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Religions

Sommes-nous tous des convertis ?

Rédigé par Mérième Alaoui | Vendredi 6 Septembre 2013

Se convertir à une nouvelle religion semble plus facile aujourd’hui et mieux accepté. Quelle que soit la religion choisie, ou redécouverte, le converti fait un réel choix, motivé par son parcours personnel et son histoire.



3 600 : C’est le nombre approximatif de conversions annuelles à l’islam en France. L’INED estime le nombre de convertis à l’islam entre 70 000 et 111 000 personnes.
3 600 : C’est le nombre approximatif de conversions annuelles à l’islam en France. L’INED estime le nombre de convertis à l’islam entre 70 000 et 111 000 personnes.
Quand on évoque la conversion religieuse en France, on pense souvent à l’islam. Mais tous les jours, on enregistre des conversions dans toutes les religions : catholique, protestante, bouddhiste, juive ou encore musulmane. Mais il est vrai que la deuxième religion de France attirerait le plus, avec 3 600 conversions par an selon le « Monsieur Islam » du ministère de l’Intérieur, Bernard Godard. « C’est un phénomène important. On parle surtout des convertis français “de souche” mais il y a beaucoup de Français d’origine congolaise, camerounaise, antillaise, italienne ou portugaise qui deviennent musulmans… Je ne sais pas s’il faut voir par là une sorte de rassemblement des “damnés de la terre”, ceux qui se sentent rejetés par la République dans leur quartier populaire, mais cela y ressemble », précise l’ancien policier aux renseignements généraux.

Du côté des conversions au catholicisme, en 2011 on recensait 2 952 baptisés, dont 118 qui viennent de l’islam, soit 4 % selon les statistiques du service national du catéchuménat, qui publie chaque année les résultats d’une enquête interne.

Ce sont les évangélistes qui séduisent en premier lieu. Connus pour leur prosélytisme très actif, notamment en Île-de-France, ils remplissent chaque dimanche leurs églises de croyants de tous âges et d’origines différentes. Le bouddhisme, davantage considéré comme un mode de vie plutôt qu’une religion, rassemble souvent des citadins en quête de spiritualité.

Si la plupart des religions veulent agrandir les rangs de fidèles, c’est tout le contraire du « peuple élu ». « Pour devenir juif, il faut suivre un long processus qui dure entre 3 et 5 ans avec des cours et des examens. Résultat, il y a très peu de conversions au judaïsme, entre 100 et 200 par an environ. Le plus souvent, il s’agit de personnes dont le père est déjà juif mais pas la mère », explique Loïc Le Pape, chercheur à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Quatre types de conversion à l’islam

En France, la loi interdit tout chiffre officiel sur les religions, mais les observateurs avisés confirment que l’islam est la religion qui interroge le plus. Elle attire notamment car elle se voit.

Dans les mosquées, les nouveaux convertis sont mis en valeur et félicités. L’accueil est chaleureux, même si les nouveaux musulmans doivent redoubler d’efforts pour être totalement acceptés. Chez les catholiques, la politique est différente. On est plus discret sur ses nouveaux adeptes. « C’est une ancienne tradition venue du Moyen-Orient et dans les pays du Maghreb, on n’affiche pas forcément les convertis au catholicisme, notamment s’ils sont d’origine musulmane… Une façon de les protéger, dit-on », ajoute Bernard Godard.

Car l’apostasie est considérée comme un pêché passible de mort dans certains pays. Pour le chercheur à l’EHESS, on peut classer les conversions à la religion musulmane à travers quatre entrées. La plus courante est la conversion « instrumentale ». « Elle correspond le plus souvent à un mariage avec un musulman. On se convertit pour se faciliter la vie mais aussi comme une preuve d’amour pour l’autre », explique Loïc Le Pape.

Puis il y a la conversion « de proximité ». On connaît des musulmans avec lesquels on a grandi ; on apprécie leur mode de vie et leurs pratiques ; et on y adhère peu à peu. Puis il y a la conversion « mystique ». Elle attire davantage les intellectuels, notamment à travers le côté spirituel du soufisme.

