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Politique

L’UMP veut des immigrés d'origine contrôlée, l'assimilation en étendard

Rédigé par Maria Magassa-Konaté et Hanan Ben Rhouma | Vendredi 20 Décembre 2013

En pleine polémique sur l’affaire Léonarda en octobre dernier, Jean-François Copé annonçait sa volonté de « réécrire complètement la politique de l'immigration ». Deux mois après, lors d’une convention organisée sur ce thème, l’UMP a présenté ses propositions sur le sujet. Immigration « choisie et non subie », limitation du regroupement familial et fin du droit de sol pour les enfants de clandestins émergent de cette vision politique qui vise à limiter drastiquement le nombre d’immigrés en France. Des propositions parmi tant d'autres d'une droite « décomplexée » qui prépare déjà une prochaine convention sur... l’assimilation.



Après l'identité nationale en 2009, la laïcité - plutôt l'islam - en 2011, place à l'immigration. A l’occasion d'une convention qui lui a été consacrée jeudi 12 décembre, l'UMP a publié pas moins de 41 propositions pour « refonder » la politique d’immigration. Estimant que l’immigration est « devenue un problème aux yeux des Français », le parti présidé par Jean-François Copé souhaite verrouiller les frontières de la France.

Parmi les propositions établies à l’issue d’un travail dirigé par Hervé Mariton, Valérie Debord et Bruno Retailleau, respectivement délégué général et délégués généraux adjoints au projet de l'UMP, on trouve ainsi la suppression de l’aide médicale d’Etat, destinée aux personnes en situation irrégulière et précaire pour leur permettre un accès aux soins, l’augmentation du prix des visas ou encore la fin du droit du sol pour les enfants nés de parents en situation irrégulière pour « réduire l'attractivité sociale » de la France.

Assignation à résidence et limitation du regroupement familial

« Une remise à plat » de la politique d’immigration est jugée nécessaire par l’UMP. « Nos capacités d'accueil et d'assimilation sont devenues limitées. Dans ces conditions, une immigration non maîtrisée est trop souvent une cause de souffrance et de malheur », justifie Jean-François Copé

Dans cette logique de fermeté, l’assignation à résidence des demandeurs d’asile dont la procédure est rejetée par l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), « jusqu’à ce que l’obligation de quitter le territoire français soit effective » est réclamée. L’UMP souhaite également limiter la possibilité pour les immigrés de faire venir leur famille. Ainsi, la proposition 16 formule l’idée d’« augmenter la durée de présence régulière sur le territoire pour demander un regroupement familial de 18 à 24 mois ». Les immigrés en faisant la demande devront également prouver leur maîtrise du français et leur connaissance des « valeurs de la République » et contribuer financièrement aux cours de français qu'ils recevront.

L’UMP veut des immigrés d'origine contrôlée, l'assimilation en étendard

Renégocier des traités bilatéraux particuliers

Alors que les ressortissants bulgares et roumains pourront librement circuler et travailler dans l’espace Schengen (donc en France) à partir du 1er janvier 2014, l’UMP dit s’y opposer « tant que ces deux Etats ne sont pas en mesure d’assurer le contrôle efficace des frontières extérieures de l’Union ».

Les citoyens de ces pays d’Europe de l’Est ne sont pas les seuls dont l’UMP veut limiter la venue. Sa proposition 36 propose ainsi de « renégocier l’ensemble de nos traités bilatéraux, notamment ceux avec l’Algérie, le Maroc et la Tunisie qui dérogent aux conditions de droit commun et créent à certains égards des situations de quasi-libre circulation », ceci afin de « faire évoluer le droit international pour mieux défendre de nos intérêts ».

