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Religions

Les religions au diapason contre l’homophobie

Rédigé par Hanan Ben Rhouma et Huê Trinh Nguyên | Mercredi 19 Mai 2010

La 5e Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, célébrée lundi 17 mai, a eu cette année pour thème les religions. Souvent considérés comme des accélérateurs aux agressions faites à l’égard des homosexuels et des transsexuels, les hommes et les femmes de foi sont priés à cette occasion de dénoncer activement ces violences.



Une des affiches de la première campagne d’affichage visant à lutter contre l’homophobie dans les établissements d’enseignement supérieur.
Une des affiches de la première campagne d’affichage visant à lutter contre l’homophobie dans les établissements d’enseignement supérieur.
« Nous ne demandons pas aux religions d’approuver l’homosexualité ou la transidentité, mais de désapprouver l’homophobie et la transphobie », déclare d’emblée Louis-Georges Tin, président du comité IDAHO (International Day against Homophobia and Trans) et porte-parole du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN). Le ton est ainsi donné à l’Assemblée nationale dans le cadre de la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, lancée en 2004.

Placé sous le parrainage du ministère de l’Intérieur et des Cultes, le colloque « Religions, homophobie, transphobie », qui a été organisé ce lundi 17 mai, commémore par la même occasion le jour où, vingt ans plus tôt, en 1990, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait fini par retirer l’homosexualité de la liste des maladies mentales.

L’homosexualité, une pratique ancienne condamnée

Les religions abrahamiques ont toutes une histoire commune : celle du peuple de Loth, neveu du prophète Abraham, qui vivait à Sodome, ville où les hommes se livraient couramment à des pratiques homosexuelles et ce, malgré les injonctions divines qui leur étaient adressées par le biais de Loth. Après moults avertissements, Dieu fit détruire Sodome. C’est principalement à travers cette histoire, évoquée dans les textes sacrés de manière plus ou moins similaires, que les religions s’appuient pour condamner – du moins moralement – l’homosexualité… et taire l’homophobie.

« Le rôle de la famille est fondamentale dans le judaïsme (et les autres religions, ndlr). C’est une obligation biblique. L’une des raisons pour lesquelles l’homosexualité est si mal vécue, c’est qu’elle donne l’impression de bloquer cette obligation », indique Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) au colloque de l’Assemblée nationale.

Toutefois, « les violences homophobes et transphobes sont souvent le fait de personnes qui utilisent les religions pour justifier leurs positions », indique l’appel aux religions contre l’homophobie et la transphobie du 17 mars dernier. « Aimer son prochain comme soi-même » s'applique aussi aux homosexuels, déclare le philosophe protestant Olivier Abel.

L’appel des religions contre l’homophobie est lancé

« Afin que des groupes et des États ne s’appuient pas sur les religions pour justifier l’homophobie », les hommes de foi sont appelés à « condamner activement » les violences faites à l’encontre des homosexuels selon M. Tin. Quelques-uns se sont d’ores et déjà engagés dans cette voie au nom des droits de l’homme. Parmi eux, le rabbin Rivon Krygier, l’essayiste chrétien Jean-Claude Guillebaud, le philosophe protestant Olivier Abel, le théologien musulman Tareq Oubrou, signataires de l’appel du 17 mars.

« Le sujet, il faut le reconnaître, est assez sensible », indique M. Oubrou, présent à l’Assemblée nationale, rappelant que l’homosexualité est une pratique ancienne qui a existé, y compris dans les sociétés musulmanes. « Mais elle restait dans le domaine du privé. Il n’existait pas de cadre légal et juridique pour eux », poursuit-il.

Aujourd’hui, la donne a changé : les homosexuels sont nombreux à revendiquer une reconnaissance morale et légale où qu’ils soient, ce qu’un certain nombre de sociétés n’acceptent pas facilement. Des États n’ont su, pour seules réponses, que renforcer la législation réprimant leur comportement. À ce jour, 25 pays condamnent l’homosexualité d’une peine de prison et sept la punissent de peine de mort (Afghanistan, Arabie Saoudite, Iran, Mauritanie, Nigeria, Soudan, Yémen).

