Société

31e RAMF : après débats et business, l'heure est au bilan

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Jeudi 24 Avril 2014 à 09:00

La 31e Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF) s’est achevée dans la soirée du lundi 21 avril après quatre journées intenses, où conférences, débats et diverses animations se sont succédé. Bien que cette édition ait été marquée par une baisse de la fréquentation, elle demeure un rendez-vous important pour observer le dynamisme de la communauté musulmane, boostée par la jeunesse. Retour sur l'événement.



La file d’attente pour obtenir un ticket d’accès au Parc des Expositions du Bourget pour la 31e Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF) est moins longue cette année.

L’affluence est effectivement en baisse. 150 000 visiteurs ont été annoncés par l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), soit 20 000 de moins que l’an dernier. Cette baisse est fortement liée à la fin de l’hébergement sur place. Pour la première fois, cette année, les visiteurs n’ont pu bénéficier du dortoir traditionnel qui leur permettait de passer la nuit. Conséquence : les personnes venant de province et de l’étranger ont été moins nombreuses à faire le déplacement.

Une foire commerciale plus grande

Les allées de la foire commerciale sont toutefois restées bondées. Il faut parfois jouer des coudes pour trouver l’abaya ou le livre de son choix. Par ailleurs, les visiteurs ont dû faire face à un choix prolifique. L’espace dédié aux commerces a été investi à 100 %. Ce sont 900 m² de plus qui ont été utilisés. « 600 stands », soit 100 de plus que l’an dernier, ont été loués, fait savoir Karim Ouachek, le responsable de GEDIS, qui gère l’exploitation du salon commercial de la RAMF.

Comme toujours, les secteurs de l’habillement et de l’édition furent les plus représentés. Pour ces derniers, la RAMF est un événement incontournable. Mais, cette année, ils constatent, eux aussi, une baisse des ventes. « Il y a eu beaucoup de visiteurs mais pas forcément d’acheteurs », indique ainsi M. Ouachek. Face à un salon très vaste, les clients potentiels avaient du mal à en faire tout le tour. Il faut surtout tenir compte de la « conjoncture générale » et de la baisse – faute d’hébergement – du nombre de visiteurs provinciaux qui sont « plus acheteurs », selon le responsable de GEDIS.

Les conséquences de la fin de l’hébergement sur place se sont aussi fait ressentir sur « l'heure de la présence » des visiteurs à la foire. Ces derniers arrivaient « plus tard, vers 11 heures ». Mais, en compensation d’un samedi moins chargé avec 60 000 visiteurs, le lundi de Pâques a attiré la foule. Un bon point pour les 80 associations, souvent humanitaires et cultuelles, qui étaient présentes dans l'espace commercial.

Génér’Action, un miroir de la jeunesse musulmane

L'exposition sur la calligraphie et l’enluminure de Cordoue à Samarcande provenant de l’Institut du monde arabe (IMA).
Pour respirer, il fallait aller du côté du Forum Génér'Action. De multiples activités y étaient proposées. Toutes « ont bien fonctionné. Aussi bien la culture, l’entrepreneuriat que les séminaires spirituels, les conférences, les cafés-débats et les expositions artistiques », assure Seyfeddine Cherraben, directeur du Pavillon jeunesse et directeur adjoint de la 31e RAMF. L’espace, où « des gens de tous les âges passent », a pris un autre nom pour parler d'une « génération active ». Il a été conçu « comme espace de dialogue et d’ouverture », argue M. Cherraben.

Cette ouverture passe par la culture pour les responsables du forum, qui ont considérablement agrandi l’espace dédié aux arts. En témoignent les expositions sur la vie du Prophète Muhammad, les grandes mosquées, la calligraphie ainsi que des exhibitions scientifiques, dont l’une provenait de la Cité des Sciences. Alors que l’on pouvait voir un attroupement se former autour du guide de l’exposition sur le Prophète, les quelques curieux qui se rendaient aux autres expositions ont manqué certainement de la même aide pour mieux comprendre les œuvres ou éléments exposés.

