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Politique

Marseille : l’existence politique des Comoriens, le combat des Indignés

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 20 Janvier 2014

Les Comoriens de Marseille exigent une place dans la vie politique locale. Les élections municipales approchant, un millier de personnes, majoritairement issues de cette communauté estimée au nombre de 70 000, se sont réunies, le 12 janvier, au Dock des Suds à l’appel des Indignés de la cité phocéenne pour réclamer une meilleure représentation des minorités visibles dans les listes, droite et gauche confondues. Des élus de tous partis, exception faite du Front national, ont été invités au meeting. Mais quel avenir pour une telle mobilisation ? Nassurdine Haidari, adjoint au maire du 1er secteur et membre de ce nouveau collectif, explique la démarche.



Nassurdine Haidari
Nassurdine Haidari

Saphirnews : Pouvez-vous présenter le collectif ?

Nassurdine Haidari : Le collectif des Indignés de la cité phocéenne naît de la revendication citoyenne des communautés les plus mises en minorité pour qu’elles puissent prendre toute leur place dans l’économie, la politique et la société marseillaises. Or, aujourd’hui, on est dans un temps politique. Donc ce que l’on veut, c’est que les minorités visibles soient représentées dignement sur les listes de droite comme de gauche.

C’est une démarche assez innovante parce qu’il y a toujours eu à Marseille des communautés qui allaient négocier dans le secret à la mairie centrale de Marseille mais nous, nous décidons de mettre ces négociations dans la place publique car nous estimons que trop longtemps et trop souvent, la politique marseillaise a oublié la communauté comorienne. Il y a zéro conseiller régional, zéro conseiller général, qu’une conseillère municipale et deux adjoints de secteur (dont Nassurdine Haidari, ndlr) alors que la communauté comorienne représente 10 % de la population marseillaise. Ce n’est non pas un oubli, c’est une volonté politique de ne pas insérer cette population dans le jeu politique français.

Peut-on définir votre mouvement comme un groupe d’intérêt pour la communauté comorienne ?

Nassurdine Haidari : Le groupe est vraiment dans une démarche inclusive. Nous voulons être rejoints par toutes les communautés qui ont comme dénominateur commun la souffrance sociale et qui partagent aussi peut-être avec nous cette dimension raciale qui porte gravement atteinte à la présence des communautés dans le jeu politique. (…) On se revendique très politique, pas apolitique, et on prétend vouloir placer des hommes et des femmes à l’intérieur des partis politiques.

Et ceci quels que soient les programmes. N’y-a-t-il pas divergence ou même contradiction qui apparaît à la lumière du clivage droite/gauche ?

Nassurdine Haidari : Au-delà des sensibilités politiques des uns et des autres, nous considérons que les communautés maghrébines, arabes ou comoriennes ne sont pas des moutons de panurge. Ce que nous n’acceptons pas, c’est que ces mêmes populations ne soient pas représentés en position d’éligibilité sur les listes politiques marseillaises. Et ceux qui veulent lutter contre les discriminations qui touchent ces populations, s’ils sont incapables de mettre des hommes et des femmes issus de ces populations dans des listes, c’est le début du mensonge. Ce que nous sommes en train de faire avec les partis politiques, c’est d’instaurer un contrat de confiance.

Vous parlez finalement en termes de visibilité et non de contenu des programmes. Vous ne débattez pas du fond de chacun d'eux pour y voir ce qui serait l’intérêt ou pas des populations stigmatisées…

Nassurdine Haidari : Le fond est abordé. Nous avons quand même des sensibilités politiques qui s’affirment mais nous considérons qu’avant d’avoir des sensibilités qui s’affirment, il faut exister politiquement. Or, la question de l’existence politique est posée clairement. La preuve est que nous sommes obligés d’agir ainsi pour alerter les partis. Nous sommes quand même en 2014. Nous pensons que malgré nos différences, notre dénominateur commun est la lutte contre les discriminations et l’injustice sociale. C’est ce que nous partageons à droite comme à gauche. Nous voulons que Marseille, en ce domaine, se développe, fasse plus et qu’il y ait des politiques volontaristes.

Les candidats se retrouvant dans les Indignés, s'ils arrivent à intégrer une liste, défendront-ils aussi un programme proposé par le mouvement ?

Nassurdine Haidari : Ils défendront une certaine conception de la justice sociale, de l’égalité des droits et notamment d’égalité dans les quartiers de Marseille, c’est ce qui nous lie. Les chemins qu’on empruntera seront sans doute différentes, à droite ou à gauche, mais nous aurons pour raison commune la lutte contre le racisme et les discriminations.

Marseille : l’existence politique des Comoriens, le combat des Indignés

Mise à part cette existence politique, quelles sont vos autres revendications ? Ou vous focalisez-vous uniquement sur les municipales ?

Nassurdine Haidari : Les enjeux municipaux sont importants, Marseille va s’identifier par rapport aux élus qu’elle va donner à ses habitants alors la première étape est la visibilité politique et après chacun ira dans son parti défendre Marseille avec ses idées. Quand les communautés arménienne ou juive négocient avec les partis de manière secrète, nous assumons le fait que nous négocions de manière claire et transparente au vu et au su des Marseillais pour qu’enfin le pacte de confiance puisse commencer sur un rapport de vérité.
(…) Des hommes ne sont pas reconduits sur les listes alors qu’ils ont une légitimité politique. Ne serait-ce que pour parler de mon cas, j’ai défendu l’idéal socialiste bec et ongles pour aujourd’hui ne rien avoir (quant à sa présence ou non sur les listes PS, ndlr), ne pas être considéré.

Ce mépris que vous et d’autres peuvent ressentir ne devrait-il pas justement vous pousser à créer des listes autonomes plutôt que de vouloir à tout prix intégrer ces partis ?

Nassurdine Haidari : Nous allons discuter avec les partis politiques parce que nous nous croyons encore qu’il y a toujours un espoir… Si tel n’est pas le cas, nous prendrons nos responsabilités.

Ne sera-t-il pas trop tard par rapport à l’échéance électorale qui approche à grand pas ? Nous sommes à quelques semaines du premier tour (le 23 mars).

Nassurdine Haidari : Bien sûr. Nous allons très vite entamer les discussions avec les partis. Si nous n’obtenons pas satisfaction, nous irons jusqu’au bout, c’est-à-dire la création de listes autonomes. Mais nous ne fermons pas la porte et l’existence politique ne se résume pas aux élections municipales. Nous avons les cantonales, les régionales, les européennes et ce groupe des Indignés ne se résume pas qu’à la politique. Nous souhaitons réaliser des actions économiques et culturelles parce que nous voulons que la présence des communautés minoritaires puissent vraiment révéler Marseille, l’enrichir et l'amener à se regarder et s’accepter telle quelle est pour pouvoir progresser et changer. C’est notre intime conviction.





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