Le mariage et l’adoption ne sont pas à l’ordre du jour

Bien que ces pays soient à majorité musulmane, « il faut éviter de réduire la religion » à ces châtiments, indique M. Oubrou, pour qui les traditions y sont aussi pour beaucoup dans le développement des violences. « En tant que théologien, en tant que responsable religieux, je n’admets pas les violences commises contre les personnes qui n’ont pas la même éthique sexuelle » que la majorité, conclut l’imam de Bordeaux.

Critiqué pour son absence au colloque, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a aussi condamné, via un communiqué, « toute forme d’atteinte qui viserait une personne en raison de ses opinions, de son appartenance religieuse ou de son orientation sexuelle ».

« Sans porter de jugement ni d’appréciation sur les pratiques sexuelles des citoyens », le CFCM rappelle toutefois que « la religion musulmane, à l’instar des autres religions monothéistes, considère qu’une vie sexuelle conforme à ses principes ne peut être conçue que dans le cadre de vie de couple homme-femme unis par un contrat de mariage ». Une position que ne conteste pas M. Oubrou et dont doivent se contenter les associations LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels) ayant soutenu l’appel des religions.

Même silence de la part des représentants du catholicisme et du judaïsme à propos du mariage homosexuel. « Nous avons autorisé un pasteur à accompagner d’un “geste fort” un couple homosexuel », raconte cependant Jean-Pierre Rive, représentant de la Fédération protestante de France. « Il ne s’agissait pas d’un mariage, mais cela a été considéré comme une avancée. »
Federico Procopio, administrateur de l’Union bouddhiste de France, rappelle, quant à lui, que « le bouddhisme n’est pas soumis à une autorité dogmatique ». Aussi est-il déjà arrivé que « des maîtres bouddhistes célèbrent des mariages homosexuels ».

Transformer les discours en actes

Côté catholique, deux intentions de prière ont été cosignées par la Conférence des évêques de France (CEF), pour inciter les paroisses à les réciter lors de la messe du dimanche à la veille de la Journée mondiale contre l’homophobie. Un geste hautement symbolique qui, sur le terrain, ne s’est pas concrétisé, peu de paroisses les ayant dites. Selon Marie-Louise Dénès, représentante de la CEF, il faut « casser les représentations » sur le plan local et mener le combat de la « dépénalisation de l’homosexualité » au niveau international.

Ce combat, c’est aussi celui de Franck Giaoui, président du Beit Haverim, groupe juif gay et lesbien de France, qui appelle le Consistoire à nommer « un représentant sur la question de l’homophobie et de la transphobie ». Car bien que les rabbins libéraux, à l’instar du rabbin Mickaël Azoulay, soient prêts à communiquer dans les synagogues sur ces questions, « les rabbins consistoriaux, qui représentent 70 % de la communauté juive », sont réticents à l’idée de les évoquer avec leurs fidèles.

Sans se risquer à proposer des actes concrets qui ne seraient pas suivis d’effets – avouant par là que « c’est plus difficile dans (sa) communauté » −, Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, appelle à un « véritable aggiornamento », pour « éveiller les sensibilités, à ne pas nier les diversités humaines et à lutter contre cette rigidité et ce refus du réel », et ce « grâce à une analyse plus actuelle des Textes ».

Pédagogie, communication et médias : toutes les obédiences religieuses présentes au colloque se sont accordées sur l’impérieuse nécessité de travailler sur ces trois axes. Une chose est sûre : d’ici à la prochaine Journée mondiale contre l’homophobie, le dialogue interreligieux se poursuivra, se sont promis David et Jonathan, la plus ancienne association LGBT de France créée en 1972, Beit Haverim et Homosexuels musulmans de France (HM2F), créée en janvier dernier. Car, soutient Jean-Michel Dunand, prieur (chrétien) de la Communion de Béthanie, « c’est dans la mesure où nous serons unis spirituellement que nous pourrons accueillir l'amour de Dieu et, dans ce souffle, je suis heureux d'être vivant ». Et vous, qu'en dites-vous ?






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