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Economie

Le Grand Salon du mariage oriental fait sa place à Paris

Un secteur qui ne connaît pas la crise

Rédigé par Propos recueillis par Hanan Ben Rhouma | Mardi 26 Octobre 2010

Le mariage est devenu une véritable industrie. En témoigne le succès des précédentes éditions du Grand Salon du mariage oriental, qui se déroulera pour la quatrième fois consécutive à La Villette, à Paris, les 13 et 14 novembre 2010. L’objectif de ce salon : réunir pendant deux jours futurs mariés, prestataires de services et visiteurs curieux, autour de la thématique du mariage oriental. Entretien avec Zoubida Chergui, l'organisatrice de ce salon.



Le Grand Salon du mariage oriental se tiendra cette année les 13 et 14 novembre prochain, à Paris.
Le Grand Salon du mariage oriental se tiendra cette année les 13 et 14 novembre prochain, à Paris.

Saphirnews : Quels sont les chiffres clés concernant le Grand Salon du mariage oriental ? Combien pèse ce marché ?

Zoubida Chergui : Pour cette nouvelle édition, nous allons accueillir 140 exposants et attendons 20 000 visiteurs sur les deux jours : ils étaient 18 000 l’an dernier, dont 20 à 30 % viennent des grandes villes de France. On sait aujourd’hui que les familles arabo-musulmanes consacrent en moyenne entre 12 000 et 15 000 € par mariage et rassemble 250 à 300 convives.
260 000 mariages sont célébrés chaque année en France. On ne peut pas faire de statistiques ethniques, on ne sait pas quelle est la part des Maghrébins. Simplement, il y a une constante : on compte 40 000 mariages franco-maghrébins. C’est une statistique validée par l’Institut national des études démographiques (INED). Mais cela suppose que l’un des conjoints ait un titre de séjour pour entrer dans ce chiffre.

A-t-on noté une évolution du marché ?

Z. Ch. : Des éléments factuels sont observables, autrement nous ne nous serions pas positionnés dans ce créneau. Mais, en cinq ans, le secteur du mariage oriental a changé. De nouveaux professionnels sont apparus, la rigueur est beaucoup plus importante et des communautés autres que maghrébine qui s’intéressent à ce mariage veulent y intégrer d’autres valeurs. Du coup, le marché est en train de se redessiner. Une étude socio-économique est en cours de réalisation et les chiffres seront certainement publiés vers janvier prochain.

Quel est le profil des visiteurs du salon ?

Z. Ch. : C’est bien entendu une population plutôt maghrébine de par la thématique du salon, mais le salon reste ouvert à tout le monde puisqu'il y a une population franco-française qui vient chercher l’exotisme. Le mariage à thème est relativement prisé aujourd’hui. C’est ce qu’on va mettre en avant lors de ce salon.

Quels changements avez-vous pu observer dans le comportement des futurs mariés et leurs démarches ces dernières années ?

Z. Ch. : Ce qui a vraiment changé en quatre ans, c’est que les couples vont essayer de trouver des interlocuteurs tels que les organisateurs de mariage, dits wedding planner, à qui on va effectivement confier son mariage parce que les futurs mariés n’ont pas de temps à perdre à courir l’ensemble des prestataires.
C’est un phénomène très récent car, dans la communauté, ce n’est pas courant. Jusqu’il y a une dizaine d’années, le mariage était encore très organisé par la famille.
Le marché est en train de se structurer. Aujourd’hui, on délègue complètement l’organisation du mariage à des professionnels, c’est très nouveau. On va plutôt aller vers la facilité, le gain de temps car, pour préparer un mariage, il faut à peu près un an, voire un an et demi. Il faut beaucoup de temps pour voir les uns et les autres et, quand on travaille, on fait cela en fin de journée ou durant les week-ends. Faire le tour des salles de réception, des traiteurs, des photographes… vous arrivez en bout de course relativement épuisé...
Aujourd’hui, le couple qui se marie a plus ou moins une idée précise du budget qu’il va consacrer à son mariage, du nombre de convives qu’il va recevoir, à quelques dizaines près, et du lieu où il se mariera, même s'il reste encore une idée un peu vague. Si on a des éléments de référence dans la famille, cela peut aller vite mais si vous êtes les premiers à vous marier, ce sera forcément plus compliqué.
L’intérêt du salon est que le couple peut, en un temps donné, contacter tous les prestataires voulus. Nous apportons un vrai service pour la communauté, en mettant en avant les prestataires que nous avons sélectionnés préalablement. Quand ces prestataires se trouvent présents au salon, cela agit comme une garantie de qualité pour les futurs mariés.

Le mariage reste-t-il toujours aussi « traditionnel » ? Quel constat faites-vous ?

