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Politique

Antisionisme = antisémitisme ? Pourquoi la faute de Macron est lourde

Rédigé par | Mardi 18 Juillet 2017

En assimilant sans détour l'antisionisme à l'antisémitisme, Emmanuel Macron ravive une controverse qui ne date pas d'hier. L'heure d'une mise au point.



Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le président français Emmanuel Macron à l'Elysée dimanche 16 juillet.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le président français Emmanuel Macron à l'Elysée dimanche 16 juillet.
« Nous ne céderons rien aux messages de haine, nous ne céderons rien à l'antisionisme car il est la forme réinventée de l'antisémitisme. » Cette phrase d’Emmanuel Macron fut parmi ses déclarations les plus retentissantes faites dimanche 16 juillet aux côtés du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Ce dernier, invité par les autorités françaises à commémorer les 75 ans de la rafle du Vel d’hiv, n’en est que plus heureux de ce qu’il faut considérer, pour Israël et ses partisans, comme une victoire politique.

En créditant le parallèle entre antisémitisme et antisionisme, le chef de l’Etat reprend ainsi une vieille litanie d’organisations politiques françaises favorables à Israël, à commencer par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) pour qui « l’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d’être démocratiquement antisémite ». Une affirmation martelée par la direction du CRIF en mars 2016 lorsque le Premier ministre d’alors, Manuel Valls, déclarait que « l'antisionisme est synonyme de l'antisémitisme ».

La déclaration a, en revanche, provoqué l’ire de ceux qui désapprouvent la politique menée depuis des décennies par Israël à l’encontre des Palestiniens, et en particulier les partisans de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), assimilés par Emmanuel Macron à des antisémites. Car la stratégie du parallèle antisionisme = antisémitisme ne poursuit qu’un but : empêcher, voire annihiler toute critique de la politique colonialiste d'Israël. Une stratégie qui mène vers la criminalisation des discours et actions d'associations pro-palestiniennes, en se servant de la législation sanctionnant l'antisémitisme.

Un funeste amalgame entretenu depuis des années

L’antisémitisme est aujourd’hui compris et défini comme tout acte de racisme et de discrimination à l’encontre de personnes à raison de leur appartenance - réelle ou supposée - au judaïsme, une forme de haine contre laquelle le combat doit être sans faille partout.

L'antisionisme est, quant à lui, l’expression de l'opposition au mouvement politique visant à la création puis à la consolidation d’un Etat juif en Palestine. Un Etat, Israël, qui s’est construit au détriment du peuple palestinien pour qui 1948 est synonyme de catastrophe (ou Nakba en arabe) ; un Etat qui s’est consolidé et étendu au prix d’une occupation, d’une colonisation et d’un morcellement de territoires sur lesquelles les Palestiniens peuvent aujourd'hui prétendre avoir un Etat. Si Israël le veut bien.

« Il est vrai que dans certains discours, le terme de "sioniste" a remplacé le terme de "juif" pour des raisons qui n'ont rien de saines ». Seulement, « de nombreux responsables institutionnels et intellectuels juifs français qui exhortent tous les juifs à être inconditionnellement solidaires du gouvernement d’Israël ont une grande part de responsabilité dans cette confusion. L'accusation récurrente d'antisémitisme opposée à ceux qui ne font qu'émettre une critique politique du gouvernement israélien crée un amalgame tout aussi funeste et contribue à l’importation du conflit israélo-palestinien en France », déplorait en 2012 le géopolitologue Pascal Boniface à l’occasion des vœux de Manuel Valls aux juifs de France, auprès de qui il a dénoncé « un nouvel antisémitisme qui se cache derrière un antisionisme de façade ».

Antisionisme = antisémitisme ? Pourquoi la faute de Macron est lourde

« Imagine-t-on les communistes interdire la critique du communisme ? »

L’historien Dominique Vidal pointe « une erreur historique » et « une faute politique » d’Emmanuel Macron dans une tribune dans laquelle il fustige « la présence inédite et scandaleuse du Premier ministre le plus belliciste de l’histoire d’Israël » à la commémoration.

« L’histoire du conflit au Proche-Orient – faut-il le rappeler à Emmanuel Macron ? – ne commence pas le 14 mai 1948, lorsque naît l’État d’Israël. C’est en 1897 que l’Organisation sioniste voit le jour, avec pour but la création d’un Foyer national juif en Palestine. Entériné par la déclaration Balfour en 1917, puis par le mandat que la Société des Nations confie au Royaume-Uni en 1922, cet objectif ne rallie pas la majorité des Juifs, loin de là : l’immense majorité y est hostile, communistes et bundistes (issus du Bund, mouvement socialiste juif d’Europe centrale, ndlr), mais aussi religieux. Antisionistes, tous ces Juifs étaient-ils antisémites ? Bien sûr que non ! A vrai dire, le sionisme est une idéologie parmi d’autres. Imagine-t-on les communistes interdire la critique du communisme ? », écrit l’historien.

Citons ainsi l'Union juive française pour la paix (UJFP). L'association, qui soutient la campagne BDS, estime que « les sionistes instrumentalisent l’antisémitisme en considérant que toute critique d’Israël est antisémite. C’est leur ultime défense pour continuer à violer le droit international. Le sionisme n’est pas seulement criminel contre les Palestiniens. Il est suicidaire pour les Juifs » car « en prétendant représenter tous les Juifs, (le sionisme) favorise les confusions. Il ne combat pas l’antisémitisme. Il le favorise ».

« Indéfendable historiquement comme idéologiquement, l’assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme constitue surtout une faute grave : elle permet en effet à la droite et à l’extrême droite israéliennes de tenter d’étouffer la voix de tous leurs opposants, à l’intérieur comme à l’extérieur », rappelle aujourd'hui Dominique Vidal pour qui, « si Emmanuel Macron veut vraiment contribuer à une paix juste et durable, il faut qu’il accepte le principe de sanctions contre Israël, dès lors que celui-ci refusera de se plier au droit international ». Une perspective que l'actuelle présidence, comme la précédente, exclut, malgré les nombreuses exactions d'Israël, reconnues par la communauté internationale même.

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur


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