président de l’ODL Jean-Louis Bianco a publiquement pris position mardi 12 janvier, en dénonçant le « scandaleux et inacceptable communiqué » de Françoise Laborde, Jean Glavany et Patrick Kessel.

« Ce qui fait la force de notre République, c’est que chacun puisse débattre à condition de respecter la vérité des propos et les personnes. Le combat laïque, qui est un beau combat, n’autorise pas les mensonges. Nicolas Cadène n’a fait que rappeler ce qui devrait être des évidences, qui plus est pour des personnalités se disant "spécialistes" de la laïcité », à savoir « la neutralité de l’État, des collectivités locales, des services publics, des délégataires de services publics, mais pas des citoyens qui sont libres de croire ou de ne pas croire et de l’exprimer dans les limites de l’ordre public ».

« Je regrette que notre travail de pédagogie considérable puisse s’effacer devant n’importe quelle assertion médiatique, aussi mal fondée soit-elle », a-t-il fait savoir.

Des mensonges relayés dans une pétition

Cette réaction en a entraîné d'autres, dont celle de Mohamed Sifaoui, et de Laurence Marchand-Taillade, présidente de l'Observatoire de la laïcité du Val d'Oise (non lié à l'ODL), qui ont lancé, mardi 12 janvier, via Marianne un appel à la démission de Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène.

Ces derniers jugent que l’Observatoire n’a cessé, depuis sa création, de « privilégier les accommodements irraisonnables et le repli communautariste au détriment de l'esprit d'une véritable République laïque ». Ils reprochent également au président et au rapporteur général d’avoir co-signé, après les attentats du 13 novembre 2015, la tribune « Nous sommes unis » avec « les représentants les plus virulents de l’islam politique », citant tous azimuts des signataires à leurs yeux indésirables comme des membres du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), de l'association Coexister ou encore du rappeur Médine, « triste auteur de la chanson "Don’t laïk" ». Des allégations visant à discréditer autant les signataires qu'une initiative positive dont le but invite l'opinion publique à dire non aux divisions et aux stigmatisations.

« Il n’y a pas de déchirure au sein de l’Observatoire »

« La simple lecture de nos travaux prouve à quel point l'Observatoire de la laïcité, instance pluri-partisane, est loin des fantasmes et des accusations mensongères de "communautarisme" voire de "complicité avec l'islam politique" (!) honteusement relayées par M. Sifaoui et Mme Marchand-Taillade », a signifié Jean-Louis Bianco, jeudi 14 janvier, dans un droit de réponse paru sur le site de Marianne qui reprend en substance les propos de son communiqué.

« La meilleure façon de répondre aux auteurs de cette pétition à notre encontre est d'inviter à lire l'ensemble de nos travaux, en particulier la note d'orientation et notre rappel à la loi votés à l'unanimité des 23 membres, y compris les trois contestataires cités dans cette pétition (lorsqu'ils participaient encore à nos travaux) ! », indique-t-il.

Cette polémique illustre l'existence, de longue date, de deux camps qui s'affrontent sur la conception de la laïcité. Est-ce pour autant que l'Observatoire de la laïcité est menacé dans son fonctionnement ? Il n'en est rien pour Nicolas Cadène, qui a tenu à rappeler que les membres frondeurs sont minoritaires - trois sur 23 au total - et qu'ils « ne participent plus aux travaux depuis plusieurs mois ». « Il n’y a pas de déchirure au sein de l’ODL », nous précise-t-il.

La meilleure réponse face à une telle polémique reste de continuer le travail avec rigueur, dans le sens qui a été jusque là engagé, afin de redonner un sens noble à la laïcité et, ainsi, de ne pas donner raison à ceux qui veulent faire de ce principe une arme d’exclusion des expressions religieuses dans l’espace public. « L’Observatoire continue de travailler normalement », assure d'ailleurs Nicolas Cadène. Un guide pratique de la laïcité dans le milieu hospitalier, à destination des personnels et des usagers, devrait être disponible en février.





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