Sur le vif

Egypte : prison ferme pour les journalistes d'Al-Jazeera

Rédigé par La Rédaction | Mardi 24 Juin 2014 à 13:49



Au terme d'un procès de près de quatre mois, trois journalistes d’Al-Jazeera ont été condamnés à des peines de 7 à 10 ans de prison par la justice égyptienne. Elle reproche à l’Australien Peter Greste, le Canado-Egyptien Mohamed Fahmy et l’Egyptien Baher Mohamed, tous trois basés en Egypte, d’avoir interviewé des sympathisants des Frères musulmans et diffusé « de fausses nouvelles en vue de soutenir le mouvement islamiste », ceci « dans le but de saper l’intérêt national ». Onze autres journalistes jugés par contumace, dont deux Britanniques et une Néerlandaise, ont été condamnés à 10 ans de prison.

Les trois journalistes présents sur le banc des accusés, désignés par la presse égyptienne comme appartenant à une certaine « cellule Mariott » - l’hôtel du Caire où ils logeaient -, sont aussi accusés d’avoir aidé des proches des Frères musulmans en leur fournissant informations, argent et matériel.

Un porte-parole d’Al-Jezeera a immédiatement dénoncé une décision qui « défie toute logique et nie la justice ». La chef de la diplomatie australienne, Julia Bishop, s’est déclarée « consternée » par cette condamnation et le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a annoncé la convocation de l’ambassadeur d’Egypte.

Les accusés ont dénoncé, au cours de brefs temps de parole, un procès « inique » et « politique » et ont fait valoir que « les médias ne détruisent pas un pays ». Selon Peter Greste, ils se sont retrouvés « otages dans une bataille entre le Qatar et l’Egypte ».

Les autorités égyptiennes considèrent Al-Jazeera comme le porte-voix du Qatar auquel elles reprochent leur soutien au mouvement des Frères musulmans. Le pouvoir du président al-Sissi se livre à une répression implacable des partisans de l’ancien président Morsi.

En moins d’un an, au moins 65 journalistes ont été arrêtés en Egypte, où la liberté de la presse s’est considérablement détériorée. « Cela doit être vu comme un message clair à la presse et aux médias étrangers, vous devez savoir que vous pouvez être emprisonné et jugé pour avoir fait votre métier », a déploré Mohamed Afti, observateur pour Amnesty International.

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