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Monde

Canada : pourquoi la motion contre l’islamophobie divise le Parlement

Rédigé par Imane Youssfi | Vendredi 24 Février 2017

Depuis une semaine, le débat autour du terme « islamophobie » divise libéraux et conservateurs au Canada, appelés à voter une motion visant à dénoncer toutes les formes de racisme et de discrimination religieuse systémiques, ceux visant les musulmans en particulier. Le débat intervient peu après l'attentat survenu à Québec contre une mosquée.



La Chambre des communes au Canada est en plein débat sur une motion visant à dénoncer l’islamophobie et toutes les formes de racisme et de discrimination religieuse systémiques.
La Chambre des communes au Canada est en plein débat sur une motion visant à dénoncer l’islamophobie et toutes les formes de racisme et de discrimination religieuse systémiques.
Depuis une semaine, libéraux et conservateurs s'écharpent sur une motion dénonçant l’islamophobie et toutes les formes de racisme et de discrimination religieuse systémiques au Canada. L'emploi du terme islamophobie dans la motion nommée M-103 (texte plus bas) gêne le Parti conservateur du Canada (PCC).

Le texte, soutenu par le gouvernement libéral de Justin Trudeau, est portée depuis décembre 2016 par la députée Iqra Khalid. Passée inaperçue, la motion, qui devrait être votée dans quelques semaines, a fait surface mi-février dans les débats à la Chambre des communes après le tragique attentat perpétré dans le Centre culturel islamique de Québec (CCIQ). Son auteur présumé Alexandre Bissonnette a com a comparu brièvement mardi 21 février au palais de justice de Québec.

Les deux principaux partis canadiens s’accordent pourtant à dénoncer le racisme systémique. Seulement, la dénonciation des discriminations antimusulmanes sous le vocable « islamophobie » dans le texte fait craindre à l'opposition « qu'on ne pourrait pas critiquer l'islam mais qu'on pourrait critiquer peut-être d'autres religions», selon les mots du député PCC de Québec Alan Rayes à Radio-Canada.

Un faux débat pour la députée libérale Iqra Khalid et ses soutiens dans la mesure où l'islamophobie est clairement comprise et définie comme une forme de racisme et de discriminations visant les personnes en raison de leur appartenance réelle ou supposée à l'islam et non pas, comme le relate Le Figaro, à interdire toute critique de l'islam.

Une contre-motion non adoptée

Les députés du PCC ont décidé de riposter en présentant une « contre-motion » reprenant une grande partie de la motion libérale, tout en retirant toutefois le mot « islamophobie ». Le PCC propose une une expression plus large, couvrant « la discrimination des musulmans, des juifs, des chrétiens, des sikhs, des hindous et des autres communautés religieuses ».

Le vote de la « contre-motion » mardi à la Chambre des communes s’est conclu avec 126 voix pour, et 165 voix contre. « Pour nous, le terme d’islamophobie est extrêmement important parce qu’on sait qu’il y a une communauté qui est présentement ciblée », a réagi la ministre du Patrimoine Mélanie Joly après le vote. « La motion conservatrice a beaucoup moins de dents », a-t-elle ajouté, qui a su rappeler que les crimes de haine contre les musulmans ont fortement augmenté ces dernières années dans le pays. L'attentat perpétré contre la mosquée à Québec en est un triste exemple.

Mise à jour : La motion a été adoptée, jeudi 24 mars, à la majorité à la Chambre des Communes.

Canada : pourquoi la motion contre l’islamophobie divise le Parlement
Ce que dit la motion M-103

« Que, de l'avis de la Chambre, le gouvernement devrait :

a) Reconnaître qu'il faille endiguer le climat de haine et de peur qui s'installe dans la population ;

b) Condamner l'islamophobie et toutes les formes de racisme et de discrimination religieuse systémiques et prendre acte de la pétition e-411 à la Chambre des communes, ainsi que des problèmes qu'elle a soulevés ;

c) Demander que le Comité permanent du patrimoine canadien entreprenne une étude sur la façon dont le gouvernement pourrait :

(i) Etablir une approche pangouvernementale pour la réduction ou l'élimination du racisme et de la discrimination religieuse systémique, dont l'islamophobie, au Canada, tout en assurant l'adoption de politiques fondées sur les faits, qui soient d'application globale et axées sur la communauté,

(ii) Recueillir des données pour contextualiser les rapports sur les crimes haineux et pour évaluer les besoins des communautés touchées.

Le Comité devrait présenter ses conclusions et ses recommandations à la Chambre dans les 240 jours civils suivant l'adoption de la présente motion, pourvu que, dans son rapport, le Comité doive formuler des recommandations que pourra appliquer le gouvernement afin de mettre davantage en valeur les droits et libertés garantis dans les lois constitutionnelles, y compris la Charte canadienne des droits et libertés. »





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