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Société

Mayotte Française : les défis de la départementalisation

Rédigé par Pauline Compan | Jeudi 11 Août 2011

Mayotte la musulmane, a une histoire bien particulière. L’île a toujours défendue son intégration dans la République française face aux velléités des autres composantes de l’archipel de Comores qui la revendiquait. Ce sont les femmes, notamment au-travers du mouvement des « chatouilleuses » qui ont défendu le maintien de Mayotte au sein de la République en 1974. En mars 2009, le référendum sur la départementalisation de l’île est accepté avec plus de 95 % des voix exprimées. Officiellement région et département français depuis le 31 mars 2011, Mayotte doit désormais relever plusieurs défis ; chômage, immigration, vivre ensemble, développement durable, les chantiers ne manquent pas.



La marché de Mamoudzou, capitale de Mayotte.
La marché de Mamoudzou, capitale de Mayotte.
Avec une moyenne d’âge de 22 ans, Mayotte est le territoire le plus jeune de la République française. 186 500 personnes y vivent, selon le dernier recensement de l’Insee, le 31 juillet 2007. L’île volcanique de 376 kilomètres carrés, voit plus de 40 % de sa population être de nationalité étrangère. Parmi elle, les Comoriens sont les plus nombreux.

Attirés par le développement économique de l’île, ces Comoriens profitent de la proximité géographique pour tenter leur chance dans le nouveau département français. A cette forte population immigrée, il faut ajouter un taux de chômage élevé et des discriminations qui perdurent envers la population locale, une sorte de « néo-colonialisme ». « La situation est potentiellement explosive », affirme ainsi, Attila Cheyssial, architecte et docteur en sociologie qui a vécu de nombreuses années à Mayotte.

Le combat pour la départementalisation

Traditionnellement à Mayotte, ce sont les femmes qui transmettent le lignage familial et restent dans leur domicile au moment de leur mariage. « Le rôle des femmes est très important, elles sont beaucoup plus émancipées que dans certains pays musulmans », explique Attila Cheyssial. Ainsi vers la fin des années 60, ce sont elles qui organisent le mouvement des « chatouilleuses ». Leur but ? Chatouiller des hommes politiques Comoriens, en visite à Mayotte pour signifier leur opposition à une intégration aux îles Comoriennes. Une technique pacifique mais humiliante qui fera mouche lors des référendums de 1974 et 1976, pout le maintien de Mayotte dans la République française.

En 2009, la population se prononcera pour la départementalisation avec un oui écrasant : 95, 2 %. L’attachement des Mahorais à la France semble donc massif. Et si la République et « une et indivisible », à Mayotte, différentes catégories de population se regardent d’un œil méfiant.

Une société sous tensions

Il y a déjà le fossé qui sépare Mahorais et Mzungus (blanc qui vivent à Mayotte). « Un véritable racisme se développe des deux côtés. La faute au système actuel. Economiquement les métropolitains décident ; les Mahorais sont leurs sous-fifres. Même à poste égal, un fonctionnaire importé touche deux fois plus que le local », analyse Rémi Carayol, journaliste installé à Mayotte, dans le journal Extramuros. Des inégalités qui se retrouvent également au cœur du fait-divers de la jeune Roukia, morte d’overdose en janvier dernier. Le dossier des représentants des forces de l’ordre mis en examen suite à cette tragédie, pourrait être dépaysé à La Réunion, ce qui met en colère la famille de la victime.

A ce « néo-colonialisme » ambiant, il convient d’ajouter les immigrés illégaux Comoriens. Attirés par des conditions économiques plus favorables, ils sont des dizaines de milliers à tenter de (sur)vivre à Mayotte. Bien souvent employés à bas prix, ils font l’objet d’une traque incessante de la police et essuient le racisme de certains Mahorais qui craignent que leur présence ne finisse par ramener l’île sous le giron Comorien.

Une modèle économique à trouver

Dans ce contexte que peut apporter la départementalisation ? « Les réponse institutionnelles traditionnelles françaises ne sont pas du tout adaptées à Mayotte », continue Attila Cheyssial. Il fustige une vision néo-colonialiste qui consiste à croire que tout est à importer de l’extérieur : compétences, savoir-faire, etc. Or « les Mahorais on des savoir-faire, il faut les mobiliser et laisser les besoins s’exprimer. »

L’urbanisation est caractéristique. La capitale Mamoudzou abrite le plus grand bidonville de France qui s’étend chaque jour de plus en plus. « Une immigration pareille demande des réponses spécifiques, poursuit Attila Cheyssial, des chantiers de logements sociaux sont en cours mais les bâtiments ne sortent pas de terre ; ils sont trop chers et ne répondent pas correctement aux besoins. » Mayotte, jeune département, a encore de grands défis à relever pour atteindre l’âge adulte.






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