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Economie

Halal : l’AFNOR met en place une norme expérimentale française sans parler abattage

Rédigé par Linda Lefebvre et H. Ben Rhouma | Vendredi 15 Septembre 2017

Au terme de longues tractations qui se sont étalées sur plusieurs années, l’Association française de normalisation (AFNOR) a publié, vendredi 15 septembre, une norme expérimentale d’application volontaire pour les aliments halal transformés. Une norme élaborée sous la forme d’un « guide de bonnes pratiques » dans lequel il n’est pas question de trancher sur le caractère halal ou non de l’abattage avec étourdissement de l’animal, sujet à controverse pour des associations musulmanes.



Halal : l’AFNOR met en place une norme expérimentale française sans parler abattage
« Gagner des nouveaux marchés et répondre à la demande croissante d’aliments transformés halal est un objectif pour les industriels alimentaires français », relaye l’AFNOR pour annoncer le lancement d’une norme française pour les denrées alimentaires transformées halal. Le ton est donné.

Avec l’instauration de cette norme, l’organisme français de normalisation estime que les industriels peuvent désormais « s’appuyer sur un socle commun » garantissant la chaîne de production d’aliments transformés halal. Selon un document interne à l’AFNOR que Saphirnews a pu consulter, la norme « permet au fabricant, sur la base des exigences clients, de conduire son analyse de risques en identifiant les étapes critiques qui pourraient rendre sa production non halal et en proposant des moyens pour les maîtriser ».

Sa mise en application est sans caractère obligatoire à ce stade : la norme est en effet expérimentale, avec « une période de mise à l’épreuve pendant laquelle les acteurs socio‐économiques en évaluent la pertinence et l’applicabilité » sur une durée de trois ans.

Une présence marquée des industriels

Elle a été élaborée « par consensus » par une commission présidée par Eldjida Makhloufi, responsable export au sein de la Fédération des industriels de la charcuterie (FICT), et composée ainsi de nombreux industriels comme l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA) ou encore le volailler Doux qui a récemment fait part de sa volonté de se recentrer sur le marche européen du halal.

Ont aussi participé aux travaux les représentants du Conseil français du culte musulman (CFCM) et des trois Grandes Mosquées (Paris, Evry et Lyon), de même que des représentants de plusieurs ministères (Agriculture, Intérieur et Finances).

« A marché spécifique, outil spécifique »

S’appuyant sur les principes de l’HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point), méthodologie pour assurer la sécurité sanitaire des aliments, la norme détaille « les bonnes pratiques » que les fabricants peuvent d’ores et déjà mettre en œuvre pour garantir la maîtrise de la fabrication de denrées alimentaires transformées halal. Des bonnes pratiques qui s’appliquent notamment à la sélection des intrants (non alimentaires) et des ingrédients, au personnel affecté à la production des aliments halal, au nettoyage et la désinfection des locaux et outils de production, à la traçabilité tout au long du processus de fabrication, aux autocontrôles, à l’information du consommateur et à l’étiquetage.

Le guide, « développé au service des fabricants de denrées alimentaires halal », vise à « définir les éléments clefs qui doivent être respectés lors des étapes de fabrication pour que les industries alimentaires puissent apporter toutes les garanties nécessaires quant au respect du caractère halal de leurs produits conformément à la demande de leurs clients », lit-on dans le document de l'AFNOR, qui « exclut les pratiques d’abattage et ne livre aucune définition nouvelle d’ordre religieux ».

« Ce n’est pas le rôle de la norme de trancher sur l’interprétation des textes religieux pour définir ce qui est interdit ou autorisé par l’islam », a fait savoir Nadine Normand, responsable du département agroalimentaire de l’AFNOR.

La question de l’étourdissement de l’animal évacuée

La norme ne concernant que la partie de la production située en aval, de la matière brute au produit transformé, aucune mention n’est faite sur le caractère halal ou non de l’étourdissement préalable de l’animal avant abattage, un point central sur lequel des associations de certification comme AVS et l’association de consommateurs ASIDCOM ont bataillé pendant des années au sein de l’AFNOR face aux industriels avant de finir par quitter la commission de normalisation sur le halal.

Ces associations - qui refusent l’électronarcose contrairement aux trois Grandes Mosquées - avaient ainsi participé à une conférence internationale à Istanbul en 2015 pour s’insurger contre « l'ingérence des non-musulmans dans le marché du halal », une crise qui avait alors provoqué la suspension des travaux avec l’AFNOR.

En parallèle, un référentiel religieux définissant les critères du halal avait été adopté en mars 2016 à l'unanimité des associations musulmanes, sous l'égide du CFCM, sans application concrète à ce jour dans l'ensemble du secteur agro-alimentaire halal en France. Les travaux de l'AFNOR ont fini par reprendre, sans ses opposants, aboutissant à un consensus pour une norme halal qui ne manquera pas d'être critiquée.






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