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Société

Overdose de Roukia à Mayotte : la famille s'oppose au dépaysement du procès

Rédigé par Pauline Compan | Vendredi 5 Août 2011

Le procureur général de Saint-Denis de La Réunion a demandé la délocalisation de l’enquête sur le trafic de drogue dans lequel seraient impliqués des gendarmes du groupe d’intervention régional (GIR). Une initiative prise pour « le bon déroulement de la justice », vivement contestée par la famille de la victime, Roukia. Elle dénonce, dans cette affaire, une « justice coloniale ».



La jeune Roukia, 18 ans, morte d'overdose le 14 janvier dernier.
La jeune Roukia, 18 ans, morte d'overdose le 14 janvier dernier.
« C’est le pot de fer contre le pot de terre », analyse Maître Mansour Kamardine, l’avocat de la famille de la jeune Roukia. La jeune fille de 18 ans, avait été retrouvée morte le 14 janvier dernier au nord de la capitale de Mayotte, Mamoudzou. Si les enquêteurs avaient d’abord suivi la piste du meurtre, des analyses avaient démontré un décès par overdose d’héroïne. Un choc pour la communauté de l’île et la famille de la victime, d’autant plus que des gendarmes du GIR sont accusés d’avoir fourni la drogue aux revendeurs.

Un procès « pédagogique »

« Il y a un aspect pédagogique pour la jeunesse de l’île à tenir ce procès à Mayotte », justifie l’avocat de la famille. Car cette histoire montre bien les dangers liés à la prise de drogue. Les drogues dures sont bien un phénomène récent et méconnu sur cette petite île de l’océan indien. « Elles sont quasi-inconnues, on a bien de petites affaires mais elles sont plutôt liées au cannabis local », continue Maître Kamardine.

Mais dans cette affaire, les doutes concernant la provenance de la drogue, alimentent la chronique. Trois gendarmes et un policiers ont, en effet, été mis en examen pour « trafic de stupéfiants ». Ce sont les revendeurs qui les ont accusés. Ces derniers travaillaient régulièrement avec le GIR comme indics et ont rapporté avoir souvent été rémunérés avec des produits stupéfiants pour leurs services.

Suite à quelques mois d’enquêtes et d’écoutes téléphoniques, le juge d’instruction avait décidé de la mise en examen des représentants des forces de l’ordre. Un coup de tonnerre, y aurait-il des ripoux parmi le groupe du GIR ? Leur avocat, Maître Fatima Ousseni, récuse vivement ses allégations et défend un dépaysement du dossier à La Réunion. Un point de vue partagé par le procureur, Philippe Faisandier, qui évoque une trop grande proximité entre les magistrats de l’île et les forces de l’ordre, ainsi qu’une manipulation de la presse « pour servir des intérêts particuliers ».

Maître Kamardine et les avocats des indics, luttent, quand à eux, pour que le procès se tienne à Mayotte. « Tous les acteurs sont à Mayotte et un dépaysement empêcherait la famille de se défendre comme il se doit », explique-t-il.

Un chamboulement pour la famille

Expatrié le procès impliquerait, en effet, de lourds changements pour la famille. Ils devraient changer d’avocat et cette nouvelle personne devrait ensuite prendre connaissance des éléments du dossier. Le problème du coût du transport se poserait également.

« Aujourd’hui la famille, se sent dépassée et abattue. Ils ont le sentiment de se battre contre la République Française qui cherche à protéger ses agents », explique l’avocat de la défense. L’opinion publique à Mayotte est, en tout cas, mobilisée. Une pétition circule déjà sur l’île pour s’opposer au dépaysement du procès.






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