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Société

Journée des Femmes : les musulmans citoyens s’engagent contre le sexisme

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 7 Mars 2011

A l’occasion du centenaire de la Journée internationale des Femmes mardi 8 mars, un Appel public intitulé « Musulmans citoyens pour les droits des femmes » est lancé à l’initiative de Respect Magazine, en partenariat avec le quotidien en ligne Saphirnews. 80 citoyens de foi, de culture ou d’héritage islamique, parmi lesquels on trouve le réalisateur Karim Miské, l’intellectuel Tariq Ramadan, l’imam de Bordeaux Tareq Oubrou, le président du CFCM Mohammed Moussaoui ou encore la sénatrice Bariza Khiari, ont souhaité dénoncer « toutes les formes, physiques ou morales, de violences faites aux femmes » au sein de la société française. Le sexisme et l’inégalité des genres, qui sont loin d’être « le propre de certaines populations » ni des quartiers populaires qui « n’en ont pas l’exclusivité », « touchent tous milieux sociaux et culturels », tient à rappeler le texte. Déjouer les clichés et « décoloniser les imaginaires », telle est la volonté affichée des rédacteurs du texte. Marc Cheb Sun, directeur de Respect Mag, nous explique sa démarche.



Journée des Femmes : les musulmans citoyens s’engagent contre le sexisme

Saphirnews : Qu'est-ce qui vous a poussé à rédiger un tel Appel ?

Marc Cheb Sun : Les musulmans de France font constamment l’objet de harcèlement politique, voire même médiatique. On les réduit souvent à de simples objets et sujets. On légifère contre eux, on parle pour eux mais on leur confisque la parole. Nous souhaitons inverser la tendance et dire que les musulmans sont aussi des citoyens actifs, des acteurs qui ont toute leur place au sein de la société française et qu’ils peuvent participer à tous les débats, y compris celui concernant l’égalité homme-femme car c’est un combat qui concerne tout le monde.

Je rappelle que Bariza Khiari a co-initié l’appel avec nous. Elle est sénatrice de la République et non sénatrice musulmane mais le contexte actuel fait qu’elle estime aujourd’hui avoir besoin de se positionner aussi comme une citoyenne musulmane. Refuser l'instrumentalisation de l'islam est un combat qu'il ne faut pas refuser seulement en s’y opposant mais en étant des acteurs et des citoyens audibles et visibles.

Vous souhaitiez ainsi concrétiser cette volonté par un nouvel Appel (qui suit « L’islam bafoué par les terroristes ») à l’occasion de la journée des Femmes.

M. C. S. : Oui, c’est très important. Je trouve que ce thème est fort parce qu’il y a aussi beaucoup de stéréotypes qui stigmatisent particulièrement les populations des quartiers populaires et de ce fait, les musulmans puisque le lien est fait d’emblée entre les deux populations. Aujourd’hui, il est passé dans l’inconscient collectif que les musulmans sont plus machistes que les autres et que les femmes musulmanes sont plus soumises que les autres. Cet Appel est aussi une manière de renverser et de déjouer les stéréotypes sur un sujet sur lequel on ne nous attend pas forcément en montrant que des citoyens d’héritage islamique, croyants ou non, ainsi que des responsables du culte et des intellectuels musulmans ont aussi un même socle de valeurs communes que leurs concitoyens, qu’ils participent à un même combat et qu’ils ne sont donc pas plus enclins que d’autres au machisme et au sexisme.

Dans un contexte qui rend les musulmans sujets et objets de débats qui nous échappent et de lois qui se succèdent, même si celles-ci s’adressent à des courants ultra-minoritaires, cette composante de la société est toujours mise sur les feux des projecteurs. Avec cet Appel, nous montrons notre participation à un combat citoyen qui est celui de l’égalité des sexes auquel nous croyons et que nous considérons comme très important.

« Personne n’a le monopole des lutte pour les droits des femmes », lit-on dans le texte. Vous adressez-vous à des groupes en particulier ?

M. C. S. : On dit toujours que le féminisme et la lutte pour l’égalité des genres est systématiquement du côté des citoyens qui ne sont pas croyants et en aucun cas des musulmans comme s’il y avait une incompatibilité entre le fait de se battre pour l’égalité et le fait d’avoir une confession, notamment musulmane. Ce combat appartient à tout le monde et c’est pour cela qu’il est important que toute la société se mobilise.

Le contenu de cet Appel est assez simple. Est-ce volontaire ?

M. C. S. : Notre volonté est de faire de ce texte un acte rassembleur. Entre les signataires, il y a des désaccords sur des tas de sujets et c’est normal mais nous avons voulu écrire un texte sur les femmes qui pose des principes généraux assez clairs mais qui sont tout de même importants comme le droit à la contraception ou la condamnation de la pratique de l'excision.

Quand on parle d’islam et de femmes, on pense forcément aux femmes voilées. Pourquoi ne pas avoir mentionné ce fait dans le texte ?

M. C. S. : On parle constamment des mêmes sujets en France sur l’islam et nous voulons sortir de ces logiques. Il y a d’autres sujets extrêmement importants dont il faut parler, d’autant plus que le sujet du voile déclenche les passions et qu’il y a différentes manières de l’interpréter, de le porter ou de refuser de le porter. Nous ne souhaitons pas les développer, nous préférons travailler à l’apaisement. On n’a pas abordé ce thème car nous avons estimé qu’il n’était pas rassembleur et on l’assume totalement.

Quel est votre vision du débat actuel sur l’islam au sein de la classe politique ?

M. C. S. : Ce débat est une catastrophe, le mandat de Nicolas Sarkozy aura globalement beaucoup participé à séparer les gens plutôt que de les rassembler. On est en train de vivre une crise sociale et financière qui amène des tas de problèmes à résoudre mais la droite préfère mettre l’accent sur la relation entre les musulmans et la laïcité, qui me semble être un débat extrêmement anti-laïc… Je pense que la fonction du chef de l’État, quelque soit sa couleur politique, est de donner de la hauteur aux débats de société, d’apaiser les passions et de rassembler les citoyens.

Celui sur l’islam comme celui sur l’identité nationale fait tout le contraire, il visent très directement une catégorie de personnes et dressent les Français les uns contre les autres en ravivant les passions qu’il faudrait bien au contraire apaiser. Même si ce ne sont que des sondages (qui placent le Front national et Marine Le Pen en tête des partis et des personnalités politiques les plus plébiscités du moment, ndlr), ces débats servent directement les idées extrémistes, xénophobes et clairement islamophobes. Il est vraiment temps d’infléchir la tendance tant que nous le pouvons.





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