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Société

Débattre sur la théorie du genre : impossible face à Farida Belghoul

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Vendredi 25 Avril 2014

La théorie du genre a été au cœur d’un vif débat lors de la 31e Rencontre annuelle des musulmans de France. Dans l’optique d’une confrontation d’idées, les jeunes responsables du forum Génér’Action avaient tenu à organiser un débat avec Farida Belghoul. Mais cette dernière, voulant s’emparer de cette invitation comme d’une tribune, a témoigné de son peu d’enclin à se prêter au jeu du débat. Retour sur une table ronde tendue.



La table ronde sur la "Théorie du genre : quelle genre de théorie ? ». A gauche, Rachid Lamarti, Fatima Khemilat et Omero Marongiu-Perria. Au centre, l'animateur du débat. A droite, Nabil Ennasri, Farida Belghoul et Camel Bechikh.
La table ronde sur la "Théorie du genre : quelle genre de théorie ? ». A gauche, Rachid Lamarti, Fatima Khemilat et Omero Marongiu-Perria. Au centre, l'animateur du débat. A droite, Nabil Ennasri, Farida Belghoul et Camel Bechikh.
Farida Belghoul n’était pas totalement la bienvenue à la 31e Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF). Invitée dans un premier temps, l’initiatrice des Journées de retrait de l’école (JRE), action contre laquelle se positionne l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), avait été décommandée.

Mais les jeunes responsables de l’UOIF, insistant pour que la table ronde « Théorie du genre, quelle genre de théorie ? » soit maintenue avec Farida Belghoul, ont obtenu gain de cause. Réintégré tardivement dans le programme, le débat attira moins de personnes alors que l’annonce d’un tel débat deux jours auparavant avait attiré la foule. Entre 50 et 100 personnes ont toutefois pu y assister lundi.

Visions multiples des musulmans sur la question du genre

Aux côtés de Nabil Ennasri, président du Collectif des musulmans de France (CMF), qui s’est engagé à ses côtés pour promouvoir les JRE auprès des musulmans, et Camel Bechikh, président de Fils de France et porte-parole de La Manif pour Tous, Farida Belghoul était bien décidée à imposer sa vision du combat contre la théorie du genre car enseignée, selon elle, à l’école par le biais du programme des ABCD de l’égalité expérimenté dans quelque 600 classes.

Elle qui refuse habituellement tout débat a été confrontée à des points de vue différents du sien avec, en face, les sociologues Omero Marongiu-Perria et Fatima Khemilat ainsi que Rachid Lamarti, un membre de l'UOIF qui s’était opposé à sa présence à la RAMF.

La théorie du genre à l’école « existe », a commencé Camel Bechikh. Pour lui, elle est le « prolongement d’une politique progressiste et antireligieuse » destinée à « couper l’homme de la transcendance de Dieu » et dont le démarrage remonte à la révolution de 1789. S’il ne s’agit pas, pour lui, de parler de « complot », il y a un « combat d’idées » qui demande une « position d’opposition frontale acharnée ». A l’opposé de cet appel à la lutte, la sociologue Fatima Khemilat a préféré reposer les termes du débat en expliquant que la « théorie du genre » correspond à une série d’études. Sans dire qu’il ne se passe rien d’anormal à l’école, elle a tenu à expliquer que les ABCD de l’égalité ont pour but de « sensibiliser à la question du genre » les écoliers face à une société qui « construit des stéréotypes de genre ».

La mobilisation par la peur

Farida Belghoul, qui s'est positionnée en tant que « maman d’une famille nombreuse, issue d’une famille nombreuse », a fustigé l’école publique. Les enfants qui y vont ont « toutes les chances d’en sortir athées, illettrés et LGBT (lesbienne, gay, bisexuel et transsexuel) », selon l'ex-enseignante. Arguant n’avoir « jamais vu de garçons vouloir faire des métiers de filles », elle a poursuivi en appelant à « sortir la théorie du genre de la France » en agitant le spectre de l’éducation de la « sexualisation précoce en Allemagne ». « Partout en Europe, l’illettrisme est la première étape pour devenir otages d’une idéologie prétendue comme égalitaire », a-t-elle poursuivi.

Dans la même veine que Farida Belghoul, Nabil Ennasri a dénoncé « l’intrusion progressive des pratiques LGBT à l’école » en citant des livres comme « Tous à poil » et « Mehdi met du rouge à lèvres ». Nous ne sommes « pas dans la rumeur ou dans le fantasme » pour lui.

En contrepoint au discours de Farida Belghoul, Omero Marongiu-Perria a choisi de « parler en tant que père de famille » pour mieux contester son argumentation. Le sociologue de 44 ans, converti à l’islam depuis ses 17 ans, a ainsi raconté avoir choisi, avec sa femme, d’éduquer ses enfants de manière égalitaire. Résultat de cette éducation : ses garçons « sont autonomes et capables de gérer un foyer » tandis que ses filles font de la boxe et du football. « Il n’existe pas une vision (unique) de musulmans sur la question du genre », a-t-il lancé, estimant que les hommes et les femmes ne sont pas « prédestinés à certains métiers » et mettant en garde contre ceux qui voudraient « jouer sur les peurs collectives ».

