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Religions

États-Unis : Fatima Thompson milite pour la fin de la « ségrégation des sexes » dans les mosquées

Apartheid de genre

Rédigé par Propos recueillis par Assmâa Rakho-Mom | Lundi 15 Mars 2010

Dimanche 7 mars, une poignée de femmes s’est rendue à la mosquée du Centre islamique de Washington et s’est installée pour prier dans la salle de prière des hommes. Leur but : mettre fin à la « ségrégation des sexes », selon les termes employés par l’initiatrice du mouvement, Fatima Thompson, 44 ans, convertie à l’islam depuis 18 ans. Entretien.



Fatima Thompson organise des sit-in dans les salles de prière des hommes, pour faire prendre conscience de la place des femmes jusqu'à présent reléguée à l'arrière-plan.
Fatima Thompson organise des sit-in dans les salles de prière des hommes, pour faire prendre conscience de la place des femmes jusqu'à présent reléguée à l'arrière-plan.

Parlez-nous de votre mouvement, de vos idées, de votre « combat ».

Fatima Thompson : J’ai visité la mosquée du Centre islamique de Washington, rue du Massachusetts, et j’ai été consternée en voyant l’espace réservé aux femmes : un petit espace… Et, s’agissant de la ségrégation des sexes dans ce pays, il n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Les femmes sont régulièrement reléguées dans des pièces séparées, dans des conditions inférieures à celles des hommes. C’est à l’occasion de cette visite que j’ai commencé à me dire que quelque chose devait être fait.
À ce moment-là, nous étions au début du mois de février, un mois correspondant à la célébration du Black History Month* aux États-Unis et aux débats autour du Mouvement des droits civiques. C’est ce mouvement qui m’a inspirée l’idée du sit-in, à l’image de l’épisode du Greensboro**.
L’idée, partagée avec d’autres (femmes et hommes), a rencontré un grand intérêt. Notre première manifestation a rassemblé une vingtaine de personnes.

Quelles sont vos revendications ?

F. T. : Nous voulons trois choses :
– que cette mosquée en particulier (celle du Centre islamique de Washington) supprime les barrières et permette aux femmes de rejoindre leur véritable place : la salle de prière principale, à l’arrière des hommes ;
– que toutes les mosquées suppriment ces barrières entre hommes et femmes ;
– la fin de la ségrégation des sexes.

En avez-vous discuté avec les responsables de mosquées, les imams ?

F. T. : J’ai tenté à plusieurs reprises de contacter par téléphone le directeur exécutif, le Dr Abdullah M. Khouj. Je n’ai jamais reçu de réponse et personne ne m’a jamais rappelée. J’ai aussi remis une lettre à la secrétaire de M. Khouj. Je n’ai à ce jour pas reçu de réponse.

Que s’est-il exactement passé dimanche 7 mars 2010 ?

F. T. : Dimanche 7 mars, une petite équipe de femmes est entrée à la mosquée du Centre islamique de Washington à l’heure de la prière de l’après-midi (‘asr). Nous nous sommes installées et sommes restées assises, attendant la prière en groupe. L’imam a alors pris le micro pour annoncer que la prière serait retardée parce que « les personnes venues deux semaines auparavant perturber la paix des lieux étaient revenues ». Après nous être concertées, nous avons décidé de rester ensemble et d’accomplir notre prière afin d’éviter d’être empêchées de la faire quand viendrait la police. Quand les forces de l’ordre sont arrivées, elles ont été plus agressives que la première fois, n’hésitant pas à nous tirer et à nous pousser. Elles ont même poussé des femmes en prière. Nous sommes alors sorties et avons fait notre prière sur le trottoir devant la mosquée, pour celles qui avaient été interrompues dans leur office par la police.
L’imam a alors fait des déclarations mettant en doute la validité de notre prière. Un groupe de touristes qui passait par là a pris des photos et a engagé la conversation avec nous. Quand nous leur avons expliqué ce qu’il se passait et ce que nous voulions, ils ont été réellement surpris de voir que nos revendications posaient problème. Ces personnes se trouvaient aux États-Unis pour participer à une rencontre internationale interreligieuse et étaient originaires de divers pays du Moyen-Orient (Algérie, Égypte, Dubaï, Arabie Saoudite, etc.).

Vos revendications sont-elles soutenues par des hommes ?

F. T. : Oui, le soutien nous vient autant de femmes que d’hommes. Cependant, les hommes ont tendance à rester en retrait, nous disant que le problème doit être résolu par nous. Je pense et je dis que ce sont les hommes qui maintiennent le statu quo quant à la ségrégation des sexes, et qu’il leur revient aussi de se lever et d’en parler à leurs frères pour la faire cesser. Les voix doivent s’élever autant chez les femmes que chez les hommes.

Avez-vous l’intention d’« envahir » d’autres mosquées ?

F. T. : C’est drôle de voir que le verbe « envahir » est associé à ce problème. Nous sommes musulmans et avons entièrement le droit d’entrer dans n’importe quelle mosquée pour y prier. Le verbe « envahir » sous-entend que nous sommes étrangers au lieu. Or nous ne le sommes pas. Eh oui, nous avons l’intention de continuer à mettre en scène ce genre de protestation, dans cette mosquée [de Washington DC] et dans d’autres. Les leaders des mosquées dans ce pays doivent prendre conscience du fait que cette action n’est pas limitée qu’à cette mosquée de Washington.


* Aux États-Unis, le mois de février est dédié à faire connaître les Afro-Américains qui ont marqué l’Histoire. Ce mois a été choisi car il est aussi le mois de naissance de l’ancien président Abraham Lincoln, qui a milité pour l’abolition de l’esclavage.

** Le 1er février 1960, quatre étudiants Afro-Américains de Caroline du Nord s’installent au comptoir du bar du magasin Woolworth, habituellement réservé aux Blancs : le mouvement fait tâche d’huile.






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