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Société

Tariq Ramadan : « La réforme radicale » passera par le Centre de recherche pour l'éthique au Qatar

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 16 Février 2012

Le Centre de recherche pour la législation islamique et l'éthique (CILE), le premier du genre à l'échelle mondiale, a été inauguré au Qatar le 15 janvier dernier, devant un parterre de personnalités. Saphirnews s’est entretenu avec Tariq Ramadan, qui dirige désormais ce nouveau centre, afin d’expliquer les objectifs du CILE et la méthodologie employée pour y parvenir. Le professeur d’études islamiques contemporaines à l’Université d’Oxford est bien décidé à mettre en application les thèses de son ouvrage « La Réforme radicale ».



Le Centre de recherche pour la législation islamique et l'éthique (CILE), le premier du genre à l'échelle mondiale, a été inauguré au Qatar le 15 janvier dernier, devant un parterre de personnalités. Tariq Ramadan en est désormais le directeur.
Le Centre de recherche pour la législation islamique et l'éthique (CILE), le premier du genre à l'échelle mondiale, a été inauguré au Qatar le 15 janvier dernier, devant un parterre de personnalités. Tariq Ramadan en est désormais le directeur.
L’épouse de l’émir du Qatar, le président de l'Union internationale des savants musulmans (UISM) Yusuf al-Qardawi, le mufti de Bosnie-Herzégovine Mustafa Ceric ou encore le chanteur Cat Stevens, alias Yusuf Islam… Que du beau monde présent lors de l’inauguration du Centre de recherche pour la législation islamique et l'éthique (CILE), le 15 janvier dernier.

Basé à l’Université des études islamiques du Qatar, le CILE est dirigé par Tariq Ramadan, qui est épaulé par Jasser Auda, membre fondateur de l'UISM, qui coprésidera l'établissement.

« La spécificité de ce centre est (…) de réunir des savants du Texte et des savants du contexte » et ce, dans divers domaines relatifs à la médecine, aux arts, à l’environnement, à l’économie, à l’éducation, aux sciences sociales et politiques ou encore aux médias, à la psychologie et la nourriture, afin de « poser des questions nouvelles et précises et exposer des recherches aux savants pour parvenir à des réponses, d’une part, fidèles aux textes et, d’autre part, appropriées aux réalités et aux enjeux de notre époque », a déclaré M. Ramadan lors de l’inauguration.

De l’adaptation à la transformation sans dénaturation

Une nécessité que nous confirme M. Ramadan, joint par Saphirnews trois semaines après l’événement. « Ce centre est la concrétisation des réflexions et des thèses que l’on retrouve dans l'ouvrage "La Réforme radicale" », paru en 2008, et qui est la conclusion d’un travail entrepris « depuis 20 ans dans le domaine de la jurisprudence (fiqh), de l’application des opinions légales (fatwas) et de l’ijtihad (l’effort de réflexion et d’interprétation des textes, ndlr) », nous explique-t-il.

Avec le CILE, il appelle ainsi à fixer de « nouveaux objectifs que l’on a en matière d’éthique appliquée islamique, en offrant une nouvelle méthodologie qui nous permette de passer de la réforme de l’adaptation à la réforme de la transformation », sans pour autant trahir les principes islamiques.

Il s’agira donc de « toucher aux questions critiques de notre temps », d’aller au-delà de l'adaptation pour envisager de nouvelles solutions face aux problèmes qui secouent le monde afin de transformer le présent et l'avenir de nos sociétés.

Tariq Ramadan : « La réforme radicale » passera par le Centre de recherche pour l'éthique au Qatar

Une nécessaire réforme qui passe par trois conditions

Les travaux du CILE s’inscriront dans la continuité de son enseignement à Oxford et à la Faculté des études islamiques du Qatar, où il enseigne depuis 2009. C’est d’ailleurs en son sein que le projet s’est développé et concrétisé « en insistant sur trois conditions ».

D’une part, une transversalité des études qui ne « soient pas cantonnés géographiquement et centrées sur le Qatar » afin qu’elles « touchent à la fois les sociétés majoritairement musulmanes et celles des communautés musulmanes en Occident »; d’autre part, pouvoir travailler avec des savants du Texte « qui seront forcément musulmans » et avec « des savants du contexte qui peuvent être athées, agnostiques ou d’une autre tradition religieuse mais qui partagent une même préoccupation pour l’éthique et sont à la pointe dans la recherche ».

Enfin, M. Ramadan a tenu à préserver « le caractère indépendant du projet », afin que puisse être traité tout sujet sans restriction au Qatar, pays dont il a déjà critiqué la diplomatie et le positionnement adopté face aux révolutions arabes via notamment la chaîne Al-Jazeera. « Je ne travaille pas pour le Qatar, mais pour une institution académique dont j’ai assuré l’indépendance de la pensée. La preuve est que je continue à être critique sans que personne interfère. Le jour où je serai empêché de faire mon travail (…), j’arrêterai. Jusque-là, personne ne m’a jamais ennuyé », insiste-t-il.

Ses nouvelles responsabilités ne l’amèneront pas à délaisser ses autres activités, assure-t-il. « Ce travail est une des priorités de ma vie aujourd’hui. Beaucoup de mes interventions publiques à travers le monde seront désormais centrées autour de la question de l’éthique appliquée. »

Le CILE veut capitaliser sur les étudiants

Au CILE, priorité sera donnée cette année aux études sur l’environnement et la bioéthique mais également sur la question du genre. Face aux soulèvements populaires qui ont secoué le monde arabe depuis 2011, la question de la politique et de la gouvernance sera aussi traitée comme une priorité pour analyser les conséquences des révolutions arabes sur les sociétés majoritairement musulmanes, assure M. Ramadan.

Outre des spécialistes et des chercheurs intervenant dans des cercles d’études fermés, les étudiants, dont les mémoires et les thèses ne dépassent pas souvent le cadre des soutenances, seront également sollicités dans les groupes de travail thématiques. « Le but est de voir se développer une école de pensée. (…) Nous essayons de trouver l’expertise là où elle se situe. »

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Un volet francophone en développement

Quatre séminaires ainsi qu’une conférence internationale chaque année seront mis en place, selon M. Ramadan, qui espère bien publier régulièrement les travaux qui découleront des séminaires du CILE « de façon à toucher la jeunesse et les cadres plutôt éduqués à travers les sociétés majoritairement musulmanes ou non ». Des travaux que suivront sans doute avec attention d’éminentes institutions islamiques, parmi lesquelles Al-Azhar, la haute autorité de l’islam sunnite, à la tête de laquelle le cheikh Ahmed Al-Tayeb a été mis au courant du projet.

Le site officiel du CILE devrait également servir de plateforme d’échange d’importance : « Le but est de toucher la population en général de façon très ouverte, en faisant participer le public à des forums et à des débats ouverts sur les questions contemporaines », déclare le professeur en islamologie. La langue de travail du CILE est à ce jour essentiellement l’arabe et l’anglais. Fort apprécié en France et en Belgique et très sollicité pour l’ouverture d’un volet francophone au CILE, M. Ramadan assure que celui-ci saura être développé dans un avenir proche.



Hanan Ben Rhouma


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