Société

Mitraillage de la mosquée d'Istres : le gouvernement sévèrement réprimandé

Rédigé par Leïla Belghiti | Mercredi 28 Avril 2010 à 00:31

Peu de temps après la nouvelle de la mosquée et de la boucherie halal mitraillées le week-end dernier, les communiqués de presse ont défilé sur la Toile et les boîtes e-mail. Saphirnews a recueilli pour vous les principales réactions. Si la majorité politique condamne timidement ces agressions sans commune mesure dans l'histoire récente de la République, des personnalités et des associations crient tout haut leur colère et accusent le gouvernement d'être à l'origine de ces violences absolument condamnables.



Une trentaine d'impacts de balles sur la mosquée Ar-Rahma, à Istres. Un rassemblement est prévu pour ce vendredi 30 avril devant la mosquée. La plupart des réactions des politiques restent, pour le moment, tièdes et de convenance.
Entre les affaires de niqab au volant et de polygamie, précédées – et préparées de longue date − par des débats sur l'identité nationale et la burqa aux fondements et aux objectifs des plus douteux, on croirait presque à une apocalypse. La violence du feu vient s'ajouter à ce jeu de fous. Trente coups de feu sur une mosquée à Istres, dans les Bouches-du-Rhône ; une vingtaine sur une boucherie halal de Marseille. Imprévisible ?

L'escalade de violence ne semble pas refroidir les initiateurs des polémiques en cause. L'affaire de la femme en niqab au volant et de son conjoint présumé polygame continue de faire la une des agendas des ministres de l'Intérieur, Brice Hortefeux, et de l'Immigration, Éric Besson.

Le Premier ministre François Fillon a pour sa part annoncé ce lundi même qu'un projet de loi visant l'interdiction générale du port du voile intégral serait déposé au mois de juillet, tout en assurant que tout sera fait pour éviter une stigmatisation des musulmans, et exprimant au président du CFCM Mohammed Moussaoui sa « vive émotion » après l'agression contre la mosquée d'Istres...

M. Moussaoui, pour sa part, regrette une « dissymétrie dans la médiatisation des choses concernant les musulmans ».

Droite et gauche s'indignent... la plupart du bout des lèvres

Le porte-parole adjoint de l'UMP, Dominique Paillé, a également tenu, au nom du parti, à exprimer son « indignation » : « Ces exactions sont intolérables et l'UMP souhaite ardemment que les auteurs soient démasqués et poursuivis. Le Mouvement populaire adresse par ailleurs son soutien à l'ensemble de la communauté musulmane, dont il partage l'émotion face à des comportements qui transgressent nos valeurs de tolérance et d'humanisme. »

Côté gauche, Bertrand Delanoë (maire PS de Paris) a exprimé dans un communiqué sa « solidarité » avec la communauté musulmane : « À travers ces brutalités lâches, ce n'est pas seulement une communauté, mais la République tout entière qui est outragée. Je souhaite que tout soit mis en œuvre pour que les coupables soient rapidement identifiés et interpellés. »

Plus vindicatif, Faouzi Lamdaoui, membre du Conseil national du PS, a estimé que le mitraillage de la mosquée d'Istres est une « conséquence directe de la politique hasardeuse menée par le gouvernement Fillon ». « La manipulation et la politisation de la question du voile intégral par Nicolas Sarkozy engagent également sa responsabilité dans les dérives de certains groupuscules qui y trouvent une caution », ajoute-t-il dans un communiqué.

Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, a accusé, mardi, le gouvernement de jouer « les éveilleurs de haine ». « Lorsque j'entends certains, à droite, manier parfaitement l'amalgame entre religion, origine et comportements violents, je ne peux m'étonner que des actes d'une extrême violence, comme ceux visant la mosquée de Istres, arrivent », souligne-t-elle. Et d'ajouter : « Plutôt que de résoudre les problèmes de société par le dialogue, le progrès social et l'application des lois existantes contre toute atteinte aux valeurs républicaines, le gouvernement préfère jouer les fauteurs de troubles. »

Les acteurs associatifs grognent en cœur contre la politique du gouvernement

Rappelant que les lieux de culte musulman sont avant tout « des lieux de paix, de prière et de recueillement », la Grande Mosquée de Paris n'hésite pas, par la voix de son recteur Dalil Boubakeur, à parler d'« arme de guerre » utilisée par « des criminels conscients de l’impact odieux que leur action commando » pourra déclencher auprès des musulmans.

Le CRAN (Conseil représentatif des associations noires), à son tour, « appelle le gouvernement à s'interroger sur la logique d'affrontement qui s'installe à mesure que la diabolisation de l'islam et des Français issus de la diversité progresse », relevant que « les Noirs de France, dont une partie importante est musulmane, s'inquiètent du climat raciste et xénophobe qui s’installe en France. Ce lourd climat porte en lui de sérieux germes de division ». Pour son président, Patrick Lozès, « un climat d’affrontement civil s’installe ».

Tandis que le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) rappelle que « l'usage d'armes à feu contre un lieu de culte constitue une nouvelle escalade islamophobe d'une extrême gravité », le RMF (Rassemblement des musulmans de France) a, par la voix de son président Anouar Kbibech, tenu à appeler « les pouvoirs publics à agir d'urgence avant que l'irréparable ne soit commis ».

Dans un communiqué, le Collectif des musulmans de France (CMF) « appelle les responsables politiques à prendre la mesure du péril qui guette le tissu national ».

« La campagne pour les élections présidentielles a bel et bien commencé et elle se fait encore une fois sur le dos des musulmans de ce pays, leurs enfants, leurs quartiers ou leurs origines », dénonce, pour sa part, la Coordination contre le racisme et l'islamophobie (CRI).

Pour l'heure, aucun déplacement de personnalités politiques à la mosquée d'Istres n'est annoncé...

« Un rassemblement de fraternité », prévu pour ce vendredi 30 avril à 14 h 30 devant la mosquée Ar-Rahma, d'Istres, vient cependant d'être lancé par le CFCM (Conseil français du culte musulman), qui « appelle toutes les personnes éprises de paix et de justice, ainsi que les représentants de l’État et tous les élus républicains de notre pays à venir nombreux ». Objectif : « Renforcer la cohésion nationale et le vivre-ensemble face à ceux qui prêchent la haine et la violence. »