Ce sont toutes ces limites par lesquelles on cerne l'étranger. Le fait marquant, depuis quelques années, est qu'il ne s'agit plus seulement des frontières géographiques du territoire et juridiques de la nationalité, mais aussi des frontières immatérielles, non officielles, définies selon des critères sociaux, culturels, ethniques ou même raciaux, qui dessinent un étranger de l'intérieur. Un citoyen américain qui vit en France, même s'il parle très mal notre langue, sera considéré, dans sa vie de tous les jours ou même dans ses rapports avec l'administration, comme moins étranger qu'un Français d'origine malienne : il aura moins de mal à trouver du travail, il sera moins souvent contrôlé par la police, il fera l'objet de moins de préjugés. Comme le révèle un récent témoignage, même un journaliste du Monde, s'il a un nom arabe, peut être considéré comme étranger, ce qui indique bien que le phénomène touche tous les milieux sociaux. En fait, il n'y a pas en France de « problème des étrangers », mais un problème de « qui est vu comme étranger ».