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Religions

La mosquée d’Épinay-sur-Seine fermée

L’ancien imam fait de la résistance

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mardi 23 Novembre 2010

Rien ne va plus à la mosquée d’Épinay-sur-Seine. La mosquée est fermée depuis jeudi 18 novembre par décision de la Grande Mosquée de Paris qui gère le lieu de culte depuis octobre dernier. Sommés par la Mosquée de Paris et la mairie de partir, l’ancien imam, qui était présent tous les vendredis depuis plus de 15 ans, et ses partisans, n’entendent pas céder leur place. Ces derniers avaient réussi à faire partir IMS, l’ancienne association gestionnaire de la mosquée, en septembre.



Hervé Chevreau, maire d'Épinay-sur-Seine, et Hamid Boushaki, président d’Intégration musulmane spinassienne (IMS), lors de la pose de la première pierre de la mosquée, en octobre 2007.
Hervé Chevreau, maire d'Épinay-sur-Seine, et Hamid Boushaki, président d’Intégration musulmane spinassienne (IMS), lors de la pose de la première pierre de la mosquée, en octobre 2007.
L’Aïd el-Kébir célèbre le partage, la solidarité, le pardon. Ce ne fut pas vraiment le cas cette année à la mosquée d’Épinay-sur-Seine, dans la tourmente depuis plusieurs mois.

Chahuté, le maire Hervé Chevreau (centre-droit), venu délivrer un discours aux musulmans spinaciens après la prière de l’Aïd mardi 16 novembre, n’a pu rester très longtemps dans le centre et la Grande Mosquée de Paris, qui devrait gérer ce lieu aux termes de la convention signée le 20 octobre dernier avec la mairie, n’avait toujours pas pu imposer son imam. Décrits comme des « pertubateurs », l’imam Mustapha et ses soutiens sont mis en cause par ces derniers.

Conséquence : la Grande Mosquée de Paris (GMP) a décidé, deux jours plus tard, de fermer provisoirement la mosquée en attendant de trouver une solution.

« La volonté du maire est que les fidèles puissent exercer leur culte dans une totale sérénité, raison pour laquelle on a été sollicité, en tant que conciliateur, par la mairie pour reprendre la gestion du lieu de culte » en octobre dernier, après que le président d’IMS (Intégration musulmane spinacienne) Hamid Boushaki a jeté l’éponge, nous affirme le chargé de communication de la GMP, qui a souhaité garder l’anonymat.

L’imam au cœur des tensions

« Si le maire a jugé bon de confier la gestion de la mosquée à la Grande Mosquée de Paris, c’est qu’il avait des raisons profondes et pertinentes. C’est tout de même le premier magistrat de la ville. De plus, le local appartient entièrement à la mairie d’Épinay, aucun argent n’a été demandé aux musulmans », poursuit-il. Le financement du centre islamique, à savoir les 2 millions d’euros, a en effet été totalement pris en charge par le maire, sans aucune participation des musulmans de sa ville.

Contacté par Saphirnews, M. Chevreau donne sa version des faits. « Certains individus, qui perturbaient le fonctionnement de la mosquée, ont mis la pression sur M. Boushaki, qui a souhaité ne plus conserver que la gestion de la partie culturelle du centre. J’ai alors eu besoin d’une nouvelle association pour faire fonctionner le lieu de culte. Je me suis rapproché de la GMP, qui me paraît une institution solide pour la gestion de lieux de culte. Mais ces individus, qui ont réussi à faire partir M. Boushaki, mettent la pression sur la GMP. Elle a donc décidé fermer le lieu pour, j’espère, le moins de temps possible parce que cela pénalise toute la communauté musulmane », nous explique-t-il.

Qu’entend le maire par certains individus ? Pour lui, il s’agit de « cinq ou six personnes », qui sont à l’origine de l’Union des associations musulmanes d’Épinay (UAME), celle là même qui dénonce la convention donnant la gestion du lieu de culte de la ville à la GMP et qui souhaite que ce soit elle qui s’en charge. Elle estime que ce « parachutage » de la mairie a d’ailleurs pour but de faire partir l’imam Mustapha, qu’elle soutient sans faille, arguant qu’il assure les offices du vendredi à Épinay depuis 17 ans.

« L’imam qu’on souhaite dépêcher pour la mosquée d’Épinay est capable d’assurer sa présence pour les cinq prières quotidiennes, de faire le prêche du vendredi et de rendre des avis religieux alors que le précédent imam (Mustapha) ne vient que les vendredis. Il n’a jamais été attitré, même avec l’ancienne association, il n’a aucun diplôme en théologie à présenter. Il n’a pas à s’autoproclamer imam même s’il est là depuis longtemps. Nous avons une convention en bonne et due forme qui nous permet de choisir un imam compétent », estime le responsable de la Grande Mosquée.

« C’est à la Mosquée de Paris de gérer le problème »

Du côté de la mairie, même son de cloche. Quand bien même elle ne peut juger de la qualité des offices de l’imam, il est hors de question de confier la gestion du lieu à l’UAME. « C’est une association qui a mis une telle pression à M. Boushaki qu’il a été obligé de démissionner, alors qu'il gérait bien la mosquée. Ce que ces gens veulent, c’est la possession du lieu et rien d’autre. On ne peut pas travailler avec des gens de cette manière. Je ne veux pas résilier la convention avec la GMP, qui est pour moi la meilleure chose pour Épinay », martèle M. Chevreau.

« On a quelqu’un (l’imam Mustapha, ndlr) qui ne reconnaît pas le droit, pas la nécessité pour les fidèles d’avoir un vrai imam et qui se pose en victime, alors que les principales victimes sont les fidèles de la mosquée qui ne demandent qu’à prier en toute sérénité. On souhaite que l’imam fasse preuve de raison, qu’il laisse notre imam intervenir sereinement et que les perturbateurs arrêtent de déranger », affirme le chargé de communication de la GMP, qui assure que son imam a fait l’objet d’agressions physiques, verbaux et de menaces de mort.

Mais, pour le moment, l’imam n’est pas prêt à céder sa place et ses soutiens sont nombreux. M. Chevreau estime que c’est à la GMP de gérer le problème. Alors, s’il reste à tout prix, la Mosquée de Paris serait-elle prête à le poursuivre ? « On ne souhaite pas engager de poursuites judiciaires. On veut que tout se règle dans le consensus. Mais nous sommes dans un pays de droit et quand il y a des agressions physiques et des menaces de mort, il existe des réponses judiciaires », fait-elle savoir. Les musulmans de la ville ne sont pas prêts de voir les portes de la mosquée ouvertes.







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