Points de vue

Ramadan : l'unité locale à défaut de l'unité nationale

Rédigé par Participation et Spiritualité Musulmane (PSM) | Lundi 16 Juin 2014 à 06:05



Unifier le début et la fin du mois de Ramadan se heurte à des difficultés d’ordre jurisprudentiel religieux. Deux avis distincts sur le sujet permettent de fixer les termes de la période de jeûne : l’estimation par le calcul astronomique, et l’observation oculaire du nouveau croissant de lune.

Aux deux avis s’ajoute une option : doit-on opter pour un levant lunaire unique pour le globe entier ou bien en considérer plusieurs ? Cette option nous place devant deux cas extrêmes qui défavorisent l’unification du jeûne : un premier cas où chaque autorité religieuse opte pour son propre levant (vu ou estimé selon une configuration donnée de paramètres astronomiques) ; un deuxième cas où l’unification perd en faisabilité car se heurte à des limites rationnelles et légales.

Ce deuxième cas est posé par le décalage horaire dû à l’aspect sphérique de la Terre qui fait qu’au moment de l’observation, le soleil s’est déjà levé le jour suivant dans une partie habitée du globe. Est-ce donc un jour du mois de Ramadan ou alors le mois ne débutera qu’une fois la nuit tombée ? Par ailleurs, peut-on entamer la première nuit du mois de Ramadan, alors que celui-ci ne débutera que quelques heures plus tard là où la Lune est observable ? Doit-on entamer le jeûne par anticipation le matin sachant que la Lune ne sera observable que l’après-midi en un lieu du monde où le soleil se sera à peine couché ?

Néanmoins, commencer et finir le jeûne les mêmes jours, au moins dans un même pays, demeure une exigence majeure. Pour cause, le récit prophétique qui introduit un critère consensuel pour déterminer les termes du mois de jeûne : « Le jeûne débute lorsque vous jeûnez, explique le Prophète paix et salut sur lui, la rupture débute lorsque vous rompez le jeûne. » Ce récit fait office de décret pour enjoindre aux musulmans de respecter le jeûne en même temps que leurs concitoyens.

Dans cet objectif, PSM a encouragé en 2013 l’initiative du CFCM optant pour l’estimation astronomique de l’observation, avec levant unique. Ce fut une entreprise mettant en œuvre une logique de rassemblement et de cohésion.

Or, cette décision s’est heurtée d’une part à la fragilité du CFCM et d’autre part au fait qu’aucun pays musulman n’a observé la nouvelle lune le soir du 8 juillet 2013. Cela contraria fortement l’application de la décision du CFCM et provoqua la débâcle très regrettable de l’année dernière. Cela n’en demeure pas pour autant une situation exceptionnelle. Les données astronomiques des années prochaines prévoient des conditions qui prêtent à autant de confusion que l’année dernière, voire plus.

Le calendrier bi-zonal pour atténuer les divergences

L’adoption d’un calendrier lunaire bi-zonal, à l’image du jour et de la nuit présents en même temps sur le globe, nous semble une solution modérée qui pallie aux cas extrêmes prêtant à confusion. Une solution reposant sur le principe de bi-zonage est d’ailleurs évoquée dans le milieu de l’astronomie.

A notre sens, c’est une proposition susceptible d’apporter à l’avenir plus d’éléments d’unification en France et mérite d’être réétudiée sérieusement par les différentes instances musulmanes françaises :

[1] Elle privilégie une estimation astronomique de l’observation du croissant lunaire pour résoudre les questions liées à l’établissement d’un calendrier lunaire.

[2] Elle adopte l’avis juridique majoritaire d’un levant unique. Une fois le levant constaté, son effet se propagera sur le globe au rythme du roulement de la nuit pour éviter d’imposer à certains de commencer le mois avant qu’il n’arrive.

[3] Elle cherche à atténuer au mieux les facteurs de divergence et les cas extrêmes.

Cette année, conscients qu’aucune option ne fait actuellement l’unanimité sur le plan national, nous appelons, à défaut d’un consensus majoritaire national le 27 juin 2014, à unifier le jeûne de proche en proche, au niveau des villes, ou sinon au niveau des mosquées et des familles. De ce fait, si dans une ville, les mosquées arrivent à un accord nous recommandons de suivre l’unité locale à défaut d’une unité nationale.

Puisse Dieu bénir cette communauté et l’unir dans la vertu et la paix.