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Egypte : le hijab à l'antenne, vers une révolution médiatique ?

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Lundi 10 Septembre 2012

Petite révolution sur les écrans de télévision égyptiens. Une journaliste voilée a présenté pour la première fois le journal télévisé sur la première chaîne d’Etat, dimanche 2 septembre. Eh oui, dans ce pays qui compte majoritairement des musulmans, les femmes voilées étaient jusqu’à présent privées d’antenne sur les chaînes publiques. L’arrivée au pouvoir des Frères musulmans met fin à cette discrimination, mais ne garantit pas pour autant une plus grande liberté de la presse.



Fatma Nabil, première journaliste voilée à présenter le journal télévisé sur une chaîne publique en Egypte.
Fatma Nabil, première journaliste voilée à présenter le journal télévisé sur une chaîne publique en Egypte.
« Finalement, la révolution a touché les médias officiels », s’est réjouie Fatma Nabil dans une interview accordée à Justice et liberté, le quotidien des Frères musulmans. Elle est devenue, dimanche 2 septembre, la première journaliste voilée à présenter un journal télévisé sur la télévision nationale Channel 1. Jusqu’à présent, les femmes portant le hijab n’apparaissaient pas à l’antenne.

Le ministre de l’Information, Salah Abdel Maqsoud Metwalli, avait officiellement levé cette interdiction, samedi 1er septembre, sur une chaîne privée, estimant n’y voir aucun fondement. Il est vrai que, dans un pays où la population est majoritairement musulmane, cela est surprenant. « Pourquoi le voile est-il montré du doigt en Egypte alors que 70 % des femmes sont voilées ? », avait d’ailleurs interrogé le ministre.

Cachez ce voile que je ne saurais voir

En Egypte, depuis l’apparition des premières chaînes de télévision d’Etat dans les années 1960 jusque sous le régime de Hosni Moubarak, les journalistes voilées n’ont pas leur place à l’antenne.

L’interdiction n’était pas formulée par écrit, mais les journalistes voilées se voyaient systématiquement écartées. Celles qui arboraient leur chevelure avaient la possibilité de passer à l’antenne, tandis que leurs consœurs voilées pouvaient travailler pour la télévision d’Etat uniquement depuis les coulisses, sans apparaître à l’écran. Devant cette injustice flagrante, plusieurs journalistes voilées ont porté plainte et remporté leur procès. Sans résultats, car le gouvernement continua à leur barrer la route.

Certaines journalistes portant le hijab faisaient de l'antenne sur les chaînes privées du satellite, comme c’est le cas de Fatma Nabil, qui travaillait depuis un an pour Misr 25, la chaîne de télévision des Frères musulmans. Aujourd’hui, en accédant aux pouvoirs, le parti permet à la jeune femme de faire son travail sur la télévision publique.
Les journalistes Nermine Bitar et Sarah El-Shinnawy ont également reçu l'autorisation de faire de l'antenne.

Naglaa Ali Mahmoud, Première dame égyptienne.
Naglaa Ali Mahmoud, Première dame égyptienne.

Voilée comme la Première dame

La fin de cette discrimination envers les journalistes voilées est bel et bien terminée en Egypte. Cette discrimination avait été à maintes reprises critiquée par des militants des droits de l’homme qui y voyaient une atteinte aux libertés individuelles.

Ce changement opéré par les Frères musulmans ne peut être que salué. Les féministes égyptiennes comme Sally Zohney, membre d’un mouvement de défense des droits des femmes, approuvent la fin de cette discrimination. Toutefois, elles disent craindre l’excès inverse où les femmes non voilées seraient privées d’antenne. Le modèle féminin représenté par Naglaa Ali Mahmoud, la femme du président Mohamed Morsi, qui porte le voile et qui casse avec celui des précédentes premières dames, Jihane al-Sadate et Suzanne Moubarak, et leur brushing deviendra-t-il la norme ?

Cette perspective est loin d’être vraisemblable. Aujourd’hui, c’est surtout la liberté vestimentaire qui est accordée aux journalistes. Une chose que devrait prendre en exemple le Maroc , dernièrement une polémique a éclaté après que des journalistes voilées eurent accusé les télévisions marocaines de discriminations à leur égard.

En Tunisie, après l’apparition de Fatma Nabil sur les écrans égyptiens, Abdelaziz Touati, le nouveau directeur général de la chaîne Al Wataniya 1, nommé tout récemment, a affirmé qu'il n'est pas contre qu'une journaliste voilée présente le journal de la première chaîne nationale.

Des médias muselés ?

L’Egypte est loin d’être un modèle parfait, car beaucoup accusent déjà le pouvoir de vouloir contrôler les médias. Bien que les rédacteurs en chef de la presse nationale soit à présent élus par une commission parlementaire, et non plus nommés directement par le gouvernement, l’Etat garde, en effet, la main sur la presse.

Ainsi, depuis le mois d’août, une cinquantaine de nouveaux patrons de presse, proches du pouvoir, ont pris les rênes des rédactions. Les journalistes commencent à s’inquiéter. Ceux d’October magazine, un mensuel détenu par l’État, racontent que leurs articles, peu favorables aux Frères musulmans, ont été censurés par leur rédacteur en chef. A l’inverse, le journal présentait, le mois dernier, le président en une tel un héros sur un cheval avec le titre « La révolution prend son envol ».

Ce même mois, des journaux indépendants ont publié une zone vide, sans article, avec une seule phrase pour dénoncer l’emprise du pouvoir sur les médias. « Cette colonne est blanche en signe de protestation contre les tentatives des Frères musulmans de contrôler la presse nationale et les médias publics comme le faisait le parti du déchu », pouvait-on lire.

Après le Printemps arabe et la chute de Moubarak en février 2011, l’Egypte est loin de rattraper son retard en termes de liberté de la presse. Avant l’élection de Mohamed Morsi en juin 2012, la transition avait été marquée par un musellement encore plus fort des journalistes avec l’arrivée au pouvoir du Conseil suprême des forces armées (CSFA). Résultat : dans le dernier classement mondial (2011-2012) de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse, l’Egypte a perdu 39 places et se trouve à la 166e place sur 179.

Après les récentes protestations des journalistes égyptiens, la révolution médiatique n’est pas encore d’actualité en Egypte.



Maria Magassa-Konaté


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