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Politique

Législatives : À quand une Assemblée nationale qui représentera la diversité de France ?

Rédigé par Mérième Alaoui | Lundi 4 Juin 2012

L’Assemblée du peuple est encore loin de ressembler au vrai visage de la France. Les grands partis annoncent qu’ils auront cette fois des élus de la « diversité ». Un débat cyclique sans réelles avancées.



6,6 % : c’est la proportion d’élus locaux issus de l’immigration non européenne. Plus les responsabilités s’accroissent, moins la diversité est présente : ces élus représentent 7,5 % des conseillers, 5,2 % des adjoints et… 0,4 % des maires.
6,6 % : c’est la proportion d’élus locaux issus de l’immigration non européenne. Plus les responsabilités s’accroissent, moins la diversité est présente : ces élus représentent 7,5 % des conseillers, 5,2 % des adjoints et… 0,4 % des maires.
L’élection présidentielle ne se termine pas au lendemain du 6 mai. Loin de là. Les partis rassemblent toute leur énergie pour la campagne des législatives prévues pour le 10 et le 17 juin. Le président de la République fraîchement élu est lui-même sollicité pour appuyer tel ou tel candidat sur le terrain. Car l’enjeu est de taille. Il faut une majorité à l’Assemblée nationale.

Que ce soit à gauche ou à droite, on se vante d’être celui qui aura le plus de député(e)s aux origines diverses. Il est vrai que les candidats issus de la diversité sont relativement nombreux. Mais il ne s’agit que de candidats. Il faut ensuite être en position de gagner. Et c’est là une tout autre histoire.

« Labourer le terrain, travailler dur et convaincre »

Adjoint au maire d’Épinay-sur-Seine (93), le centriste Salah Bourdi (NC) a été investi pour défendre les couleurs du Nouveau Centre et de l’UMP. Mais cela va être difficile car il se retrouve face au député sortant Bruno Le Roux, secrétaire national du PS. « Dans tous les cas, ce sera une belle expérience. En faisant campagne, on apprend toujours au contact des habitants. Cela me permettra également d’asseoir une certaine notoriété », explique l’élu.

Au sein du parti majoritaire de droite, les désignations sont décidées par les instances nationales et négociées avec les partis partenaires. « Il est vrai que parmi la dizaine de candidats certains ont des difficultés, mais beaucoup peuvent gagner. Il est possible de battre un député sur le territoire quand on est candidat pour la première fois : il faut labourer le terrain, travailler dur et convaincre. Ce ne sera peut-être pas positif la première fois, mais peut-être la deuxième ou la troisième… », explique Olivier Stirn, secrétaire national en charge de la diversité à l’UMP.

Au Parti socialiste, ce sont les militants qui désignent leur candidat par vote interne. Même si le bureau national fait régulièrement des passages en force. Une vingtaine de circonscriptions a été réservée à la « diversité », le double qu’enregistre l’UMP. Seuls les candidats issus de l’immigration ou des DOM pouvaient s’y présenter.

Mais sur ces territoires, six candidats ont été désignés d’office sans vote interne. Il s’agit, par exemple, de Kader Arif, député européen, Seybah Dagoma, conseillère de Paris et adjointe au maire, Razzy Hammadi, secrétaire national aux services publics, mais aussi des moins connus comme Yacine Djaziri, entrepreneur et blogueur du Bondy Blog. Tous sont sur des territoires considérés comme gagnables par le PS.

Malgré tout, il semble que quelques-uns seulement parmi ces six passeront entre les mailles du filet. Quant aux autres candidats, leur passage est quasi mission impossible.

64 % prêts à voter pour un candidat de la diversité

Malgré les efforts des partis, investir un candidat autre qu’un « homme blanc de plus de 50 ans » n’est pas toujours chose aisée. Dans le Tarn-et-Garonne par exemple, Brigitte Barèges, la députée UMP, membre de la Droite populaire, s’est opposée farouchement à la nomination de Nicolas Pompigne-Mognard, militant UMP d’origine africaine, controversé mais soutenu par les militants locaux. Elle a préféré défendre Philippe de Vergnette de Lamotte, 60 ans et qui n’était pas membre de l’UMP. Elle a eu gain de cause auprès de Paris. Son protégé a été désigné.

« Il est vrai que, de façon générale et dans tous les partis, il y a parfois des a priori. Mais c’est aussi une forme de jalousie… Car les élus de la diversité sont souvent la coqueluche des médias, on les remarque », commente Salah Bourdi.

Mais si on en croit le sondage de l’institut Harris interactive réalisées en octobre 2011, 64 % des Français sont prêts à élire un candidat issu de la diversité. Les partis en revanche « projetteraient leur propre conservatisme » sur les électeurs, selon les conclusions d’une étude du sociologue Éric Keslassy menées avec l’Institut Montaigne sur la diversité dans le champ politique français.

