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Economie

L'entrepreneuriat social à l'honneur avec Ticket for Change

Rédigé par Christelle Gence | Vendredi 12 Septembre 2014

Pendant dix jours, 50 jeunes ont sillonné la France à la rencontre de pionniers de l’entrepreneuriat social. Soufiane Iquioussen, l’un des entrepreneurs avec qui les participants de Ticket for Change ont échangé, livre les conseils qu’il leur a donnés.



Le tour de France de Ticket for change a pour ambition de révéler le potentiel de 50 jeunes entrepreneurs en herbe. Ils entourent, ici, Pierre Rabhi, philosophe et bio-agriculteur, l'une des personnes inspirantes sollicitées lors de ce voyage de dix jours de conseils et de coaching.
Le tour de France de Ticket for change a pour ambition de révéler le potentiel de 50 jeunes entrepreneurs en herbe. Ils entourent, ici, Pierre Rabhi, philosophe et bio-agriculteur, l'une des personnes inspirantes sollicitées lors de ce voyage de dix jours de conseils et de coaching.
Ils ont entre 18 et 30 ans et sont déterminés à « changer les choses » dans ce monde qui « ne tourne pas toujours très rond ». Du 26 août au 6 septembre, Ticket for Change a permis aux 50 participants de voyager dans toute la France à la rencontre d’acteurs de l’entrepreneuriat social, « les pionniers les plus inspirants de notre pays », d’après les organisateurs. Objectif : provoquer chez ces entrepreneurs en herbe « le déclic » qui les fera passer à l’action.

Au programme de ce tour de France, compréhension des enjeux, inspiration par des pionniers, expérimentation, mais aussi introspection. Chaque étape devait leur permettre de révéler un peu plus « l’acteur du changement » qui est en eux. Ils ont aussi bénéficié de l’aide de trois experts en leadership et en transformation, qui les ont accompagnés tout au long de leur périple.

De retour à Paris, ils ont conclu l’aventure vendredi 5 septembre en pitchant leur projet, seuls ou en groupe, au public venu les entendre dans les locaux de l’Ecole supérieure de commerce de Paris. Certains des participants n’en avaient même pas au début de l’expérience. Mais elle s’est révélée si enrichissante qu’elle leur a « fait gagner des années », selon Soufiane Iquioussen, l’un des pionniers que les jeunes ont rencontrés. Des prix remis par Najat Vallaud-Belkacem ont été décernés aux trois meilleurs projets.

L'ex-ministre la Ville, de la Jeunesse et des Sports et actuelle ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem est la marraine de Ticket for change.
L'ex-ministre la Ville, de la Jeunesse et des Sports et actuelle ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem est la marraine de Ticket for change.

Un projet conçu par des jeunes pour des jeunes

L’initiateur de Ticket for Change, Matthieu Dardaillon, toujours étudiant, a mis son initiative sur pied à l’aide de trois autres jeunes entrepreneurs, Adèle Galey, Boris Marcel et Joséphine Bouchez. Tous passés par des écoles de commerce, ils ont aussi déjà œuvré dans le secteur de l’entrepreneuriat social. Ils trouvent un partenaire fondateur, Entreprendre&+, dirigé par Arnaud de Ménibus, qui leur apporte son soutien financier et en mécénat de compétences. L’initiative est également soutenue par l’ex-ministère du Droit des Femmes, de la Jeunesse, de la Ville et des Sports, et le Fonds d’expérimentation pour la jeunesse.

Avant même le début du voyage à proprement parler, Ticket for Change est un succès en termes d’organisation. Un rapide coup d’œil à la liste des parrains (Najat Vallaud-Belkacem, devenue entre-temps ministre de l’Education, Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental, et Thierry Marx, chef étoilé), sans compter les parrains régionaux, dont Anne Hidalgo et Michel Barnier, et à celle des partenaires financiers (Fondation Schneider Electric, Coca Cola France, Danone, Renault, ESCP Europe, HEC Paris, et d’autres encore) suffit à se rendre compte que le projet n’a pas été monté à la légère.

La liste des « pionniers d’exception » invités à échanger avec les participants de Ticket for Change est tout aussi impressionnante. Une quarantaine d’acteurs de l’entrepreneuriat social au total, parmi lesquels Pierre Rabhi, Jacques Attali, Charles-Edouard Vincent (Emmaüs Défi), Adrien Aumont (KissKissBankBank), Habiba Addi (Elmas) ou Soufiane Iquioussen (Garage solidaire du Hainaut, lire l'encadré), ont fait part de leur expérience et ont livré leurs conseils aux 50 jeunes.

