Société

Racisme et discriminations à l’origine de la pauvreté, avertit l'ONU

Rédigé par Maria Magassa-Konaté et H. Ben Rhouma | Mercredi 6 Novembre 2013 à 06:00

La pauvreté des individus est inextricablement liée aux discriminations dont ils sont victimes, avertit le rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme. Personnes d’origine africaine, Roms, migrants, autochtones sont ainsi autant de populations touchées par une double peine dont les origines remontent pour certains au temps de l’esclavage, pour d'autres à la colonisation.



« Certains groupes de personnes, comme les populations d’ascendance africaine, les autochtones, les Roms, les dalits en Inde ou les migrants, sont toujours aux prises avec la pauvreté et la discrimination, en particulier lorsqu’il s’agit de la jouissance de leurs droits économiques et sociaux », a avancé Mutuma Ruteere, le rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée, devant la Troisième Commission de l’Organisation des Nations Unies, lundi 4 novembre.

Ces populations discriminées sont confrontées à un inéquitable accès à l'éducation, aux logements adéquats, aux soins de santé et aux ressources, précise le rapporteur.

Une pauvreté héréditaire

Dans toutes les régions du monde, ces groupes victimes de discrimination sont touchés de façon disproportionnée par la pauvreté. Cette misère est liée à une discrimination qui dure parfois depuis des siècles car elle est issue « généralement d’héritages historiques comme l’impact de l’esclavage et de la colonisation, ainsi que des systèmes de statut hérité et de la discrimination institutionnalisée qui a longtemps sévi dans de nombreuses régions du monde », rapporte l’ONU dans un communiqué.

« La relation complexe entre le racisme et la discrimination donne à penser que seule une garantie d’égalité et de non-discrimination peut corriger ce déséquilibre et empêcher les groupes victimes de discrimination de tomber dans la pauvreté et de s’y enliser », estime M. Ruteere.

12 millions de Roms discriminés en Europe

Pour l’heure, la couleur de peau et l’origine ethnique continuent d’être des facteurs de pauvreté. L’impact de l’esclavage et de la colonisation sur la pauvreté des minorités a pourtant été reconnu par plusieurs délégations. En 2005, les pays membres du G8 avait d’ailleurs décidé d’annuler une partie de la dette de 18 pays parmi les plus pauvres du monde dont la plupart sont situés sur le continent africain.

Reste que « la nature multi-générationnelle de la pauvreté, caractérisée par des générations successives héritant des handicaps de leurs prédécesseurs, signifie qu’au fil des ans la pauvreté et le dénuement sont devenus des éléments représentatifs de groupes raciaux et ethniques particuliers », note l’ONU.

Au niveau européen, le rapporteur donne pour exemple la situation des Roms, estimés entre 10 à 12 millions de personnes sur le continent, mais dont « un pourcentage inacceptable d’entre eux continue de vivre dans la pauvreté et d’être victime de discrimination dans pratiquement tous les aspects de la vie ». M. Ruteere a également constaté que la situation des migrants demeurait précaire et nécessitait une attention particulière.

Les exemples ne manquent pas. Non citées par le rapporteur : la situation des migrants noirs au Maghreb, des Palestiniens au Proche-Orient, aussi bien en Territoires occupés que dans les camps de réfugiés des pays voisins, des Rohingyas en Asie ou encore des populations aborigènes en Australie.

« Corriger les déséquilibres historiques »

« En conclusion, le rapporteur spécial a invité les États Membres à revoir les politiques et les programmes susceptibles d’avoir un effet disproportionné sur les minorités raciales ou ethniques étant donné leur vulnérabilité socio-économique et à mettre en œuvre des mesures efficaces pour élargir l’accès de ces groupes aux droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux », peut-on lire dans le communiqué de presse des Nations Unies.

L’un des deux rapports établis en août 2013 et présentés lundi par le rapporteur expliquait déjà la nécessité de « corriger les déséquilibres historiques issus du racisme et de la discrimination, y compris l’esclavage, la ségrégation, l’apartheid et toute autre forme d’exclusion » et de promouvoir le droit à l'éducation pour tous, « condition préalable à la pleine jouissance d’autres droits comme le droit au travail, la liberté d’expression ou même le droit à la santé ».

« La marginalisation permanente qui est le lot des groupes victimes de discrimination en matière d’accès à l’éducation est l’une des raisons pour lesquelles ils restent enlisés dans la pauvreté, en dépit de l’obligation des États de réaliser ce droit pour tous, », lit-on.

2014-2023, « Décennie internationale pour les personnes d’ascendance africaine »

Plus symbolique, la présidente du Groupe de travail d’experts sur les personnes d’ascendance africaine, Mme Verene Shepherd, a invité l’Assemblée générale à proclamer 2014-2023 « Décennie internationale pour les personnes d’ascendance africaine ». « Cette Décennie ne sera pas uniquement pour ces personnes mais offrira l’occasion de promouvoir l’égalité, l’état de droit et la démocratie », a-t-elle précisé en exhortant l’Assemblée à se mettre cette fois du bon côté de l’histoire.

Les rapports dénonçant la xénophobie et la discrimination des minorités dans bon nombre de pays font légion. Il serait plus que temps que les prérogatives des Nations Unies soient enfin prises au sérieux par ses Etats membres. Encore faut-il que la promotion de l'égalité pour tous devienne une priorité pour les gouvernements qui, eux, préfèrent ce jour veiller sur les privilèges des groupes dominants.