Points de vue

Un an après le dernier carnage, rien n’a changé à Gaza

Rédigé par Ziad Medoukh | Mardi 7 Juillet 2015 à 10:55



7 juillet 2014 - 7 juillet 2015. Un an déjà, un an a passé, un an s’est écoulé depuis le début de la dernière agression israélienne contre la bande de Gaza en juillet et août 2014 ; la troisième en cinq ans. C’est comme si c’était hier, un événement terrible en Palestine, un véritable carnage à Gaza contre des civils et des innocents.

Cette nouvelle attaque avait pour objectif de briser la volonté d’une population résistante et courageuse qui s'est résolu de défier le blocus, mais qui a surtout décidé de rester attachée à sa terre, en dépit de toutes les difficultés et des mesures atroces d’une occupation aveugle.

Je ne vais pas revenir ici sur les événements tragiques de cette dernière offensive contre la population civile de Gaza, menée par une puissance militaire dans un territoire enfermé, isolé et soumis à un blocus inhumain, offensive qui a duré plus de 50 jours et fait plus de 2 200 morts, dont 600 enfants et 11 000 blessés, civils en majorité, sans oublier la destruction massive de l'infrastructure civile de la bande de Gaza.

Je ne vais rappeler ce drame, parce que le monde entier le connaît, mais je veux seulement dire à ce monde que rien n’a changé dans notre région oubliée, un an après ce massacre.

Un triste bilan

Ces jours-ci, les Palestiniens en général, les habitants de Gaza en particulier, et, avec eux, les solidaires internationaux, commémorent le premier anniversaire de l’agression israélienne de l’été 2014. Difficile d’oublier - et il sera difficile d’oublier, même après des années et des années -; difficile de sortir de nos mémoires ces images bouleversantes de 50 jours de bombes, de missiles et d'attaques sanglantes.

Il est impossible pour nous, Palestiniens de Gaza, d’oublier la guerre, les morts et les blessés, les maisons et les écoles détruites, les massacres, et les crimes commis par cette armée d’occupation, contre nos femmes et nos enfants, contre nos biens et nos structures, contre notre volonté et notre résistance, contre notre avenir et notre existence.

Un an après, aucun projet de reconstruction privé ou public n’a commencé dans les rues de Gaza qui témoignent de la barbarie subie pendant ces 50 jours. Partout, ce ne sont que ruines des maisons, des immeubles, des mosquées, des écoles, des stades, des usines ou des bâtiments détruits et visés par les bombardements israéliens.

Un an après, les attaques et les agressions se poursuivent jour et nuit, provoquant la mort de civils et des dégâts importants. Et cela se poursuivra tant que ces crimes resteront impunis, et tant que cet Etat d’apartheid et d’occupation ne sera pas jugé pour les crimes de guerre commis contre les enfants de Gaza.

Un an après, rien n’a changé pour les sans abris. Plus de 10 000 habitants vivent toujours sous des tentes ou à côté des ruines de leurs maisons détruites dans des conditions très difficiles, aucune habitation n’a été réparée, à cause du maintien du blocus et de l’interdiction d’entrée, par ordre militaire israélien, des matériaux de construction.

Un an après, beaucoup d’événements se sont passés en Palestine, dans la région, et dans le monde, mais pour la population civile de cette région abandonnée, rien n’a changé.

Un an après, Gaza subit les bombardements et les raids israéliens, Gaza est plus que jamais une prison à ciel ouvert. Et l’armée de l’occupation interdit et attaque les flottilles de liberté internationales qui visent à briser le blocus.

Un an après l'offensive, la situation stagne et, pour plus de 1,8 millions de Gazaouis toujours enfermés, cette situation reste très grave à tous les niveaux, surtout sur le plan humanitaire, malgré une mobilisation internationale contre les crimes israéliens et les promesses de reconstruction rapide.

Un an après, rien ne semble différent pour les Palestiniens de Gaza, toujours à la recherche d'une solution politique et pas seulement humanitaire. Les passages et les frontières avec l'extérieur sont souvent fermés par ordre militaire israélien et les produits alimentaires et autres qui entrent à Gaza sont rares. Les autorités israéliennes ouvrent le seul passage commercial qui relie la bande de Gaza à l’extérieur deux ou trois fois par semaine pour permettre l'entrée de 300 camions et de quelques convois humanitaires. Parmi ces camions, cinq à six seulement contiennent des matériaux de construction, souvent destinés aux projets internationaux. Ce passage se ferme sous n’importe quel prétexte, par décision israélienne, sans prendre en considération les besoins énormes de la population civile.

Le silence ne protège pas Gaza

Chaque foyer à Gaza n’a droit qu’à huit heures d’électricité par jour, car la seule centrale électrique, détruite en juillet 2014, ne fonctionne pas, par manque de fioul et de carburant. Les conséquences sont dramatiques pour les hôpitaux, les centres médicaux, et les institutions éducatives.

L’armée israélienne viole presque tous les jours l’accord du cessez-le-feu et ne respecte pas la trêve. Souvent, les chars mènent des incursions dans la bande de Gaza. Les soldats contrôlent toujours les zones tampons sur les zones frontalières et tirent sur les paysans. La marine empêche l’extension de la zone de pêche et tire sur les pêcheurs palestiniens et leurs bateaux. Malgré la retenue des factions de Gaza, l’armée d'occupation poursuit ses provocations.

Les Palestiniens de Gaza craignent la reprise des attaques israéliennes à n’importe quel moment et sous n’importe quel prétexte, car la communauté internationale a gardé un silence complice durant la dernière offensive israélienne et n'exerce pas de pressions sur le gouvernement israélien afin qu'il lève le blocus imposé à la population depuis plus de huit ans. Les habitants de Gaza, épuisés, ont peur pour leurs enfants et leur avenir.

L’aspect le plus grave de toute cette situation difficile, aspect qui marque l’esprit de la majorité des habitants, est l’absence de perspectives pour ces gens qui ne voient aucun changement. C’est un sentiment horrible qui va influencer l’avenir de cette génération, surtout des jeunes.

Les Palestiniens de Gaza attendent. Ils attendent une ouverture, ils attendent la levée de ce blocus inhumain, ils attendent une réelle réaction internationale qui mette fin à l’impunité de cet occupant. En attendant, la vie continue, ses habitants s’adaptent et montrent une patience extraordinaire ; ils tiennent bon, persistent, patientent, résistent, et surtout, ils continuent d'espérer, espérer un changement radical, une solution politique. Ils espèrent un lendemain meilleur, un lendemain de liberté, de paix, mais, avant tout et surtout, un lendemain de justice.

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Ziad Medoukh est professeur et directeur du département de français de l’université Al-Aqsa de Gaza.