Z. Ch. : On peut être très moderne dans la tradition. La tradition est la touche qu’on rajoute les uns les autres par rapport à un élément contemporain. Quand on fait un mariage, la tradition est ce qu’on va vouloir conserver dans les rituels. Qu’on le veuille ou non, il y a toujours une démarche cultuelle. De fait, quand on fait un mariage, la tradition l’emporte.
Quand je dis tradition, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas d’ouverture. Il ne faut pas voir la tradition comme un élément passéiste. Aujourd’hui, traditionnellement, la cuisine va être halal, la question ne se pose pas... Mais les plats varient, on va aller plutôt vers de la gastronomie, des cocktails… tout cela est très récent.
Cela n’enlève en rien la tradition, c’est une couche de modernité qui fait que l’on essaie de conforter la nouvelle génération et celle des parents dans une démarche de fête.
Il est vrai que, lors des mariages, les jeunes filles veulent revêtir les robes de leurs cultures d'origine. Elles vont se marier en blanc bien entendu, mais elles vont avoir le choix dans une panoplie de robes qui vont représenter leurs régions, en ayant recours, par exemple, aux negafas (habilleuses traditionnelles de la mariée au Maroc, ndlr). Quand les mariés sont de deux cultures différentes, on va essayer de faire un mix entre les deux pour satisfaire les uns les autres...
Je me méfie de ceux qui font une dichotomie un peu hâtive en disant que la tradition est un élément passéiste et un peu vieillot.

Le mariage oriental subit-il des influences culturelles extérieures ? Parmi les exposants, on voit des prestataires spécialisés dans les vêtements style Bollywood par exemple…

Z. Ch. : Non, pas du tout. Contrairement au phénomène Bollywood très récent dans les pays occidentaux, qui date d’une dizaine d’années, cette tendance dans le monde arabe existe depuis une quarantaine d’années grâce, tout simplement, au cinéma indien qui s’est déversé dans les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
Dans la culture hindoue, tout est très édulcoré, il n’y a pas de scènes érotiques dans les films indiens et, du coup, ils sont très diffusés dans les grandes chaînes télévisées du monde arabe. Depuis longtemps, le port du sari ou d’une robe indienne se fait naturellement. Dans les habits traditionnels du mariage, on observe au moins un sari parmi les tenues portées par les convives.
Vous vous êtes arrêtée sur Bollywood mais, dans les phénomènes récents, on peut remarquer plutôt l’influence de la mode occidentale. Une personne qui se fait coudre un kaftan ou une robe traditionnelle va le faire concevoir par rapport au mode de vie qui est le sien au quotidien, elle qui vit et travaille en France. Elle n’a pas forcément le même regard que quelqu’un qui vit dans les pays du Maghreb.

Quelles sont alors les nouveautés de cette année ?

Z. Ch. : Nous allons avoir des représentations de robes indiennes de haute couture. L’idée est de répondre à l’ensemble de la diaspora dans l’absolu, c’est un point important. Nous faisons venir une grande styliste algérienne, des personnes du Qatar ainsi que la plus grande créatrice de robes tunisiennes.
Nous sommes vraiment dans des éléments de haute couture : il y aura un défilé, l’Arabian Fashion Show, qui va mettre en avant la culture du monde arabe. L’idée est de faire de Paris la capitale du mariage oriental pendant ces deux jours. L’idée est également de présenter l’art nuptial de cette région. Il y aura une interprétation du mariage indien avec une negafa, et avec des chants puisque que nous faisons venir une troupe folklorique d’Arabie Saoudite pour interpréter la partie folklorique des chants et danses qui vont accompagner le mariage.
Les collections 2011 vont être présentées pendant cette édition. Sera également présente la plus grande tatoueuse et artiste de henné au monde, qui va chorégraphier un défilé pendant ces deux jours. Pavan (Britannique d’origine indienne, ndlr) est inscrite au Guinness des records de par sa rapididé dans l’exécution de ses dessins.
Quand on parle de l’Orient, il faut aller jusqu’à Bollywood parce que ce serait un non-sens que de ne pas intégrer cette partie culturelle au niveau des rituels. Même sur le plan de la musicalité, il y a forcément des musiques indiennes qui sont interprétées dans un mariage arabe. Il existe un lien étroit entre les deux cultures. Et puis il y a une démarche très avant-gardiste sur le plan scriptural du henné, qui est hautement calligraphique par rapport à ce qui peut se faire dans les pays du Maghreb.

Quand on parle du mariage oriental, il est quelque peu dénué de l’aspect religieux. Qu’en est-il du mariage religieux ? A-t-il sa place dans ce salon ?

Z. Ch. : Le vocable du mariage oriental est un mariage musulman. La plupart des mariés sont obligés, de toute façon, de faire le « halal », il ne peut pas y avoir de cérémonie autrement. Sur le plan coranique, la notion de fête n’est pas interdite, la célébration est importante.
Si la question sous-jacente est de savoir s’il y a des prestataires qui peuvent répondre à des mariages avec moins de faste, sans mixité ou avec des chants religieux (anasheed), oui, il y en a dans le salon qui peuvent répondre à ce type de besoin comme pour les jeunes filles voilées. Elles peuvent avoir des robes qui se prêtent à leurs besoins vestimentaires, cela n’est pas un problème.
Nous fédérons l’ensemble des besoins mais, en même temps, le socle fondamental du mariage oriental est le mariage musulman, il ne faut pas le minimiser.
Après, à chacun ses règles, c’est au client de faire son choix : il peut en effet trouver tout type de prestataires, qu'il s'agisse de la musique, de la décoration, de la gastronomie ou encore des robes plus appropriées, à savoir moins dénudées avec le hijab.
Tout le monde se retrouve dans ce salon !


INFOS PRATIQUES

Le Grand Salon du mariage oriental
les 13 et 14 novembre 2010, à la Halle de La Villette, à Paris 19e

Entrée : 7 € par personne
1 place achetée = 1 place offerte

Pour en savoir plus sur le Grand Salon du mariage oriental

Pour en savoir plus sur Pavan, l’artiste de henné







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