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Politique

La finance, le faux adversaire de Hollande introduit à Bercy

Rédigé par Christelle Gence | Jeudi 28 Août 2014



Premier discours du nouveau ministre de l'Economie Emmanuel Macron, à Bercy, le 27 août 2014, lors de la passation de pouvoir avec Arnaud Montebourg.
Premier discours du nouveau ministre de l'Economie Emmanuel Macron, à Bercy, le 27 août 2014, lors de la passation de pouvoir avec Arnaud Montebourg.
C’est bien connu, les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Si certains pensaient encore que l’ennemi de Hollande, c’est la finance, comme il l’a martelé pendant la campagne présidentielle, ils n’auront cette fois plus aucune illusion. La nomination (surprise) d’un ancien banquier, Emmanuel Macron, au ministère de l’Economie entérine définitivement le virage économique à droite pris depuis quelques mois par François Hollande.

Antithèse de son prédécesseur Arnaud Montebourg, contraint à la démission après avoir critiqué de façon virulente la politique économique du gouvernement, « Emmanuel Macron s'inscrit dans la ligne que nous avons donnée », a résumé Manuel Valls sur France 2.

Le nouveau ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique en est surtout l’un des artisans. Secrétaire général adjoint de l’Elysée chargé de la politique économique jusqu’en juin dernier, il a, à ce titre, conseillé François Hollande sur les questions économiques depuis son arrivée à la présidence. Surnommé « le Mozart de l’Elysée » ou encore « l’hémisphère droit » du chef de l'Etat, Emmanuel Macron a contribué à l’élaboration du pacte de stabilité, annoncé en janvier dernier et qui a marqué le tournant social-démocrate, voire social-libéral pour certains, du président.

L’ascension fulgurante d’un technocrate

Enarque, entré au PS à 24 ans, il ne s’est jamais soumis au vote des électeurs – raison pour laquelle François Hollande ne l’avait pas fait entrer dans le premier gouvernement Valls. Il est aussi diplômé en philosophie, et a été l’assistant de Paul Ricœur, l’un des grands penseurs du XXe siècle. Entré à la banque Rothschild, il gravit très vite les échelons, jusqu’à devenir associé-gérant en 2012. Il quitte son poste, millionnaire, quand François Hollande entre à l’Elysée. Approché par le camp DSK, alors au Fonds monétaire international (FMI), Emmanuel Macron a choisi de soutenir très tôt l’ancien Premier secrétaire du PS, alors qu’il était au plus bas dans les sondages. Depuis, les deux hommes ne se seraient plus quittés.

Ce technocrate de 36 ans expliquait en 2010 avoir préféré s'« orienter vers la finance », car elle lui « paraissait plus libre et plus entrepreneuriale que d'autres secteurs ». Cette liberté, qui est à la source de graves crises économiques, François Hollande l'avait justement fustigée dans son discours tenu au Bourget pendant sa campagne présidentielle, où il désignait alors publiquement la finance comme son « adversaire ». « Il n'a pas de nom, de visage, pas de parti, il ne se présentera jamais comme candidat, il ne sera pas élu mais pourtant il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance », avait affirmé le candidat à la présidentielle, lors de son premier grand meeting du Bourget. C’était alors la ligne d’un autre conseiller – et proche d’Arnaud Montebourg – Aquilino Morelle, qui l’avait emporté. « Les banques, sauvées par les Etats, mangent désormais la main qui les a nourries. (...) Ainsi, la finance s'est affranchie de toute règle, de toute morale, de tout contrôle », avait-il même ajouté. Aujourd'hui, c'est bien un banquier qui gouverne très officiellement Bercy selon les désirs du président et de son bras droit à Matignon, tout à l'opposé d'Arnaud Montebourg, le défenseur de la « démondialisation ».

Une nomination mal digérée à gauche

La contradiction désormais flagrante n’a pas échappé aux détracteurs du gouvernement. Pendant qu’à l’UMP, Nadine Morano voit dans la nomination d’Emmanuel Macron un « renoncement » de François Hollande à ses promesses de campagne, le Parti de gauche estime qu’il est le symbole d’une équipe gouvernementale « épurée à la sauce libérale ». Pour Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste, l’arrivée du nouveau ministre de l’Economie, un « homme-clé des banques et de la finance » augure de la mise en œuvre d’« une politique plus droitière que jamais ».

A l’aile gauche du PS non plus, sa nomination ne passe pas. Le député socialiste Laurent Baumel, un des frondeurs, a qualifié le choix pour « Macron le libéral » de « provocation dérisoire ». Ce remaniement express, voulu pour remettre de l’ordre dans les rangs du gouvernement, risque de conduire un peu plus la majorité présidentielle à l'éclatement après la nomination en avril à Matignon du très droitiste Manuel Valls. Premier test sérieux en « septembre ou en octobre », quand le Premier ministre soumettra son gouvernement à un vote de confiance de l’Assemblée.





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