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Religions

Aïd el-Kébir : l'observation lunaire en Arabie Saoudite a-t-elle failli ?

Aïd al-Adha 2014

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Mercredi 1 Octobre 2014

Cette année 2014, la date de l’Aïd el-Kébir (ou Aïd al-Adha) annoncée par l’Arabie Saoudite après observation lunaire coïncide avec celle des données astronomiques. Ceux qui suivent le royaume saoudien et les adeptes des calculs scientifiques s’accordent tous sur le samedi 4 octobre. Mais dans d’autres pays, où l’observation lunaire est la règle, l’Aïd ne sera fêté que le lendemain, voire le surlendemain. Comment expliquer ces décalages ?



Aïd el-Kébir : l'observation lunaire en Arabie Saoudite a-t-elle failli ?
Après une Nuit du doute où la nouvelle lune fut recherchée, l’Arabie Saoudite a annoncé, mercredi 24 septembre, que le premier jour du mois de Dhul Hijjah était fixé au jeudi 25 septembre 2014.

La célébration de l’Aïd el-Kébir (ou Aïd al-Adha) correspondant au dixième jour de ce mois, le royaume a conclu que la plus grande fête de l’islam tombait le samedi 4 octobre. En France, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a naturellement suivi le royaume saoudien.

C’est aussi cette date qui ressort des calculs astronomiques. L’Union des organisations islamiques de France (UOIF), qui se fonde sur ces données, a ainsi fait une annonce similaire, « selon les données scientifiques et comme cela a été annoncé dans les calendriers de l’UOIF et du Conseil européen de la fatwa et de la recherche (CEFR) », rappelle l’organisation dans un communiqué. En Amérique, l’Islamic Society of North America (ISNA), qui use aussi des calculs astronomiques, a de la même manière fait savoir sur son site Web que l’Aïd était fixé au samedi 4 octobre.

Aïd el-Kébir : l'observation lunaire en Arabie Saoudite a-t-elle failli ?

Impossible de voir la nouvelle lune en Arabie Saoudite

Le fait que les calculs astronomiques s’accordent avec l’annonce des autorités saoudiennes que beaucoup suivent évitent que la communauté musulmane soit aux prises avec une énième polémique comme cela a pu être le cas pour la détermination des dates du début du Ramadan, ces dernières années.

Mais le hic, c’est que la vision de la nouvelle lune prétendument observée par l’Arabie Saoudite ne pouvait pas être visible dans ce pays mercredi 24 septembre, nous affirme Smaïl Mostefaoui, docteur en planétologie. Il était « impossible de la voir avec les moyens conventionnels de type télescope », excepté au Chili, détaille-t-il. Ou alors avec une caméra CCD, une nouvelle technologie qui « cache le soleil » et permet de photographier la lune en plein jour. Mais ce procédé n’est pas utilisé par le royaume.

L’Arabie Saoudite aurait donc dû conclure que l’Aïd el-Kébir était fixé pour le dimanche 5 octobre. En fait, d’après M. Mostefaoui, l’Arabie Saoudite « n’observe pas » la visibilité de la Lune alors qu’elle dit suivre la méthode de l’observation. « Ils (les Saoudiens) n’osent pas dire qu’ils utilisent les calculs », assure le scientifique.

Smaïl Mostefaoui précise que pour la détermination de la date de l’Aïd al-Fitr 2014, l’Arabie Saoudite avait déjà choisi de suivre les données scientifiques alors que les chances de voir la Lune sur son territoire étaient « aussi nulles ».

L’Aïd fixé pour le 5 octobre au Mali et au Maroc

Un large pan du monde musulman étant suspendu aux annonces du pays qui abrite les Lieux saints de l’islam − de surcroît en période de grand pèlerinage (Hajj) − beaucoup de musulmans vont donc fêter l’Aïd le samedi 4 octobre.

Mais, contrairement à l’Arabie Saoudite, qui ne joue pas franc-jeu au détriment de la transparence qui est attendue d’elle, d’autres Etats s’en tiennent strictement à la règle de l’observation lunaire. Une position qui les met en décalage. C’est le cas du Maroc. Dans un communiqué, le ministère des Habous et des Affaires islamiques indique que « l'observation du croissant lunaire du mois de Dhou-Al Hijja 1435 de l'Hégire, a été confirmée, dans la soirée du jeudi 29 Dhou-Al Qiîda 1435 correspondant au 25 septembre 2014 ». « Sur ce, le 1er Dhou-Al Hijja 1435 de l'hégire correspond au vendredi 26 septembre 2014 et l'Aïd al-Adha sera célébré dimanche 5 octobre prochain », est-il poursuivi.

Au Mali, la date du 5 octobre a également été retenue par le ministère des Affaires religieuses, qui a précisé que le croissant lunaire n’avait pas été aperçu mercredi 24 septembre dans aucune des localités du pays.

Le Pakistan en retard

Ailleurs, les situations sont plus ubuesques comme au Sénégal, où le pays sera une nouvelle fois partagé. La fête de l’Aïd el-Kébir communément appelé Tabaski sera célébrée le 4 ou le 5 octobre. La Coordination des musulmans de Dakar a retenu la première date et la Commission nationale d’observation du croissant lunaire (CNOCL) la seconde, informe la presse sénégalaise.

En Indonésie, la Muhammadiyah, deuxième plus grande organisation musulmane du pays, qui suit les calculs astronomiques avait déterminé que la fête de l’Aïd tombait le 4 octobre mais elle a décidé de se ranger derrière le gouvernement qui a annoncé les célébrations pour le lendemain, fait savoir le journal anglophone The Jakarta Post.

Plus étonnant, au Pakistan, l’Aïd al-Adha sera célébré lundi 6 octobre. Le comité Ruet-e-Hilal (Vision du croissant) ne s’est réuni pour la Nuit du doute que le jeudi 25 septembre, laissant penser à un jour de retard sur le calendrier hégirien pakistanais, un mois du calendrier islamique ne pouvant excéder 30 jours.

Pakistanais, Indonésiens, Marocains ou Maliens : autant de fidèles qui vont être en décalage avec leurs proches partis faire le hajj. Pour Smaïl Mostefaoui, « l'unification » passe par le calcul. L'avenir dira si le choix du calcul astronomique parviendra à s'imposer dans le monde musulman.






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