Sur le vif

Hitler et les gens du voyage : un député-maire provoque un scandale

Rédigé par La Rédaction | Mardi 23 Juillet 2013 à 11:34



« Hitler n'en a peut-être pas tué assez » : cette phrase faisant référence aux gens du voyage a été prononcée par Gilles Bourdouleix, le député-maire (UDI) de la ville de Cholet dans le Maine-et-Loire. Ces propos scandaleux rapportés par le journal Le Courrier de l’Ouest ont vite fait de susciter la polémique.

Gilles Bourdouleix aurait fait cette affirmation alors qu’il se trouvait dimanche 21 juillet sur un terrain agricole appartenant à sa commune, où 150 caravanes de gens du voyage venaient de s’installer le jour même. Le maire était venu leur demander de quitter les lieux. Aussitôt, la tension est montée. Certains gens du voyage ont effectué des saluts nazis pour illustrer son racisme. M. Bourdouleix sort alors sa phrase choc, rapporte Le Courrier de l’Ouest.

Lundi matin, l'élu dément l’information et dépose plainte pour « diffamation, atteinte à l'honneur et atteinte à l'image » contre le journal régional. Mais le journal riposte en publiant un enregistrement dans lequel on l’entend dire : « La loi, elle s'applique » puis moins fort : « Comme quoi Hitler n'en a peut-être pas tué assez ».

« Bidouillages », répond le maire. Selon lui, le journaliste a « bidouillé un enregistrement dans lequel il y a des coupures en me faisant dire des propos que lui-même venait de me dire et que j'ai répétés, étonné, qui ne correspondaient pas à ce que j'avais dit ». Il explique avoir dit à ce moment là que « malheureusement, Hitler, il les tuerait ici ». « Je ne dis pas qu'il aurait bien fait, je dis seulement que, quelque part, ils ont de la chance, personne ne va les tuer », se défend-t-il.

Cependant, ses explications peinent à convaincre. L’UDI que le députe-maire a rejoint en juin 2012 a décidé de l’exclure du parti. Son président Jean-Louis Borloo a condamné lundi « de la manière la plus formelle » ses propos. Le secrétaire général de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde, a précisé que son exclusion serait actée mercredi lors d’un comité exécutif. « Ces propos sont inqualifiables et incompatibles avec les valeurs de l'UDI », a expliqué M. Lagarde.

Cette nouvelle affaire intervient alors que le maire de Nice Christian Estrosi et le président d’honneur du FN Jean-Marie Le Pen ont dernièrement suscité la polémique en prenant pour cible les gens du voyage et les Roms. « Ces déclarations illustrent la dangereuse surenchère dans laquelle la droite est engagée avec l'extrême-droite : Christian Estrosi a récemment livré son "mode d'emploi contre les gens du voyage ", à la suite de Jean-Marie Le Pen qui avait lui-même évoqué leur "présence urticante et odorante" », a dénoncé Harlem Désir, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS).

« Il y a quelques jours à Nice, j'ai condamné l'attitude de personnes appartenant à la famille des gens du voyage parce qu'ils se conduisaient, à un moment donné, et en un lieu donné, comme des délinquants en infraction avec les lois de la République française (...) Toute tentative de faire l'amalgame entre ce rappel aux lois de la République et les propos du député-maire de Cholet relève d'une volonté évidente d'instrumentalisation politicienne. C'est ce que vient de faire Harlem Désir », a aussitôt répliqué Christian Estrosi.

Dans cette affaire, le préfet du Maine-et-Loire, à la demande du ministre de l'Intérieur, a saisi le procureur de la République pour apologie de crime contre l'humanité. Ces propos devraient « être sanctionnés très lourdement par la justice », a estimé Manuel Valls.

Entre-temps, les gens du voyage ont quitté d'eux-mêmes la ville de Cholet à destination de la Vendée voisine, a indiqué la préfecture. Depuis plusieurs mois, Gilles Bourdouleix entretenait des relations très tendues avec cette communauté, régulièrement la cible d'amalgames avec les Roms, victimes de graves discriminations en France.

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