Sur le vif

Interdiction de l'abaya à l'école : le CFCM craint « un précédent grave, dangereux et discriminatoire »

Rédigé par Lina Farelli | Lundi 28 Aout 2023 à 12:30



© Celette/CC BY-SA 4.0
Après l'annonce du ministre d'interdire le port de l'abaya à l'école, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a réaffirmé, lundi 28 août, sa position selon laquelle l'abaya n'est pas une tenue religieuse. Par conséquent, « au nom de la laïcité et du principe de séparation des religions et de l'Etat », l'instance « conteste a fortiori qu'une autorité laïque puisse définir ce qui serait ou non religieux à la place des instances religieuses d'un culte, quel qu'il soit ».

Rappelant que « l’école est un sanctuaire de savoir et de connaissance et non un lieu de prosélytisme de quelque nature que ce soit », le CFCM affirme avoir « le devoir impératif de réfuter tout lien erroné entre le port d’un vêtement et la pratique religieuse musulmane. Il a également le devoir de lutter contre toute forme de discrimination dirigée notamment contre une personne en raison de son adhésion ou réelle ou supposée à la religion musulmane ».

Il souligne en ce sens « qu'il n'existe nulle part de définition claire et de critères objectifs de la " abaya" » car « ce terme d’origine arabe renvoie uniquement à une robe longue ou manteau qui peuvent prendre des formes diverses et variées ». Par ailleurs, « certaines jeunes filles font parfois le choix de porter des robes longues à l'école » pour des raisons diverses « et que, parmi celles-ci pourraient figurer des jeunes filles musulmanes, comme d'autres non musulmanes ».

« Le CFCM craint donc qu'en l'absence de vraie définition, la "abaya" ne soit définie non pas en fonction de critères objectifs (qui n'existent pas) mais d’une manière purement arbitraire, en fonction du "profil" des filles et des femmes qui la portent, de leur origine et de leur religiosité supposées, ce qui serait un précédent extrêmement grave, dangereux et discriminatoire », lit-on dans son communiqué.

« À moins d'interdire purement et simplement le port de toute robe longue à l'école et par tous, élèves et professeurs compris, quelle que soit leur appartenance ou non à une religion, il sera impossible d'appliquer une mesure visant spécifiquement la "abaya" sans tomber dans les travers de la discrimination et de l’arbitraire. »

Pour le CFCM, « la loi de mars 2004 qui règlemente le port des signes religieux dans les écoles doit être respectée » et « ne doit pas être détournée de son objectif pour donner lieu à une police du vêtement contraire à la lettre de la loi de 1905 et à son esprit ».

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