Débattre sur la théorie du genre : impossible face à Farida Belghoul

JRE contre Manif pour tous

L’UOIF s'est fermement opposée aux JRE, qui consiste à retirer de l’école son enfant une fois par mois en signe de protestation contre « l'idéologie du gender ». Rachid Lamarti, son représentant au débat de lundi, a surtout tenu à marquer son opposition contre l'initiative. Coordinateur de la Manif pour tous pour l’UOIF dans le Nord-Pas-de-Calais, il considère que l’on ne peut se servir des enfants. Les JRE sont « une solution extrême », a-t-il tonné, avant de lancer un « Où étiez-vous il y a deux ans ? » au moment des manifestations contre le mariage pour tous à Farida Belghoul.

Le débat va alors basculer sur une confrontation entre l’action des JRE et celle de la Manif pour tous. Répondant qu'elle résidait en Egypte il y a deux ans, Farida Belghoul fait savoir qu’elle a soumis son projet de JRE à Camel Bechikh et Ludovine de La Rochère, présidente de la Manif pour tous. Mais elle déplore que ces derniers ne lui aient pas apporté leur soutien. Défendant bec et ongle son action, elle se félicite que ce soit la « seule action qui a(it) enregistré un succès ». « Le gouvernement a tremblé », nargue-t-elle, en moquant le peu de mobilisation des musulmans dans la Manif pour tous .

Nabil Ennasri a fait le même constat d’échec de la Manif pour tous – auquel il avait participé –, en estimant que l’aspect « provocateur » des JRE est nécessaire. Mme Belghoul a toutefois profité de la table ronde pour demander à plusieurs reprises, et avec insistance, l’appui de Camel Bechikh aux JRE. Ces journées « doivent créer un rapport de forces », a-t-elle jugé.

Des passes d'armes en continu

Fin de non-recevoir de ce dernier. « Je n’ai pas à subir vos diktats, à répondre de manière binaire "oui" ou "non". Je vous appelle à un peu plus de modestie, Mme Belghoul. Je ne suis pas obligé de répondre à vos injonctions. Par pitié, laissez-nous diverger », lui a répondu le président de Fils de France.

Ce dernier a été outré par la suffisance de sa voisine qui, après une seconde passe d’arme entre les différents intervenants et le recueil des questions du public, s’est lancée dans un long monologue, visiblement furieuse que la table ronde n’aboutisse pas à retenir sa position. Ce fut de nouveau l’occasion pour elle de mettre en avant ses actions, tout en dénigrant le travail effectué par l’UOIF et les sociologues lui faisant face. Fustigeant un « débat confus », elle a déploré que toute une série d’acteurs soient contre les JRE. Se posant en victime, elle a raconté comment des responsables de mosquées l'ont empêchée de faire des conférences au sein de leur lieu de culte.

On sent alors les stigmates passés de l’ancienne présidente de Convergence créée après la Marche contre le racisme de 1983 dont la lutte a été récupérée par SOS Racisme. Elle s'en est également pris à Tariq Ramadan qui s’est prononcé contre son action (mais également contre la déprogrammation du débat). Par la suite présidente de l’association REID (Remédiation d’Éducation Individualisée à Domicile), elle revient sur le travail d’éducatrice qu’elle a pu mener sur le terrain à l’ombre. « J'ai perdu mon poste dans ce combat. (...) Mon combat n’a pas d’argent, pas de journalistes », a-t-elle lancé sous les applaudissements d’une partie du public.

« Les masques sont tombés »

Sur les questions de l’éducation, « personne ne peut se présenter comme moi », ose-t-elle dire. Cela ne passe pas auprès d’Omero Marongiu-Perria. « Je ne vous permets pas ce type de langage. Nous aussi on a flingué nos vies, nos carrières », clame-t-il, en lui faisant remarquer justement que, « chez les musulmans, ce n’est pas celui qui crée le pouvoir qui a raison ».

Face à des avis divergents du sien, Farida Belghoul bouillonne et montre son peu de retenue. « Les masques sont tombés », lance Rachid Lamarti. Elle garde toutefois l’adhésion à sa cause de Nabil Ennasri, qui lui reconnaît des « mérites ». Sa méthode et son attitude, qui divisent plus qu'ils ne rassemblent, laissent pourtant bien des esprits dubitatifs, voire réfractaires à adhérer à son combat. Et quand on veut en savoir plus : impossible, car Farida Belghoul « ne veut pas entendre parler de Saphirnews » ni des autres principaux médias qu’elle considère comme à la botte d’un système qu’elle ne nomme pas.






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