Culture & Médias

Ces moteurs de recherche qui misent sur le halal pour défier Google

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Lundi 29 Juillet 2013 à 16:40

Lancé quelques jours avant le Ramadan, Halalgoogling est un moteur de recherche qui se définit comme halal. Cet outil du web veut s’imposer comme le moteur de recherche numéro 1 auprès des internautes musulmans. Mais face à Google, le défi est de taille pour se faire une place dans ce secteur où l'investissement se doit d'être constant.



Avec Halalgoogling lancé le 7 juillet juste avant le début du mois du Ramadan, l’internaute musulman est sûr de surfer sur le web en toute « halalité ». Ses fondateurs sont formels : ce moteur de recherche est doté d’un système qui permet de bloquer tout contenu « haram » (illicite).

« Notre but est de satisfaire les besoins de la communauté musulmane, donc chaque musulman peut surfer sur le web de manière halal », indiquent les responsables du moteur de recherche sur leur blog. Leur ambition est de s’imposer auprès des musulmans en devenant le moteur de recherche « numéro 1 au sein de la communauté musulmane ».


Une liste noire de mots clés interdits

Ses créateurs, qui ne donnent pas de précisions sur leur identité, le présentent comme « un moteur de recherche mondial halal qui a un mis au point un système pour filtrer le contenu haram ».

« Tout le monde a le droit de profiter des possibilités qu’offre Internet : d’apprendre ou de l’utiliser pour son travail, de partager les fruits de données scientifiques, de différents écrits, de techniques d’informations, de vendre des produits ou offrir différents services, etc. Mais nous avons aussi le droit de préserver notre foi, notre morale et les intérêts de nos frères et sœurs du monde entier. Nous sommes ici pour assurer que ces contenus ne soient pas contraires aux préceptes de la religion islamique », expliquent-ils.

Pour cela, Halalgoogling dispose d’un système de filtre, qui bloque les sites haram et les contenus de recherches liés par exemple à la pornographie et à la nudité. Ce système de filtrage comprend une « liste noire » de sites interdits ou encore des « mots clés haram ». En tapant par exemple le terme « porno », la page de recherche affiche : « Aucun résultat trouvé ou vous avez recherché un contenu illicite ». Pour améliorer le système, les internautes sont invités à signaler tout contenu non islamique qui, malgré « l’effort » des créateurs, ne serait pas bloqué par le moteur de recherche.

I’m Halal fermé

Les internautes pourront-ils vraiment profiter de ces services dans la durée ? En 2011, I’mHalal.com, un moteur de recherche halal du même type que Halalgoogling fermait ses portes.

Lancé en septembre 2009, « I’m Halal a du fermer ses services de recherche par manque de fonds », peut-on lire sur leur site toujours accessible. Pourtant, l’aventure avait bien démarré. Quelques mois après son lancement, le moteur de recherche avait déjà attiré 10 millions de visiteurs uniques et recueilli près de 70 millions de requêtes. Mais son créateur Reza Sardeha, un Koweïtien basé à Amsterdam, déplore ne pas avoir été soutenu par les investisseurs du Moyen-Orient qu'il avait solicité.

Un projet d’une telle dimension demande un investissement financier conséquent. Ce financement doit pouvoir se faire dans la durée pour s'adapter aux innovations du secteur. Halalgoogling, un projet solide ? Traduit en 11 langues dont le français, l’arabe et le chinois, les fondateurs espèrent pour le moment profiter des retombées de la publicité.

« 10 % de notre bénéfice annuel sera reversé pour aider les enfants placés en maison d’accueil et maltraités, qui ont désespérément besoin d'aide », annoncent déjà les responsables, déclarant leur « intention de créer une vaste campagne pour aider et protéger les enfants, ils sont notre avenir et méritent notre aide ». Le projet, qui revêt une dimension éthique pour les créateurs, n'en est qu'à ses premiers balbutiements : les bénéfices - s'ils en dégagent - ne semblent pas attendus avant un moment.

Google version halal

Sur un autre modèle, des moteurs de recherche halal, limitant la recherche à des sites islamiques, existent sur le Web. C’est un espace dédié à la recherche sur la religion musulmane qui est proposé sur ces sites baptisés Sunnasearch ou encore Islamsearch. Là encore, la recherche de fonds reste capitale. Sunnasearch, qui « repose sur le Coran et la sunna authentique », appelle ainsi sur sa page d’accueil à la générosité des donateurs « pour continuer à vivre ».

Pour ceux qui se positionnent dans un créneau plus large comme Halalgoogling, se faire une place même en ciblant une communauté religieuse précise est pénible face au mastodonte Google, le premier moteur de recherche dans le monde, qui reçoit 100 milliards de requêtes par mois. La firme américaine qui se trouve derrière ce géant a d'ailleurs déjà lancé un moteur de recherche halal avec TheIslamicSearch. Mais ce dernier, avec moins de 300 pages vues par mois, se classe au 547 435e rang dans le classement des sites les plus consultés en France (source Urlmetriques).

Google va rester longtemps le moteur de recherche préféré des internautes, musulmans ou non.