Ramadan

Début du Ramadan 2026 : deux dates annoncées, conséquence d'une divergence inédite, explications

Rédigé par | Jeudi 29 Janvier 2026

Exclusif. Fait inédit, une non-concordance sur la date du début du mois du Ramadan entre des institutions ayant adopté une même méthode de calculs se présente, avec la Turquie en première ligne. Une divergence complexe qui va en perturber plus d’un parmi les musulmans en France. Mais comment l’expliquer ? Saphirnews fait le point.



Il est fréquent, certaines années, que des divergences dans la date du début du Ramadan et de l'Aïd al-Fitr apparaissent entre partisans du calendrier musulman unifié fondé sur les calculs, partisans du calendrier lunaire bizonal et partisans de l’observation visuelle. Il n’est en revanche pas courant du tout que des divergences émergent entre partisans même de la première méthode énoncée plus haut, adoptée officiellement par la Turquie. C’est pourtant ce qui se dessine cette année 2026 - 1447, du moins en France pour la fixation du début du mois de jeûne. Explications.

Le Conseil théologique musulman de France (CTMF), qui a adopté depuis plusieurs années le principe du calendrier hégirien mondial unifié, a annoncé en décembre 2025 un début du mois du Ramadan pour le mercredi 18 février. Or, la rédaction a constaté, fait inédit, que l’annonce du CTMF ne correspond pas à celle faite par plusieurs autres instances ayant adopté le même principe, à commencer par les autorités turques. Ces dernières ont en effet annoncé que le mois béni commencera jeudi 19 février.

Des observations similaires en tous points, mais des conclusions qui divergent

« Selon les données scientifiques les plus précises, concernant le mois de Ramadan 1447H, la conjonction (nouvelle lune) se produira, inchaAllah, le mardi 29 Chaabane - 17 février 2026 – à 12h01 GMT (13h01, heure de Paris) », expliquait alors le CTMF dans un communiqué. Puisque « les conditions requises pour l'observation du nouveau croissant de Ramadân, dans le monde, seront réunies le lendemain 18 février, à partir de 03h42 GMT (04h42, heure de Paris) », les musulmans devraient pouvoir débuter le jeûne dès l’aube.

Sollicitée ces dernières semaines par nos soins via l’Union turco-islamique des affaires religieuses en France (DITIB), la Présidence des Affaires religieuses de Turquie, appelée aussi Diyanet, nous fait part des mêmes données sans en tirer pour autant la même conclusion sur la date à annoncer auprès des musulmans.

Dans une déclaration transmise à Saphirnews lundi 26 janvier, le Diyanet rappelle que la Turquie détermine le début des mois islamiques conformément aux décisions prises lors du Congrès pour l’unification du calendrier hégirien, organisé à Istanbul en 2016. Dans ce cadre, il a été notamment décidé que « si le croissant lunaire est visible depuis n'importe quelle région du monde, le mois est considéré comme ayant commencé ». Par ailleurs, « il n'y a aucune différence entre l'observation du croissant à l'œil nu et la détermination astronomique de sa visibilité ».

« Selon les calculs astronomiques fondés sur ces principes, la conjonction qui marque le début du Ramadan 1447 aura lieu le mardi 17 février 2026 à 12h01, heure de Greenwich. Le premier croissant de lune sera visible astronomiquement le mercredi 18 février 2026 à 3h42, également selon l’heure de Greenwich. Par conséquent, d’après ces critères, le premier jour du Ramadan en 1447 sera le jeudi 19 février 2026 », conclut le Diyanet.


Une grosse incohérence à première vue

Les éléments scientifiques énoncés font donc l’objet d’un consensus total, mais « il existe effectivement une divergence entre le CTMF et les instances turques concernant le début du Ramadan 2026. Cette divergence est difficilement compréhensible, car les deux instances utilisent normalement la même règle de calcul pour déterminer les dates de début et de fin du Ramadan », nous confirme l’astrophysicien Smaïl Mostefaoui.

« Il est utile de rappeler les trois critères de la règle connue sous le nom d’imkaniyat al-rouïa, la possibilité de visibilité de la nouvelle lune, (adoptés tant par le Diyanet que par le CTMF, ndlr) : l’élévation (la hauteur de la Lune au coucher du Soleil, ndlr) doit être d’au moins 5° ; l’élongation Lune–Soleil (la distance angulaire entre les deux astres, ndlr) doit être d'au moins 8° ; le coucher de la Lune doit avoir lieu après le coucher du Soleil », souligne-t-il.

Une fois ces critères pris en compte, et selon les cartes de visibilité du croissant lunaire dont nous disposons à partir du 17 février, « le premier jour du Ramadan devrait être le 18 février » car « la nouvelle lune est bien observable quelque part sur Terre, selon la règle utilisée par les deux instances », le CTMF et les autorités turques. La date du 19 février semble « incohérente avec la règle qu’elles appliquent depuis plusieurs années. (…) Le CTMF apparaît, dans ce cas, comme l’instance la plus respectueuse de la règle d’imkaniyat al-rouïa ».

Une divergence sur « l’interprétation méthodologique » des données scientifiques

Une divergence « incohérente », vraiment ? Comment le CTMF explique-t-il l’annonce faite par le Diyanet ? Le théologien Mohamed Najah martèle, sans citer personne, qu’il n’existe « aucune divergence entre les institutions concernées quant aux calculs astronomiques eux-mêmes, ni quant à la date et à l’heure de la conjonction, ni quant au moment à partir duquel la possibilité de visibilité devient établie sur le plan scientifique ».

