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Religions

Les associations de croyants gays condamnent les exorcismes et traitements destinés à « guérir » de l'homosexualité

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Jeudi 17 Mai 2012

Quand l’homosexualité et la transphobie s’invitent dans la religion. Deux jours avant la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie jeudi 17 mai, le Comité IDAHO Religions organisait une conférence de presse. L’occasion pour le Comité d’alerter sur les « thérapeutes » qui prétendent guérir les homosexuels. En effet, le 17 mai 1990, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) supprime l’homosexualité de la liste des maladies mentales mais des thérapies sont toujours pratiquées, notamment dans les milieux religieux, car l’homosexualité est considérée comme étant contraire aux dogmes des trois religions monothéistes.



Les membres du collectif IDAHO-Religions dont assis de gauche à droite Jean-Michel Dunand de la Communion de Béthanie, Ludovic Mohamed Zahed de H2MF et Louis-Georges Tin, président du Comité IDAHO.
Les membres du collectif IDAHO-Religions dont assis de gauche à droite Jean-Michel Dunand de la Communion de Béthanie, Ludovic Mohamed Zahed de H2MF et Louis-Georges Tin, président du Comité IDAHO.
Des pratiques « ridicules et dangereuses allant de l’électrochoc à l’exorcisme », dénonce Louis-Georges Tin, le président du Comité IDAHO (International Day against Homophobia and Trans), fondateur de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie et également président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN).

Depuis bien longtemps en effet, les hommes ont cherché à « guérir » les personnes homosexuelles dans le but de les convertir à l’hétérosexualité, rappelle l’historien Bruno Halioua. Des traitements par l’hypnose ou encore axés sur la suggestion ont été pratiqués. Et dans les années 1950, la lobotomie et des essais de castration ont même été réalisés sur des personnes homosexuelles.

Les associations David et Jonathan (mouvement homosexuel chrétien), le Carrefour des chrétiens inclusifs, la Maison verte, le Beit Haverim (groupe de juifs homosexuels), Homosexuels musulmans de France (HM2F) qui forment le collectif IDAHO-Religions ont voulu, au cours d'une conférence de presse organisée mardi 15 mai, rendre compte des traitements actuels et alerter les autorités religieuses de pratiques pseudo-thérapeutiques.

L’exorcisme pour « guérir » de l’homosexualité

Jean-Michel Dunand est un chrétien homosexuel qui raconte avoir subi 10 exorcismes, sans succès. « Je m’élève contre ceux qui continuent au sein de l’Eglise catholique et évangélique d’exercer une prise de pouvoir sur l’autre, c’est une perversion. Elle défigure le visage du Christ », a t-il décrié, tout en déplorant que c’est « une réalité qui continue particulièrement auprès des jeunes ». Aujourd’hui, il est prieur dans la Communion de Béthanie et apporte son soutien aux chrétiens homosexuels.

Ludovic Mohamed Zahed, porte-parole et fondateur de l’association HM2F, dont le mariage avec une personne du même sexe avait récemment fait polémique, a aussi apporté son témoignage. Ancien salafiste, il nous déclare comprendre qu’il est homosexuel quand, à 18 ans, il « tombe amoureux de la personne » qui lui enseigne le Coran en Algérie, où il était parti s’instruire sur la religion. Le jeune homme dit avoir mis 15 ans à s’en remettre pour enfin « se réapproprier l’islam » et recommencer à pratiquer la religion. Il dit s’être « réapproprié l’islam » en se fondant sur « l’héritage culturel, spirituel de l’islam et les discours de féministes musulmanes ». Ludovic n’a pas été confronté à un traitement cherchant à le convertir à l’hétérosexualité mais explique avoir été témoin d’un exorcisme pratiqué sur un homme attiré par les hommes.

Le Comité IDAHO Religions appelle les autorités religieuses à « condamner clairement des pratiques qui, au-delà du ridicule, s’avèrent à bien des égards dangereuses pour les personnes qui les subissent » et les exhorte à « mettre en place des formations contre l’homophobie, qui permettent de prévenir ces excès intolérables » , a conclu Louis-Georges Tin, le président du Comité IDAHO-Religions.

L’islam contre l’homophobie mais pas pour l’homosexualité

IDAHO-Religions s'évertue ainsi à mettre la religion au cœur du débat sur l'homophobie et cela depuis trois ans. En 2010, dans un colloque baptisé « Religions, homophobie, transphobie », le Comité appelait les autorités religieuses à dénoncer l’homophobie.

Absent, le Conseil français du culte musulman (CFCM) avait condamné, via un communiqué, « toute forme d’atteinte qui viserait une personne en raison de ses opinions, de son appartenance religieuse ou de son orientation sexuelle ». Mais le CFCM avait rappelé que « la religion musulmane, à l’instar des autres religions monothéistes, considère qu’une vie sexuelle conforme à ses principes ne peut être conçue que dans le cadre de vie de couple homme-femme unis par un contrat de mariage ». En effet, selon la plupart des interprétations théologiques, l’homosexualité et la transexualité ne sont pas compatibles avec l'islam qui les interdit. Les représentants de l’islam et les imams ne peuvent donc que condamner les actes homophobes. Le théologien Tareq Oubrou avait d'ailleurs condamné l'homophobie.

« De plus en plus d’imams progressistes et ouverts nous soutiennent dans notre démarche » , affirme cependant Ludovic Mohamed Zahed. Surprenant : « Il n’y a pas plus d’homophobie dans le monde musulman. C’est plus une question de tabou liée au sujet de la sexualité et surtout de l’homosexualité », juge-t-il.

L’homophobie coûte cher

Outre l’aspect religieux, la conférence de presse a également permis à l’IDAHO d’exposer son plan d’avenir. Pour sa campagne 2012 intitulée « Homophobie, transphobie, sida », il souhaite mobiliser contre l’homophobie en agitant l’argument économique. « L’homophobie renforce le sida. Le sida renforce la pauvreté. Donc l’homophobie renforce la pauvreté » : tel est le message de cette nouvelle campagne. « Si les arguments liés aux droits humains ne sensibilisent pas à lutter contre l’homophobie, peut-être que l’argument économique aura plus de poids », commente Louis-Georges Tin.

L’un des intervenants espère qu'un parallèle pourra être fait avec l’environnement. En effet, l’argument économique avait permis de mobiliser la communauté internationale sur les enjeux environnementaux.

Au niveau international, l’adoption d’une résolution, un texte contraignant pour la dépénalisation universelle de l’homosexualité, est également l’un des objectifs de l’IDAHO. Il compte sur François Hollande, « un homme d’une grande humanité », selon Alexandre Marcel, vice-président du Comité IDAHO France. Il saura sans aucun doute porter ce projet aux Nations unies. En effet, le nouveau président de la République compte autoriser le mariage homosexuel. Une initiative qui est très loin d’emballer les musulmans, qui ont pourtant voté majoritairement pour le candidat socialiste au second tour de la présidentielle.






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