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Politique

Fondation de l’islam de France : pourquoi la Grande Mosquée de Paris refuse d'y participer

Rédigé par | Lundi 23 Janvier 2017

La Grande Mosquée de Paris, par la voix de son recteur Dalil Boubakeur, a fait savoir qu'elle refuse de participer aux travaux de la Fondation de l'islam de France dont le lancement avait été officialisé lors de la troisième réunion de l'instance de dialogue avec l'islam en décembre 2016. Une décision motivée par un désir que n'est pas arrivé à satisfaire le ministère de l'Intérieur.



Dalil Boubakeur, président de la Fédération nationale de la Grande mosquée de Paris.
Dalil Boubakeur, président de la Fédération nationale de la Grande mosquée de Paris.
Dalil Boubakeur a annoncé, lundi 23 janvier, que la Fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris (FNGMP) ne participera pas aux travaux de mise en place de la Fondation pour l’islam de France, de son conseil d’orientation ainsi que de la création de l’association cultuelle, structure qui doit porter la responsabilité de financer la construction de mosquées et centres islamiques. Le président de la FNGMP a fait savoir via un communiqué de presse que sa fédération « dénonce toute forme d’ingérence dans la gestion du culte musulman et de sa représentation ».

Le recteur de la Grande mosquée de Paris, qui a été invité depuis des mois à prendre la présidence du conseil d'orientation, fait ainsi comprendre qu'il ne souhaite finalement pas prendre ce poste. Il estime que « l’élaboration des dites structures n’a jamais fait l’objet d’une large concertation avec les musulmans de France » et appelle « toutes les fédérations et associations musulmanes gestionnaires de lieux de culte, ainsi que tous les musulmans de France, à rejeter toute tentative de mise sous tutelle de l’exercice de leur culte ». Une déclaration des plus cocasses donnant du grain à moudre aux détracteurs même de la Grande Mosquée de Paris, qui n'a pas été, aux yeux d'une grande frange des musulmans de France, un modèle s'agissant de consultation.

Déçu du peu de place offert à la GMP

Cette annonce intervient le jour de la deuxième réunion du conseil d'administration de la Fondation de l'islam de France lors duquel les membres du conseil d'orientation devaient être désignés. Contacté par Saphirnews, Abdallah Zekri, secrétaire général du Conseil français du culte musulman (CFCM) et lui-même membre de la FNGMP, « regrette » une décision unilatérale du recteur, prise « sans concertation avec le bureau national ».*

Il explique en partie cette décision par le fait que Dalil Boubakeur, en tant que président supposé du conseil d'orientation, avait au départ le droit de désigner sept personnes. « Ce nombre fut réduit à trois », ce qui a convaincu le recteur de ne pas participer aux travaux de la fondation, nous indique-t-il. « Je comprends sa colère (…) mais il faut avancer avec plus de démocratie », indique Abdallah Zekri.

A peine entrée dans une phase opérationnelle que la Fondation de l'islam de France, présidée par Jean-Pierre Chevènement, vit déjà la première crise de son histoire. La crise couve toutefois depuis plusieurs mois. Dalil Boubakeur avait menacé de ne pas se rendre à la dernière instance de dialogue avec l'islam de France en décembre, s'estimant lésé « dans les nouvelles initiatives d’organisation du culte musulman ». Il était finalement venu Place Beauvau sans pour autant rester pour son allocution, malgré les ostensibles témoignages de respect entendus ce jour-là dans les discours officiels. Le bras de fer est lancé.

*Mise à jour mardi 24 janvier : Selon une source proche du cabinet du recteur de la Grande Mosquée de Paris, Abdallah Zekri ne serait plus membre de la FNGMP. « Le recteur a bien pris cette décision en concertation avec le bureau de la fédération de la Grande Mosquée », affirme auprès de Saphirnews cette source, pour qui il est normal qu'Abdallah Zekri, n’étant plus conseiller du recteur « depuis novembre 2016 », n'ait pas été mis au courant de la décision.

En revanche, le nombre de personnes désignées par la Grande Mosquée de Paris a bien été réduit à trois, provoquant le retrait de la fédération de la Fondation de l'islam de France. Un rendez-vous avec Jean-Pierre Chevènement est annoncé pour les prochains jours.

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