Enfin, le chercheur a étudié la conversion « radicale », la plus rare. « Il s’agit d’une réaction politique. On se convertit pour défendre une communauté. Par exemple, on a enregistré beaucoup de conversions de ce type après les révélations sur la torture à la prison d’Abou Ghraib, en Irak, par des soldats américains », conclut-il.

Entrer en religion ou en sortir

Si les entrées dans l’islam sont multiples, sortir de la religion musulmane reste un tabou important, de plus en plus assumé toutefois. Saïd Oujibou en a même fait un one-man-show « pour souder la communauté et évangéliser », affirme ce nouveau chrétien. Et on a vu lors du mois de Ramadan 2012, des personnes qui se revendiquent comme athées manifester pour leur droit de manger pendant le mois de jeûne en terre d’Islam, non sans représailles...

Finalement, quelle que soit la religion adoptée, il semble que « croire » ou « ne pas croire » devient un réel choix individuel. C’est la thèse que développe la sociologue Danièle Hervieu-Léger dans son ouvrage de référence Le Pèlerin et le Converti (Éd. Flammarion, 2001). À travers son concept d’« individualisme religieux de la modernité », c’est « la fin », selon elle, « des identités religieuses héritées ». Une conséquence directe de l’individualisation de la société. Les convertis entrent donc parfaitement dans cette définition.

Ainsi, selon l’auteure, même les musulmans de France nés dans une famille musulmane sont concernés. « Je suis musulmane comme mes parents, mais je ne pratique pas comme eux. Nos aînés confondent souvent tradition et religion… Je pense que les jeunes adaptent leur pratique à leur connaissance intellectuelle de l’islam mais aussi à la modernité et à la laïcité à la française. En cela, nous réinventons effectivement une nouvelle pratique religieuse », explique Habiba, commerciale de 30 ans.

Une évolution perpétuelle

Pour la sociologue, les jeunes comme Habiba sont des « réaffiliés » ou des « convertis de l’intérieur ». Ils redécouvrent leur religion de naissance mais par leurs propres moyens. Dans l’analyse de Danièle Hervieu- Léger, la métaphore du « supermarché religieux », où chacun « remplit son Caddie en fonction de ses besoins et de ses goûts » est parlante. Ainsi, le converti et le croyant en général sont en perpétuelle évolution.

« Il y a mille et une histoires de convertis. La conversion religieuse est un choix intime que chaque personne concernée a entrepris dans un cadre différent », précise Loïc Le Pape. Avant de définir un profil type : « La plupart des convertis sont soit athées, soit en phase de désengagement vis-à-vis de leur religion. » « Ce vide, en quelque sorte, peut ouvrir à une autre religion », ajoute-t-il.

Conversions « made in France »

Le fait de quitter plus facilement une religion pour une autre ne marque-t-il pas un retour au religieux ? Non, selon Loïc Le Pape. « Je ne suis pas convaincu que nous vivions un retour au religieux en gé- néral. En revanche, comme la question religieuse est régulièrement au cœur du débat public et médiatique, nous avons l’impression que c’est le cas en effet. »

Une impression partagée par Bernard Godard : « Les conversions à l’islam ne sont plus aussi automatiques comme dans les années 1980. Aujourd’hui, certains imams de France prêtent davantage attention aux motivations des nouveaux fidèles. Ils les convoquent pour un entretien. Et si les arguments invoqués ne sont pas convaincants, on n’hésite plus à dissuader l’éventuel converti… Mais si tout se passe bien, il y a ensuite des cours de religion. Et, enfin, on délivre le certificat de conversion, indispensable par exemple pour le pèlerinage à La Mecque. Ce sont des “conversions made in France” en quelque sorte. »

Cela n’empêche pas la deuxième religion de France de progresser rapidement et d’être de plus en plus visible, les médias donnant l’impression que les musulmans forment une communauté étrangère qui évolue en marge de la population française, alors qu’il s’agit bel et bien de Français, dont des convertis.

Première parution de cet article dans Salamnews, n° 41, décembre 2012.






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