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Points de vue

Moyen-Orient : Des femmes défilent aux côtés des hommes pour réclamer le changement

Par Carla Koppell et Haleh Esfandiari*

Rédigé par Carla Koppell et Haleh Esfandiari | Mardi 15 Mars 2011 à 01:00

           


Moyen-Orient : Des femmes défilent aux côtés des hommes pour réclamer le changement
Washington – En Lybie, en Egypte, au Bahreïn, au Yémen, en Tunisie et ailleurs, les femmes ont défilé aux côtés des hommes pour appeler au changement. En Lybie, Iman et Salwa Bagaighif aident à conduire, orienter et soutenir les manifestants. En Egypte, l'organisation égyptienne pour les droits de l'homme, l'une des organisations non gouvernementales les plus anciennes et les plus populaires du pays, estime qu'au moins 20% des manifestants était des femmes.

A titre d'exemples, la cofondatrice du Mouvement de la Jeunesse du 6 avril, Asmaa Mahfouz, âgée de 26 ans, a convaincu des centaines de jeunes d'apporter leur soutien aux manifestations grâce à sa vidéo passionnée diffusée sur Youtube. Au Yémen, Tawakkul Karman, 32 ans, mère d'un petit garçon de 3 ans, a participé à l'organisation des manifestations contre le gouvernement en place.

Pourtant, le leadership des femmes en 2011 n'est pas un phénomène nouveau. En Iran, pendant des années, les femmes ont fait pression pour obtenir une plus grande liberté et de plus grandes chances d'emploi et d'accès à l'éducation. Beaucoup d'Iraniennes ont été emprisonnées pour avoir simplement cautionné la campagne « Un million de signatures » dont le but était d'obtenir l'égalité des droits et l'abrogation des lois discriminantes à l'égard des femmes.

Avant l'arrivée au pouvoir du président Mahmoud Ahmadinejad, les femmes avaient déjà recours aux médias sociaux et à la technologie de communication avancée pour tenter d'obtenir une plus grande ouverture sociale et politique. Cependant, en dépit d'un activisme non-violent et d'un leadership extraordinaire, les femmes, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ont rarement été impliquées dans la prise de décisions politiques.

A un niveau encore plus élémentaire, les femmes ne sont pas persuadées de voir leurs droits préservés sous les régimes qui émergent suite aux récentes transformations politiques.

En Irak, il y a des femmes juges depuis les années 50 et c'est pour cette raison que beaucoup des droits reconnus aux femmes ont été protégés depuis 1978 par une loi sur le statut personnel. En 2003, cependant, le nouveau conseil de gouvernement irakien a cherché à priver les femmes de ces droits. Ce n'est qu'au prix de pétitions nationales, de lettres et de plaidoyers que les femmes sont parvenu à conserver leurs droits. Les Irakiennes continuent de lutter contre ceux qui cherchent à restreindre leurs libertés et, jusqu'ici, elles sont toujours parvenues à mettre leur adversaire en échec.

De la même façon, les Egyptiennes risquent d'ores et déjà d'être marginalisées. Il n'y a pas de femmes au Comité chargé de modifier la Constitution. Comme pour faire écho au combat mené par les Irakiennes après la chute de l'ancien président Saddam Hussein, les Egyptiennes ont rédigé une pétition, signée par plus de soixante organisations locales, qui condamne l'absence de femmes dans les organes politiques de transition.

Les principes énoncés dans l'avant-projet de Constitution laissent penser que ces préoccupations sont bien réelles.

La communauté internationale et, au Moyen-Orient, la nouvelle génération de dirigeants progressistes et démocratiques ont besoin des femmes, partenaires essentielles pour le changement. C'est indéniable. Le rapport arabe sur le développement humain des Nations unies de 2005 met en garde contre le fait que le sous-emploi et le sous-investissement des femmes entament sérieusement le bien-être global et conclut que « l'ascension des femmes est en réalité une condition préalable à la renaissance arabe; elle est inséparablement liée au sort du monde arabe ».

Le monde a une occasion extraordinaire de transformer les nations qui ont été muselées pendant des dizaines d'années par des régimes oppressifs. Nous devons veiller à ce que cette occasion soit offerte à tous les citoyens, y compris les femmes.

Il faut honorer le rôle des femmes dans la lutte et la défense contre la montée du fondamentalisme. Plus important encore, leur engagement sera l'élément déterminant pour l'émergence de sociétés pluralistes et économiquement prospères dans une région où le progrès a été réprimé pendant des générations.

L'ouverture est étroite mais l'heure est venue d'agir et l'occasion est incroyable. Alors que nous venons de célébrer le centième anniversaire de la Journée internationale de la femme, le 8 mars dernier, souvenons-nous que pour parvenir à nos fins, il est important de promouvoir le statut des femmes.



* Carla Koppell est directrice de l'Institut pour la sécurité inclusive. Haleh Esfandiari est directrice du programme Moyen-Orient au Woodrow Wilson International Center for Scholars.

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