Les blocages des partis découragent certains militants qui décident même de tenter leur chance dans le pays d’origine de leurs parents… Que ce soit pour siéger à l’Assemblée constituante de Tunisie ou pour représenter les Marocains résidant à l’étranger au Maroc (MRE), l’herbe a l’air plus verte de l’autre côté de la Méditerranée.

Deux députés en 2007

Malgré les difficultés et un score historiquement élevé du Front national (17,90 %) au premier tour de la présidentielle 2012, les partis doivent poursuivre leurs efforts. Mais ces derniers sont-ils à la hauteur de l’enjeu ? Y aura-t-il réellement des députés issus de la diversité en juin 2012 ?

On se rappelle qu’en 2007, sur la trentaine de candidats investis, tous bords politiques confondus, seuls deux ont été élus. Il s’agit d’Henri Jibrayel, fils d’un immigré libanais, à Marseille, et de George Pau-Langevin, d’origine guadeloupéenne, à Paris.

Parmi les candidats malheureux, certains ont fait un score honorable au deuxième tour, comme Najat Azmy, qui avait obtenu 41,44 % des voix dans la 10e circonscription du Nord (Tourcoing). Restée amère, elle doute de la volonté du PS de faire émerger la diversité. « J’ai fait mentir les pronostics et ce sur un terrain difficile, car je n’étais pas soutenue par les militants locaux. Et pourtant, avec mon score, j’ai montré que je pouvais rassembler et surtout convaincre. Pourquoi le PS m’a laissé tomber à la suite de ce résultat ? », se demande la militante.

Selon elle, le parti ne tient pas compte de cette richesse pour faire avancer la diversité. « J’ai voulu mettre en avant mon bon score mais les élus locaux m’ont barré la route. De retour à Paris, j’ai sollicité François Hollande mais j’attends toujours une réponse ! Donc qu’on ne vienne pas se plaindre qu’il n’y a pas d’élus de la diversité en position de gagner », conclut-elle.

La politique, un rapport de force

Si la majorité des candidats arrivés au deuxième tour en 2007 n’ont pas pu faire fructifier leur travail en 2012, certains ont réussi à en tirer profit.

Il y a le cas unique d’Eddie Aït du Parti radical de gauche (PRG), avec les soutiens du PS et du Mouvement républicain et citoyen (MRC). Fort de son score de 47,6 % au deuxième tour, il a pu tirer une liste aux municipales de 2008 et a été élu maire de Carrières-sous-Poissy (78) dès le premier tour. Maire et conseiller régional, il brigue pour une deuxième fois la députation en juin 2012. « Je n’ai jamais vraiment été victime de racisme. Mais il faut reconnaître que c’est plus difficile pour les militants qui ont des origines africaines subsahariennes. Il est vrai aussi qu’il y a un problème avec les musulmans en France. Moi, je n’ai d’“arabe” que mon nom hérité de mon grand-père algérien et je ressemble à un Normand… », déclare l’élu.

Mais c’est surtout à force de travail qu’il a pu être reconnu. « Je n’ai jamais cessé de labourer le terrain, je suis toujours resté très ancré dans le local. C’est le plus important. Malgré ma défaite de 2007 et mes autres activités comme attaché parlementaire, j’ai toujours gardé un pied dans le local », explique le maire.

Si l’ancrage local est la voix la plus difficile, car elle nécessite un travail long et patient, c’est ce qui permet le meilleur résultat. En effet, une fois installé et reconnu sur un territoire, l’élu est imposé de fait par le nombre de voix qu’il a rassemblées.

Car la politique reste avant tout un rapport de force. Les moins représentés politiquement sont souvent les plus faibles électoralement.

MÉMO

Élections législatives
Elles se déroulent quelque semaines après la présidentielle. En 2012, ce sera les 10 et 17 juin. Chaque électeur élit son député de circonscription au sein de son département. Le député élu au suffrage universel direct obtient un mandat de 5 ans et compose l’Assemblée nationale de 577 députés.

Assemblée nationale
Avec le Sénat, elle compose le Parlement. L’Assemblée nationale a trois objectifs : représenter le peuple français, légiférer et contrôler l’action du gouvernement. Une centaine de lois sont adoptées en moyenne chaque année.

Circonscription
Unité de territoire législative dans laquelle est élu son député. La circonscription législative est désignée par un numéro d’ordre à l’intérieur de chaque département ou de collectivité d’outre-mer. Au nombre de 577, elles correspondent au nombre de députés élus.

Député
Membres de l’Assemblée nationale. Son rôle est de voter les lois. À partir de 20 députés élus dans le même parti peut se former un groupe à l’Assemblée. Le député est élu au niveau de sa circonscription locale, mais il représente la nation entière.




Mérième Alaoui

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