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Société

Journée sans immigrés : un « succès », malgré la maigre mobilisation en France

Un bilan en demi-teinte

Rédigé par Leïla Belghiti | Mercredi 3 Mars 2010

7 000 manifestants en France, 3000 à Paris. Un « succès », pour les initiateurs de la Journée sans immigrés. À Lille comme à Strasbourg et d'autres grandes villes de l'Hexagone, la mobilisation était pourtant plutôt modeste.



Image d'une vidéo, tournée par le Collectif 24 h sans nous, devant le Panthéon, sur les paroles et la musique de Youssoupha.
Image d'une vidéo, tournée par le Collectif 24 h sans nous, devant le Panthéon, sur les paroles et la musique de Youssoupha.
Rappelant le vaste mouvement latino-américain de protestation contre la politique de l'immigration menée aux États-Unis, en 2006, qui avait lourdement pesé sur l'économie américaine, l'intérêt pour cette déclinaison française est évidemment d'importance.

Un avertissement lancé par les immigrés et enfants d'immigrés. Le message est clair, et nargueur à la fois : « Voyez ! Vous avez besoin de nous, cessez donc de nous stigmatiser, sinon... » Sinon, l'année prochaine et les années à venir, « on sera des milliers de fois plus nombreux à ne pas travailler le 1er mars ! », prévient Ilhem, une « enfant d'immigrés et fière de l'être », ainsi se présente-t-elle.

Sur Facebook, des retardataires découvrent l'événement et grossissent les rangs : depuis lundi, pas moins de 2 000 « fans » ont rejoint la page de la Journée sans immigrés, qui en compte plus de 73 000.

Une menace ?

« On en a marre ! », lance Saïd, faisant référence au climat délétère qui règne en France depuis plusieurs mois, du débat sur l'identité nationale à la burqa, en passant par la polémique des Quick Halal aux affiches FN pour les régionales visant explicitement les musulmans.

Pourtant, les immigrés représentent 8,6 % des actifs selon les statistiques 2007 de l'INSEE, soit près de 2 millions et demi de personnes. 40 % d'entre eux contribuent à la création d'emplois, selon l'OCDE. Difficile, voire impensable, de s'imaginer pouvoir se passer d'eux.

Le collectif « 24 h sans nous » se veut fair-play : « Nous avons eu des discussions avec plusieurs responsables politiques de l'UMP, du PS, des Verts et du FN, parmi lesquels Marine Le Pen ! », nous confie Nora Hamadi, membre du collectif et par ailleurs journaliste à Public Sénat.

Une mobilisation clairsemée

Ce nouveau mode d'action consistant à se « retirer » de la vie économique pour montrer l'apport de l'immigration a mobilisé lundi quelques milliers de personnes à Paris.

L'Hôtel de Ville de la capitale française a été la scène de manifestations musicales, de débats et d'échanges, rassemblant tous ceux qui se reconnaissaient de près ou de loin dans les objectifs de la journée : dire non à la stigmatisation de l'immigration.

À Lille [voir vidéo ci-dessous] comme à Lyon, la mobilisation était plus modeste, mais on se réjouit tout de même : « L'essentiel, c'est d'être présents. » « Ce n'est que la première édition, tout s'est passé très vite à Lille, nous ne pouvons qu'être fiers du résultat », résume Youssef Adjedj, responsable de la section lilloise du collectif « 24 h sans nous », accompagné d'une militante pour les sans-papiers.

Sympathisants, militants politiques, étudiants, cadres, employés, les uns scandaient leur revendications, les autres partageaient des histoires familiales.


Le mouvement se poursuit

Le mouvement fait des vagues. En Italie comme en Grèce ou en Espagne, on s'y est aussi mis. Lundi, ils étaient d'ailleurs plus de 20 000 à défiler dans les rues de Naples, soit trois fois plus qu'en France.

Plus grognons, nos voisins italiens ? « Non, c'est simplement qu'ils étaient beaucoup mieux organisés en réseau », explique Nora Hamadi, « nous fonctionnons très différemment en France. En Italie, par exemple, ce sont de grandes associations qui se sont emparées de l'initiative ».

« Pour un collectif qui a six mois, rassembler 7 000 personnes dans toute la France et réussir à interpeller la sphère médiatique et politique, c'est un excellent début », se réjouit Nora Hamadi. « C'est un mouvement qui est lancé et qui n'est pas prêt de s'arrêter », déclare-t-elle très confiante.

Attendre 2011, pourquoi faire ? La prochaine étape est déjà sur les rails : interpeller les parlementaires et décrocher une tribune au Parlement.






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