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Politique

Primaires à droite : la surenchère sur l'islam au rendez-vous

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 14 Octobre 2016



Les sept candidats à la primaire de la droite et du centre se sont affrontés dans un premier grand débat organisé le 13 octobre par TF1, RTL et Le Figaro. © TF1
Les sept candidats à la primaire de la droite et du centre se sont affrontés dans un premier grand débat organisé le 13 octobre par TF1, RTL et Le Figaro. © TF1
Bruno Le Maire, Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé, Jean-Frédéric Poisson, François Fillon : les sept candidats à la primaire de la droite et du centre se sont affrontés lors d’un premier grand débat politique organisé par TF1, RTL et Le Figaro jeudi 13 octobre au soir.

La surenchère fut au rendez-vous. Arrivés sur les thèmes de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme, les candidats ont été prolixes sur le cas des fichés S. Alain Juppé a réaffirmé son opposition à un « Guantanamo à la française » tout en disant ne pas être hostile à la mise en détention des fichés S « à la condition qu'il y ait l'intervention d'un juge judiciaire ».

La présomption d’innocence pour les fichés S, peu pour la plupart des candidats comme le rappelle avec ironie Slate. Nicolas Sarkozy, aux prises avec plusieurs affaires judiciaires comme Bygmalion, souhaite « l’internement préventif des fichés S les plus dangereux », ce qui n’est pas le cas du vice-président du Parti démocrate chrétien Jean-Frédéric Poisson contre une telle mesure, « quel que soit le motif ».

Quand François Fillon souhaite le retrait de la nationalité française à ceux qui combattent en Syrie et en Irak, Jean-François Copé a appelé à « un tournant sécuritaire total », proposant, dans un accès de démagogie, la création de 50 000 postes de policiers et de gendarmes pour répondre au défi de l’insécurité. Tandis qu’Alain Juppé et Bruno Le Maire proposent de durcir les critères de conditions du regroupement familial, Nicolas Sarkozy veut carrément sa suspension.

La laïcité et le fameux « problème avec l’islam »

C’est arrivé sur le thème de la laïcité que le débat a vite glissé sur l’islam. Jean-Frédéric Poisson n'a pas été avare en paroles, jugeant que « la civilisation islamique pose problème à la République car elle défend des principes qui sont incompatibles ». « Si je n'ai pas de problème avec les musulmans, nous avons un problème avec l'islam », a-t-il affirmé. Il refuse cependant d’être « le chef d'Etat d’un pays qui entrerait dans une logique de police du vêtement », déclarant son incompréhension face aux volontés politique d'interdire par exemple le burkini.

« Ma laïcité à moi, c'est la cohabitation de tous dans l'espace public doit permettre de vivre pacifiquement les uns à côté des autres », a-t-il lancé. Tout le contraire de Bruno Le Maire, qui veut une loi d’interdiction du voile dans les entreprises, dans les universités ou encore dans les hôpitaux.

Même son de cloche pour Nicolas Sarkozy, qui veut la prohibition de vêtements comme le burkini « au nom de l’égalité hommes-femmes » car elle validerait « la vision moyenâgeuse du corps de la femme présenté comme diabolique et qui doit être soustrait au regard lubrique de l'homme ». En outre, l'ex-président de la République souhaite, bien plus qu'une simple amende, la suppression des allocations familiales pour celles qui ne respectent pas la loi sur le niqab.

Des injonctions à foison lancées aux musulmans

Pour sa part, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui affirme que « le recyclage, c'est pour les déchets, pas pour les idées », a encore martelé sa volonté de « mettre clairement hors la loi le salafisme ». Une proposition commentée plus tard par Jean-Frédéric Poisson disant ne pas voir « comment on peut interdire une idée ». Selon la candidate, une taxe sur le halal permettrait de « mettre fin aux financements étrangers » des lieux de culte musulmans qu’elle appelle de ses vœux, au même titre que Jean-François Copé pour qui la question de « la laïcité se pose car le culte musulman n’est pas organisé ».

Du débat, on notera le moment où, en plein dans le sujet sur la burqa, le député-maire de Meaux a soudainement fait surgir la question de... la dépénalisation du cannabis. « Quel drôle de glissement de débat : fichés S - burqa - cannabis - islam / cherchez l'intrus », a commenté sur Twitter Vincent Michelon, journaliste à LCI.

« Le problème de la laïcité est lié à la montée de l'intégrisme islamique au sein de la communauté musulmane », a exprimé François Fillon. « Il n’y a pas de problème de laïcité avec les catholiques, les juifs, les bouddhistes. Il ne faut pas taper sur la liberté religieuse sur un problème qui ne concernent qu’une communauté », dit-il. « Nous devons demander aux musulmans de se révolter contre la montée de cet intégrisme car le voile et toutes ces extensions est un symbole à combattre. »

Lors de ce débat, le plus mesuré sur les thèmes de l’intégration et de la laïcité fut sans conteste Alain Juppé. Le maire de Bordeaux ne plaide pas pour l’assimilation et s’est dit favorable à « une vision de la société française qui respecte la diversité ». Une idée contraire à plusieurs de ses rivaux, à l’instar de Jean-Frédéric Poisson : « Est-ce que la France a vocation à devenir une société multiculturelle ? C'est ce propose l'identité heureuse. Je ne partage pas cet avis. Je suis attaché à ce que nos racines judéo-chrétiennes soient favorisées et mises en avant. La société multiculturelle, ce n'est ni notre volonté ni notre avenir. »

Le débat, globalement consensuel, a été suivi en direct par 5,6 millions de personnes. Selon un sondage commandé par BFM TV, Alain Juppé a été perçu comme le candidat le plus convaincant aux yeux des téléspectateurs (35 %), suivi de Nicolas Sarkozy (21 %), Bruno Le Maire (15 %), François Fillon (13 %), Nathalie Kosciusko-Morizet (7 %), Jean-Frédéric Poisson (6 %) et Jean-François Copé (3 %). Malgré quelques divergences et beaucoup d'inimitié, tous se sont engagés à soutenir le vainqueur de la primaire, organisée les 20 et 27 novembre.





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