Le nombre croissant d'expositions illustre la plus grande considération accordée à la dimension culturelle à la RAMF. La culture est un « volet extrêmement important à développer. Un héritage qu’on a perdu dans une compréhension de l’islam qui s’est de plus en plus durcie (...). Le beau, l’art, la créativité sont des valeurs primordiales », résume Seyfeddine Cherraben. Les ateliers d’initiation à des langues étrangères sont une des petites nouveautés du forum. L'initiation à la langue des signes a particulièrement attiré du monde, forçant les organisateurs à organiser plus de sessions, nous dit-on. Le rire était aussi au rendez-vous avec la présence d’humoristes de la bande de Kas'Prod et de Samia Orosemane.

Plusieurs associations, à l'instar du Comité de Bienfaisance et de Secours aux Palestiniens (CBSP), Renovo, qui aide de jeunes musulmans à intégrer de grandes écoles ou Oumati, œuvrant pour la transmission de l'islam, occupaient des stands. Des projets entrepreneuriaux sans avenir malheureusement – pour avoir déjà existé il y a quelques années et sans qu'ils aient rencontré le succès escompté – ont aussi été des présents. On « cherche à ressembler à la communauté musulmane », commente le directeur du Forum Génér'Action, qu’il décrit comme reposant sur « trois mots forts » : « confiance, initiative et ambition ».

Farida Belghoul au cœur des débats

Farida Belghoul à la 31e RAMF.
Les responsables de l’espace n’ont pas manqué de ces attributs en imposant la présence de Farida Belghoul. L’initiatrice des JRE devait initialement intervenir au cours d’un débat le 19 avril avant que celui-ci ne soit déprogrammé à la dernière minute. Ses initiateurs sont finalement revenus sur leur décision malgré les réticences de la direction de l’UOIF, en le reprogrammant lundi matin. Pour les jeunes responsables de l’UOIF, l’ambition était d’offrir un échange de points de vue contradictoires sur la polémique du gender. Et cela sans pressions de l'extérieur contrairement aux dires de Farida Belghoul, nous assure M. Cherraben.

D'autres débats, parfois vifs, ont émaillé la RAMF. Citons la conférence sur la laïcité à laquelle les sociologues Raphaël Liogier et Marwan Mohammed ainsi qu’un représentant de la Ligue de défense judiciaire des musulmans (LDJM) ont répondu présents aux côtés... de Claude Solarz, vice-président de Paprec, la première entreprise privée à avoir interdit, par le biais d’une « charte de la laïcité », le port de signes religieux à ses employés. Celui-ci a insisté, devant un public non acquis à sa cause, sur le bien-fondé de sa charte malgré son illégalité.

En cela, grâce à l'impulsion de la jeunesse, la 31e RAMF a été fidèle à la dernière partie de sa thématique, à savoir le vivre-ensemble dans lequel le débat est incontournable.

Succès avéré pour le Pavillon famille

Avec pour thème central « Quelles valeurs pour une société en mutation ? », les conférences sur la famille, la bioéthique, l'éducation, l'égalité des sexes ou encore le dialogue interreligieux se sont succédé dans le podium principal.

L’Espace famille, offrant conférences, cafés-débats et consultings, a mis sur la table un panel de sujets au cœur des préoccupations des musulmans. Des thématiques sur le choix du conjoint, l'entretien de l’amour dans le couple, les conflits parents-enfants et l'éducation sexuelle des enfants ont été abordées. Réceptif, le public – très nombreux – n’hésitait pas à poser ses questions aux conférenciers sur des sujets trop souvent tabous. On « ressent une quête de faire mieux. Les gens veulent vivre mieux en famille, vivre mieux en couple, trouver des meilleures méthodes pour éduquer leurs enfants. Cela est positif », se réjouit Hela Khomsi, présidente de la Ligue Française de la Femme Musulmane (LFFM) et responsable de l’Espace famille. Ce lieu, qui a pris place dans le Forum Génér’Action, a de beaux jours devant lui à la RAMF.

Un millier de bénévoles ont été mobilisés à la 31e édition. Celle-ci a offert l’image d’une communauté musulmane qui a l'envie de contribuer aux débats qui agitent la société. Quitte, pour une partie, à mouiller le maillot comme l’ont fait, sur un terrain de football installé à l'extérieur, les membres d’associations qui ont participé à la 1re édition de la Coupe de France des mosquées.