Points de vue

Zakat al-maal : le sens de la richesse et de la pauvreté en islam

Rédigé par Conseil théologique musulman de France (CTMF) | Mardi 18 Juillet 2023 à 11:35

Quel est le sens de la richesse et de la pauvreté dans la tradition islamique ? Les explications qui suivent sont celles du Conseil théologique musulman de France (CTMF) afin d'appuyer sa recommandation en faveur de l'adoption du nissab d'argent.



A l'occasion de la nouvelle année hegirienne 1445, le Conseil théologique musulman de France (CTMF) a émis une fatwa, un avis religieux, recommandant l'adoption du nissab le plus bas entre l'or et l'argent pour la zakat al-maal. Ce qu'il faut savoir dessus ici.

Le sens linguistique

Selon les dictionnaires arabes, le terme « richesse » est associé à des notions telles que l'autonomie financière, l'aisance, l'absence de besoins envers autrui, la fortune et l'abondance des biens. En regroupant ces définitions différentes, nous pouvons conclure que la richesse se situe au-delà d'une zone de pauvreté et de besoin, où l'autonomie financière et l'indépendance vis-à-vis des autres commencent à se manifester.

C'est dans cette zone que la richesse se trouve. Cette interprétation linguistique suggère que la richesse implique un niveau d'autosuffisance où l'individu ne dépend pas des autres pour subvenir à ses besoins. Ainsi, le seuil minimum de richesse est atteint lorsqu'une personne atteint cet état d'autonomie et d'indépendance.

Le sens coranique de la richesse et de la pauvreté

Un verset coranique donne clairement le sens des deux termes : « Que les aumônes aillent de préférence aux pauvres qui se sont consacrés au service d'Allah, sans pouvoir parcourir le monde en vue de gagner leur subsistance. À voir leur attitude si digne, celui qui ne les connait pas les prendrait pour des gens riches. C'est grâce à cette particularité qu'on les reconnaît, car ils n'importunent personne de leurs demandes. » (S2, V273).

Dans ce même verset, Dieu les qualifie de pauvres selon Sa connaissance divine, mais les Arabes de l'époque les considéraient comme riches en raison de leur attitude. Leur apparence de richesse était due au fait qu'ils ne mendiaient pas par dignité et par confiance en Dieu.

Ainsi, selon les Arabes, celui qui ne mendie pas, et est autonome financièrement, est considéré comme riche, même s'il n'est pas fortuné. Par conséquent, nous pouvons comprendre que le hadith prophétique ordonnant de prélever la zakat auprès des riches, vise des personnes qui, en plus de leur autonomie financière, possèdent un nissab quelconque en or, en argent ou en autres biens.

Le sens de la richesse selon la jurisprudence islamique

La majorité des écoles juridiques (à l'exception des Hanafites) considère que la frontière entre la richesse et la pauvreté est déterminée par le concept d'autonomie financière (al-kifâyah). Celui qui se situe en dessous du seuil de l'autonomie financière est considéré comme étant dans le besoin et le droit de recevoir la zakat sans avoir l'obligation de la payer. Celui qui dépasse le seuil de l'autonomie financière sans atteindre le nissab n'est pas tenu de payer la zakat, car il ne possède pas la richesse requise pour cela, et il n'a pas le droit de recevoir la zakat, car il n'est pas considéré comme pauvre. Enfin, celui qui dépasse le nissab pendant une année entière est tenu de payer la zakat sans avoir le droit de la recevoir.

Ainsi, selon l'unanimité des quatre écoles juridiques, une personne qui possède le nissab d'argent pendant une année entière, au-dessus du seuil de l'autonomie financière et en plus de ses besoins de base, est tenue de payer la zakat.

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