« La divergence constatée cette année entre certaines institutions religieuses ne porte donc pas sur les données scientifiques, mais uniquement sur l’interprétation méthodologique à en retenir. Certaines instances ont en effet activé une condition supplémentaire consistant à ne pas prendre en compte une possibilité de visibilité du nouveau croissant lorsque celle-ci intervient après minuit, heure de Greenwich », explique-t-il.

Le CTMF n’a pas retenu ce critère. « Fidèle à l’esprit d’universalité du jeûne affirmé dans le cadre du calendrier hégirien mondial unifié, il estime qu’une possibilité de visibilité établie dans le monde à 3h42 ne saurait être écartée », indique le cadre religieux, soulignant que « la possibilité de visibilité concerne des zones habitées du Pacifique, notamment la Polynésie française, territoire relevant de la République française ». De ce fait, « une institution religieuse française ne peut exclure une possibilité de visibilité scientifiquement établie dans un territoire français ».

Aucune des instances concernées ne commet une « erreur » sur la date

« Pour l’ensemble de ces raisons, et en cohérence avec les principes du calendrier hégirien mondial unifié », le CTMF maintient sa position selon laquelle « le premier jour du mois de Ramadan 1447H sera mercredi 18 février 2026 », tout en précisant que « cette divergence ne constitue en aucun cas une remise en cause des travaux scientifiques ni des institutions ayant retenu une autre lecture méthodologique ».

Selon nos constats, le Conseil européen de la fatwa et de la recherche (CEFR) a, en effet, annoncé le 19 février comme premier jour du Ramadan, mais pas le Conseil du fiqh d'Amérique du Nord (FNCA) qui a fait une annonce similaire au CTMF, avec des explications plus fournies à l'appui (voir encadré plus bas).

« Il s’agit d’une diversité d’interprétations légitimes à partir de données astronomiques identiques, chaque instance exerçant sa responsabilité religieuse selon les critères qu’elle juge les plus cohérents », note Mohamed Najah. « Cette différence d’interprétation peut conduire, certaines années exceptionnelles, à une divergence sur le début du mois de Ramadan. Dans ce cadre, les deux dates retenues reposent sur des raisonnements valides. Il est donc souhaitable que le musulman comprenne cette divergence avec sérénité et qu’il respecte l’avis différent, dès lors qu’il est fondé sur une démarche scientifique et rationnelle sérieuse. »

Pour le CTMF, son choix de maintenir la date du 18 février, « par attachement au principe de l’universalité du mois du jeûne », se fait « en respectant ceux qui suivent une autre lecture », y compris ceux qui fixeront le premier jour du Ramadan à partir d’observations faites au cours de la Nuit du doute. Le conseil théologique risque cependant d’être bien seul cette année en France dans son choix. Plusieurs mosquées françaises, partisanes elles aussi des calculs pour fonder le calendrier unifié, ont d’ores et déjà choisi d’annoncer la date du 19 février comme celle du début du jeûne, à l’instar des quatre lieux de culte liés à la Fédération musulmane de Gironde (FMG), dirigée par Tareq Oubrou.

Que dit le Conseil du fiqh d'Amérique du Nord (FNCA) sur la divergence ? Pourquoi choisit-il d'annoncer la date du 18 février comme premier jour du Ramadan 1447/2026 ? L'institution défend sa position dans une note portée à notre attention que voici :

« Cette année présente un cas astronomique rare et limite. Bien que les seuils numériques de 8°/5° soient techniquement atteints, l'âge de la Lune est extrêmement faible et sa fraction d'illumination est négligeable, voire marginale. De ce fait, sa capacité à réfléchir suffisamment la lumière du Soleil pour être observée à l'œil nu ou même avec un télescope est extrêmement limitée. Toute visibilité théorique serait confinée à l'extrême ouest du globe – notamment depuis certaines zones de la Polynésie ou des Fidji – où la forte luminosité du crépuscule réduit encore davantage les possibilités d'observation.

Ceci explique l'hésitation exprimée par le Diyanet (la Turquie) et, par la suite, par le Conseil européen de la fatwa et de la recherche, qui ont conclu que, malgré le respect des seuils géométriques, la Lune n'est pratiquement visible nulle part sur Terre le 17 février. Par conséquent, une grande partie du monde pourrait commencer le Ramadan le mercredi 18 février au soir (et jeûner le jeudi 19 février), lorsque la Lune sera plus âgée, plus brillante et facilement visible dans de vastes régions.

À ce stade, la décision nous appartient. Déclarer le début du Ramadan le soir du 17 février est justifié, pleinement conforme à nos critères établis de longue date et cohérent avec nos annonces précédentes. Cela garantit également l'accomplissement des 30 jours de jeûne sans risque d'omission. Cependant, il existe un risque que nous soyons parmi les rares – voire les seuls – à commencer le Ramadan ce soir-là, ce qui pourrait nous placer en désaccord avec le CEFR dont nous avons toujours suivi les critères. Malgré cette probabilité, nous avons décidé de maintenir la méthode établie de longue date et avons fixé les dates du Ramadan et de l'Aïd el-Fitr selon les critères originaux du CEFR.

(...) En résumé, il s'agit avant tout d'une question d'appréciation plutôt que d'une question technique. Les deux positions s'appuient sur des données astronomiques valides et sur un raisonnement conforme à la charia. Une fois la décision prise, elle peut – et doit – être défendue par des explications claires et transparentes, étayées par une astronomie rigoureuse et les principes établis de la charia.

Bien que le FNCA encourage fortement le calcul pour les dates du Ramadan, car il s'agit de la meilleure solution pour favoriser l'unité et éviter toute confusion et désordre, nous reconnaissons également la validité des autres avis et encourageons tous les musulmans à suivre les indications de leurs mosquées locales et à préserver l'unité de leurs communautés. Les divergences d'opinions sur les modalités d'observation du croissant lunaire ne doivent pas engendrer de division. »


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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur