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Monde

Crash de la Yemenia Airways : Se battre pour ne pas oublier

Justice

Rédigé par Antoine Dreyfus | Lundi 28 Juin 2010

Le 30 juin, l’association des victimes du crash de l’A310 de Yemenia organise une marche silencieuse dans les rues de Marseille.



Nadjati Youssoufa, présidente de l’Association des victimes du vol de l’A310, déplore : « Nous ne saurons jamais vraiment la vérité sur ce crash. » Ici, lors l'hommage aux victimes, au stade Vélodrome de Marseille, le 19 septembre 2009.
Nadjati Youssoufa, présidente de l’Association des victimes du vol de l’A310, déplore : « Nous ne saurons jamais vraiment la vérité sur ce crash. » Ici, lors l'hommage aux victimes, au stade Vélodrome de Marseille, le 19 septembre 2009.
Une véritable chape de plomb continue de peser sur les raisons du crash de la Yemenia Airways du 30 juin 2009, dans lequel ont péri 141 passagers, dont 139 d’origine comorienne. Jeune présidente de l’association des victimes du crash de l’A310 de Yemenia, Nadjati Youssoufa se bat justement pour éviter que le silence ensevelisse la tragédie.

Cuisinière dans un restaurant du centre-ville marseillais, Nadjati a repris la succession de sa sœur Mariata Youssoufa, personnalité solaire, dont le destin s’est tragiquement interrompu dans la nuit de samedi 20 au dimanche 21 février 2010, à Marseille*.

Boule d’énergie, cultivée, hyperactive et enthousiaste, Mariata Youssoufa incarnait le combat des familles de victimes. Lourd héritage que Nadjati porte avec plus de discrétion, mais avec autant de détermination. « Après le décès de ma sœur, ce sont les familles qui m’ont choisie en m’élisant. » Depuis la fin février, Nadjati s’est donc attelée à la tâche.

Sur le plan judiciaire, les familles vont enfin voir les premières indemnités versées.
Le 4 mai, le tribunal de grande instance d’Aix-en-Provence a en effet rendu publique sa décision. Des indemnités provisionnelles (3,4 millions d’euros) vont être versées. 50 ayants droit sont concernés, chacun recevra un dédommagement provisionnel pour préjudice moral, d’un montant pouvant atteindre 20 000 euros, certains pourront toucher également un acompte pour préjudice économique. Ont aussi été accordés 1 000 euros à chaque plaignant pour faire face aux procédures en cours.

« Normalement, ces sommes auraient dû être débloquées dans le mois suivant la catastrophe, corrige Nadjati. C’est une procédure classique, automatique. Là, nous avons dû attendre un an, juste pour obtenir un acompte. »

Reçue en début d’année avec d’autres membres de l’association par le juge d’instruction chargé du dossier, Nadjati est ressortie du rendez-vous avec un goût amer dans la bouche. « J’ai eu l’impression que nous ne saurons jamais vraiment la vérité sur ce crash. Le juge d’instruction nous a bien dit que si l’État français ne faisait pas pression sur le gouvernement comorien, il ne se passera rien. »

Le contenu des boîtes noires, par exemple, n’a pas été donné aux familles. « L’État comorien fait de la rétention d’information, dit Nadjati. Des infos sont parues dans les journaux, mais aucune autorité ne nous dit ce qu’il y avait dedans. »

Alors, face à ces questions restées sans réponse, dans les quartiers de Marseille, où vivent 80 000 Comoriens de France, où avaient embarqué 61 passagers de l’Airbus, la plaie est béante.

L’association, qui se réunit tous les samedis dans un salon de coiffure, tente de colmater les trous béants laissés vacants par l’État. Il faut, par exemple, organiser les courses pour les femmes qui ont perdu leur mari, soutien de famille, car ce sont « les hommes qui, traditionnellement, s’occupent des achats alimentaires ». Il faut occuper les enfants lorsqu’une mère se retrouve seule. Il faut lire les courriers administratifs à ceux qui ne savent pas lire. Et il faut cultiver le devoir de mémoire.

Le 30 juin, l’association organise, à Marseille, une marche silencieuse, à 14 h 30, de la porte d’Aix à la mairie centrale. Pour ne pas oublier.



En savoir plus sur www.victimes-a310-yemenia.org

* Mariata Youssoufa est décédée en accouchant de son deuxième enfant. Dans la catastrophe aérienne, elle avait perdu deux frères et une sœur.





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