Pour une immigration « choisie et non subie »

L’UMP veut limiter l’immigration mais surtout choisir ses immigrés. « Nous voulons réduire l’immigration familiale et contrôler l’immigration économique », peut-on lire dans le texte de la convention baptisée « Politique d'immigration, reprenons le contrôlé ». Pour cela, l’UMP émet l’idée de « créer une Conférence nationale sur l’immigration tous les ans, avec une évaluation des besoins réels de l’économie, avec consultation des experts et des représentants de la société civile ». « Cette Conférence se conclurait par un vote parlementaire arrêtant la proportion d’immigration régulière nécessaire (notamment pour l’immigration professionnelle et étudiante) et les capacités d’accueil et d’intégration de la France », est-il ajouté.

« Nous refusons le rapprochement courant au Front national "x millions d’immigrés = x millions de chômeurs" qui illustre une vision fausse et malthusienne. Certains immigrés peuvent être au contraire des acteurs majeurs de la lutte contre le chômage en développant des activités et des innovations qui créent de l’emploi sur le territoire national, au bénéfice de tous les Français. A nous de repérer et de choisir ces talents, comme le font d’autres grands pays occidentaux ! », arguent les auteurs du rapport de l’UMP.

Ce sont les immigrés ayant les « meilleurs talents » qui sont souhaités, les étrangers hautement qualifiés qui font figure d’immigrés idéals, les autres ne sont pas des plus bienvenus en France, doit-on comprendre. Pourtant, en mai 2012, une étude intitulée enquête annuelle « Besoins en main-d’œuvre » de Pôle Emploi montrait que les difficultés de recrutement pour les entreprises étaient plus importantes pour des métiers peu qualifiés, souvent pourvus par des immigrés comme les postes d’employés de ménages et d’aides à domicile. Soulignons que pour l’UMP, sa politique vise notamment à « aider les populations dans leurs territoires pour que ceux-ci se développent ». L'argument de l'aide au développement pour positiver les mesures se révèle bien faible.

Un tableau noir de l'immigration

Par de telles propositions, l'UMP livre sa vision sur ce que devrait être l’intégration, en affichant la thèse d'une supposée non-intégration générale des immigrés arrivés en France ces dernières décennies, particulièrement ceux issus du sud de la Méditerranée. L’immigration serait devenue un « problème parce que l’assimilation républicaine, qui est la condition d’une immigration réussie, ne fonctionne plus ».

Pour étayer sa thèse, le parti avance qu’il y a « 18 % d’étrangers dans nos prisons, alors qu’ils représentent moins de 6 % », que les mariages mixtes « concernent en grande majorité des Français d’origine étrangère avec des étrangers » et que « beaucoup de jeunes Français d’origine étrangère témoignent de leur difficulté à se considérer Français ». Qu'en est-il de la responsabilité de la droite dans ce sentiment ? Pas un mot de l'UMP.

Susciter « l'amour de la France » par l'assimilation

Faisant le constat de l’échec de la politique de l’intégration avec des arguments empruntés à bien des égards au Front national, l’UMP a rejeté en bloc le rapport remis dernièrement au gouvernement dans le cadre de la refondation de cette politique et prévoit d’organiser au printemps 2014 une convention... sur l'assimilation. Il faut attirer « ceux qui arrivent, travaillent et partagent l'essentiel de ce qui fonde la communauté nationale » et « susciter l'adhésion et même l'amour, l'amour de la France », estime l'UMP.

L'UMP prétend vouloir briser des « tabous » sur des sujets sensibles que la gauche ne veut pas se saisir. Divisée, celle-ci ne manque pas en effet d'arguments contre elle. Dernièrement, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a décidé d'annuler, mercredi 18 décembre, le séminaire interministériel sur l'intégration prévue en janvier 2014 après la polémique suscitée par le rapport. Ne sachant pas trancher, elle laisse un boulevard à la droite, traditionnelle et extrême confondues, aux idées bien arrêtées à ce propos et qui contribuent à une problématisation et une dégradation de l'image de l'immigration auprès de l'opinion publique. A moins de quatre mois des municipales, voici le thème revenu en force pour servir les campagnes électorales de droite. Avec son lot de stigmatisations qu'il devrait vite générer lors de telles échéances.






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