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Hadj

Hajj : « Les pèlerins français sont jeunes et mixtes »

Hadj 2012

Rédigé par Mérième Alaoui | Samedi 13 Octobre 2012

En décrivant les pèlerins français et l’évolution de la pratique du hajj, le chercheur Omar Saghi, enseignant à Sciences Po Paris et auteur de « Paris-La Mecque. Sociologie du pèlerinage » (PUF, 2010), montre l’émergence d’une « occidentalisation de la foi ».



Lecture du Coran en face de la Ka'ba, à La Mecque (Arabie Saoudite).
Lecture du Coran en face de la Ka'ba, à La Mecque (Arabie Saoudite).

Selon Omar Saghi, les nouvelles générations de pèlerins vont désormais au hajj avec des critères de touristes.
Selon Omar Saghi, les nouvelles générations de pèlerins vont désormais au hajj avec des critères de touristes.

Salamnews : Vous avez suivi un groupe de pèlerins français à La Mecque. Parmi les millions d’autres musulmans venus du monde entier, quelles sont leurs particularités ?

Omar Saghi : Ce qui m’a le plus étonné, c’est de voir autant de jeunes pèlerins. Un tiers en moyenne avait autour de 30 ans. Il y a aussi une parité presque totale entre hommes et femmes, plus de 40 % de femmes. Ces jeunes se rendent souvent au hajj en groupes d’amis, une dizaine environ, formés de couples mariés.
Dans la pratique, ils sont ce qu’on appelle salafistes, c’est-à-dire qu’ils s’attachent beaucoup plus au texte et se méfient de la pratique traditionnelle et culturelle de leurs aînés. Les superstitions, les innovations (bid‘a), les visites des tombeaux sont bannies.
Mais, surtout, ils ont une approche beaucoup plus rationalisée de la religion. Ils considèrent le pèlerinage presque comme un travail à mener efficacement avec performance, voire concurrence implicite… Ce qui est très intéressant, c’est que ces nouveaux phénomènes observés chez les Français annoncent ce qui se passe dans les autres pays musulmans émergents comme la Turquie, le Maroc ou l’Égypte…

C’est-à-dire... Les musulmans français seraient avant-gardistes dans la pratique religieuse ?

Omar Saghi : Oui, il y a une sorte d’« occidentalisation » de la foi en France, qui touche peu à peu les autres pays majoritairement musulmans. Ces Français montrent simplement qu’on peut avoir 30 ans, vivre dans un pays non musulman, bien gagner sa vie et décider de prendre des vacances spécialement pour le hajj. Chose inimaginable dans les années 1960-1970…
Aujourd’hui, on va au pèlerinage avec des critères de touristes. On veut un service de qualité, car on est venu pour des choses précises. Le voyage coûte très cher, les jeunes pèlerins sont là avant tout pour leur salut personnel.

Comment évolue l’organisation du hajj, à quoi peuvent s’attendre les futurs pèlerins 2012 ?

Omar Saghi : Il y a encore beaucoup de problèmes en ce qui concerne l’organisation du pèlerinage en France, mais cela est en train de changer. Ce qui manque, c’est davantage d’investissement de la part des autorités françaises. Tôt ou tard, l’État devra réguler le marché et s’occuper de ses ressortissants.
D’année en année, les Saoudiens veulent se tenir prêts à accueillir encore plus de monde. La ville de La Mecque se transforme peu à peu en un énorme complexe touristique avec plus d’escalators géants, de gratte-ciel, bientôt un TGV et un tramway… On détruit la vieille ville ainsi que les collines qui entourent la mosquée al-Haram pour construire des hôtels gigantesques. Par souci de sécurité, la vidéosurveillance se banalise, on utilise des écrans géants, des puces magnétiques…
Pour beaucoup de pèlerins, c’est souvent la première et la dernière fois qu’ils verront une ville si moderne.

Hajj : « Les pèlerins français sont jeunes et mixtes »
Première parution de cet article dans Salamnews, n° 40, septembre-octobre 2012.





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