Points de vue

Contre la violence, le vivre-ensemble

Rédigé par Khaled Bentounes | Lundi 21 Septembre 2015 à 14:33



La violence semble devenir la seule réponse aux problèmes que subit notre société. Elle est alimentée par l’instrumentalisation de la peur, l’hypermédiatisation de l’horreur, le rejet de l’autre et le repli sur soi. Les anathèmes et les préjugés formulés les uns contre les autres, le silence complice de certains et la manipulation politique ou idéologique pour d’autres engendrent désordre, troubles et confusion.

Comment répondre à un tel défi sans oser déplaire à certains qui en tirent profit ? Une remise en question des idées préconçues qui divisent le monde entre le bien et le mal est incontournable. Pour vivre et prospérer, la société a besoin d’une vision partagée, d’un dénominateur commun qui l’unit à travers un idéal porteur de sens et de cohésion. Ainsi, chacun devient membre d’un même corps, conscient que, tout en agissant pour le bien commun, il agit pour son propre bien.

Le vivre-ensemble est le choix volontaire d’une société qui partage un destin commun. Quant au communautarisme, il ne peut mener que vers la division et l’éclatement. Que signifie être musulman aujourd’hui ? Un citoyen à part ou un citoyen à part entière ? L’avenir dépend de la réponse de chacun d’entre nous. Et notamment d’une volonté politique. Il est urgent d’agir au moment où une partie de nos jeunes ne trouve plus de raison d’espérer et opte pour un radicalisme destructeur, une proie facile pour des marchands de paradis.

Une éducation à la tolérance et à la convivialité devient le fondement d’une société de liberté, d’égalité et de fraternité. Elle enseigne que tous les êtres humains, malgré leurs différences, constituent une vérité unique. Cette prise de conscience nous permet de répandre la paix, la générosité, de créer du lien et de veiller à fortifier l’humanité en nous. Dès lors, le respect de toute vie devient un principe sacré.

Le fondamentalisme est le mal d’une civilisation déculturée. Il anesthésie les consciences par l’inversion des valeurs. Il conditionne les pensées par la peur et la culpabilité. Le fondamentalisme est contre toute pensée critique, tout raisonnement logique et toute spiritualité qui nourrit et élève la conscience. Il légitime son emprise et son pouvoir par un prétendu retour aux sources. Il utilise tous les moyens de la modernité pour imposer une pensée stérile et mortifère, au lieu de promouvoir la liberté et la responsabilité de chacun.

Le colloque « L’islam spirituel et les défis contemporains », organisé les 28 et 29 septembre 2015 à la Maison de l’UNESCO, à Paris, par AISA ONG internationale, invite à une nécessaire réforme de l’islam et propose un autre regard sur l’héritage spirituel de cette tradition qui fait l’objet aujourd’hui d’une grave méconnaissance. L’islam a également donné naissance à une tradition spirituelle et universaliste, toujours vivante aujourd’hui. Cette voie de sagesse nous rappelle les principes de l’amour et de la sacralité de la vie, elle vise à établir la paix intérieure et la fraternité entre tous les êtres.

« Que chacun repère bien la place qui lui revient dans l’ensemble de la société et qu’il s’interroge sur son activité ou son inertie, ainsi que sur la valeur et l’utilité de son action. » Cheikh al-Alâwî

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Khaled Bentounes est fondateur et président de l’Association internationale soufie Alawiyya (AISA) et fondateur et président d’honneur des Scouts musulmans de France (SMF). Il est l’auteur, notamment, de Thérapie de l’âme (Éd. Koutoubia, 2009).