Soufiane Iquioussen, fondateur du Garage solidaire à Hainaut, lors de son intervention auprès des jeunes de Ticket for change.
Soufiane Iquioussen, fondateur du Garage solidaire à Hainaut, lors de son intervention auprès des jeunes de Ticket for change.

Les conseils de Soufiane Iquioussen, une des personnalités inspirantes

Soufiane Iquioussen et Matthieu Dardaillon se sont rencontrés en mai 2013 à l’Elysée, alors qu’ils étaient tous deux sélectionnés pour rencontrer François Hollande et lui faire part de leurs difficultés. Sollicité par Matthieu Dardaillon, qui trouve son parcours inspirant, Soufiane Iquioussen a tout de suite accepté de participer au projet. Parce qu’il était « passé par là », lui aussi, et qu’il se retrouvait dans ces jeunes. Il aurait d’ailleurs aimé, à l’époque, participer à ce genre d’événements. « Si, dès le départ on m’avait présenté l’entrepreneuriat sous cet angle, je pense que j’aurais gagné beaucoup d’années », semble presque regretter le cofondateur du Garage solidaire.

Avant toute chose, « pour pouvoir avoir un impact social important, il faut absolument avoir une structure qui soit viable économiquement », a-t-il rappelé aux 50 jeunes. Lorsqu’on monte un projet, il faut bien sûr « beaucoup d’investissement personnel », mais il faut aussi « être bien entouré et ne pas hésiter à aller chercher les compétences chez d’autres personnes. » Il ne faut « pas oublier qu’un projet se construit vraiment pas à pas, et y aller par étapes ».

Quelle que soit la nature du projet, il est très important de développer un réseau, et de l’entretenir, a insisté l'entrepreneur. Au-delà de l’aventure Ticket for Change, pour les jeunes qui hésiteraient à se lancer, il rappelle qu’il y a énormément de structures qui accompagnent les jeunes entrepreneurs, « il faut aller chercher l’information ». « Il y a de gros freins psychologiques, surtout chez la jeunesse, qui n’a pas cette culture d’entreprendre », déplore Soufiane Iquioussen. « Il faut casser ces barrières. Et puis une fois qu’on est lancé, ne pas faire marche arrière, foncer ! », conclut-il, enthousiaste.

Soufiane Iquioussen, entrepreneur social et solidaire

Soufiane Iquioussen a bien sûr rencontré des personnalités « inspirantes », mais c’est seul qu’il a construit son parcours, « de façon artisanale ». Bac S en poche, il entre à l’université pour y étudier la biologie. Il arrête après quelques mois, pour se lancer dans l’entrepreneuriat « classique », dans l’immobilier. Une première réorientation professionnelle l’amène à fonder Qantara, une gamme de papeterie visant un public musulman (motifs arabesques, dates des fêtes musulmanes dans les agendas…). La petite entreprise marche bien pendant trois ans, mais la vie parisienne lui pèse, et il décide de retourner dans son Nord natal.

Il découvre alors l’économie sociale et solidaire, une révélation, qui lui permet d’allier l’aspect entrepreneurial et le côté social. Pour lui, « c’est la solution à la crise qu’on vit en ce moment, que ce soit au niveau économique ou au niveau sociétal. Ça redonne du sens à l’économie, c’est l’économie qui est au service de l’humain et non pas le contraire ».

En 2013, il est le lauréat des Talents des cités, grâce à son projet de garage solidaire à Hainaut, dans le Nord. Le prix lui ouvre des portes et débloque des subventions. Le garage voit le jour en 2014 et, depuis, c’est une affaire qui roule.

Destiné aux personnes bénéficiant des minimas sociaux, le projet répond à un réel besoin dans une région où il est difficile de trouver du travail sans voiture. Les personnes en situation de précarité peuvent ainsi faire réparer et entretenir leur véhicule à moindre coût. Un garage similaire devrait voir le jour à Valenciennes, l’an prochain. L’entrepreneur a tout de même un regret : n’avoir découvert l’entrepreneuriat social qu’il y a trois ans seulement.





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