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Politique

Immigration : Léonarda, une aubaine pour la droite face à une gauche désemparée

Le droit du sol remis en cause

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 24 Octobre 2013

Le monde politique français s’écharpe sur l’immigration depuis l’affaire Léonarda, du nom de la jeune collégienne rom expulsé de France en octobre avec sa famille vers le Kosovo. La gauche apparaît plus divisée que jamais sur ce sujet que la droite sait s'emparer, sous le regard attentif d’un FN plus fort.



Immigration : Léonarda, une aubaine pour la droite face à une gauche désemparée
L’affaire Léonarda a généré une sacrée pagaille au sein de la majorité présidentielle. François Hollande, en proposant le retour en France de la collégienne rom sans sa famille, a enflammé le débat sur l’immigration que la gauche a pris le soin d’éviter depuis son arrivée au pouvoir.

Tandis que le ministre de l’Intérieur Manuel Valls annonce la réforme prochaine du droit d’asile pour accélérer les délais de traitement des dossiers, Jean-François Copé, le président de l'UMP, profite du désarroi de la gauche pour annoncer le dépôt d'une proposition de loi avant la fin de l'année pour « réécrire complètement la politique de l'immigration » en France. Son remède : la fin de l'acquisition automatique de la nationalité française et de l’aide médicale d’Etat, destinée aux personnes en situation irrégulière et précaire pour leur permettre un accès aux soins.

Immigration : Léonarda, une aubaine pour la droite face à une gauche désemparée

Devenir Français ne devrait pas être « automatique »

Vers une remise en cause du droit du sol ? Non, a déclaré Jean-François Copé mardi 22 octobre. « Mais quand on est né en France de parents étrangers en situation irrégulière, on n'a pas vocation à y rester et il n'est pas possible d'obtenir la nationalité française. Les enfants nés de parents étrangers en situation régulière ne peuvent pas obtenir la nationalité française de manière automatique. Ils doivent en faire la demande », dit-il.

Un tel changement dans la législation, si elle devait se faire, est une profonde entaille dans le principe de l'acquisition de la citoyenneté, bien que M. Copé refuse de l'avouer. Même Nicolas Sarkozy s'est refusé de toucher au droit du sol. « Le droit du sol, c'est la France », avait-il lancé en avril 2012 avant son élection à l'Elysée. Jusqu'à présent, tout enfant né en France de parents étrangers, y compris clandestins, devient automatiquement Français à sa majorité s'il a vécu au moins cinq ans depuis l’âge de 11 ans.

Quelques voix dans le camp UMP refuse de cautionner la proposition copéiste, à l'instar de Henri Guaino, l'ex-plume de Sarkozy devenu député des Yvelines, et Patrick Devedjian, député des Hauts-de-Seine. « Plus de 25% des Français ont au moins un de leurs grands-parents de nationalité étrangère. La France a toujours intégré un maximum d'étrangers venant de tous les coins de la planète », a défendu ce dernier auprès du Figaro.

Quand l’UMP légitime le Front national

Le président de l'UMP va plus loin en plaidant aussi pour la suppression de l’aide médicale d'Etat et la restriction des conditions d’accès à la Couverture maladie universelle (CMU) et au RSA à ceux pouvant justifier d'un certain nombre d'années de cotisation, ceci pour « que la France cesse d'être le pays le plus attractif socialement en Europe pour les immigrés ». Le dépôt de sa proposition de loi précédera une convention de l’UMP sur la question.

Pour Jean-François Copé, il s’agit d’une solution contre « la montée des tensions communautaristes gravissimes » et « l'extrême droite ». Vraiment ? Ses propositions sont largement inspirées des idées de l’extrême droite, incarnée par un Front national réfractaire au droit du sol dont il souhaite l’abolition au profit exclusif du droit du sang.

« Au pouvoir entre 2002 et 2012, l'UMP a eu dix ans pour réformer le droit du sol ou pour le supprimer. Elle n'a en a rien fait. Elle attend d'être dans l'opposition, et minoritaire, pour faire une timide proposition, ce qui démontre son manque flagrant de sincérité », a dénoncé Florian Philippot, vice-président du FN. S'il crie à « l’enfumage à visée électoraliste », les retombées politiques sur le parti de Marine Le Pen pourraient lui être bénéfiques, ce dernier faisant valoir auprès des électeurs que leurs propositions sont respectables et dignes d'intérêt puisque repris ailleurs sous d’autres formes. « Ils sont en train de faire du carburant pour le FN », a notamment réagi le ministre le ministre de l'Economie sociale et solidaire, Benoît Hamon.

La gauche fautive de son désengagement

« Ce n’est pas parce que l’UMP, à force de se regarder dans le miroir que lui tend le Front national, ne sait plus qui elle est, ce qu’elle pense et en quoi elle croit, qu’elle doit se croire autorisée à faire de sa crise idéologique, une crise nationale, et à confondre sa crise d’identité partisane avec une crise d’identité nationale. La droite républicaine doit penser au-delà d’elle-même, par-delà le Front national », a indiqué pour sa part Najat Vallaud-Belkacem.

D'aucuns dénoncent des propositions qui remettent en cause le fondement même de la législation sur la nationalité et donnent une prestance aux idées du FN sur l'immigration. La faute à la droite traditionnelle qui se pense toujours plus à droite de l'échiquier politique mais aussi à une gauche éclatée et sans conviction forte à faire valoir sur un thème décrété tabou et qu'elle n'a pas su s'emparer avec l'humanisme dont elle se revendique. Bon gré mal gré, elle permet à ses adversaires de marquer de points auprès des Français lassés des indécisions de l'Élysée. Que ceci nous plaise ou non.






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