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Points de vue

Femmes musulmanes, femmes oubliées ?

Rédigé par Julie Pascoët | Mardi 8 Mars 2016



Le Réseau européen contre le racisme (ENAR) a mené une vaste enquête sur l’impact de l’islamophobie sur les femmes musulmanes dans huit pays européens. Les résultats de cette étude « Forgotten Women » seront rendus publics lors d’une conférence, le 26 mai 2016, à Bruxelles. Entre juin et décembre 2015, huit tables rondes ont rassemblé, dans chaque pays, des représentants et activistes d’associations antiracistes, féministes et des femmes musulmanes. Ici, les participants à la table ronde organisée en Belgique, en novembre 2015.
Le Réseau européen contre le racisme (ENAR) a mené une vaste enquête sur l’impact de l’islamophobie sur les femmes musulmanes dans huit pays européens. Les résultats de cette étude « Forgotten Women » seront rendus publics lors d’une conférence, le 26 mai 2016, à Bruxelles. Entre juin et décembre 2015, huit tables rondes ont rassemblé, dans chaque pays, des représentants et activistes d’associations antiracistes, féministes et des femmes musulmanes. Ici, les participants à la table ronde organisée en Belgique, en novembre 2015.
Nous célébrons aujourd’hui la Journée internationale des droits des femmes. S’il reste un long chemin à parcourir avant d’arriver à une égalité réelle entre les femmes et les hommes en Europe, ce chemin est d’autant plus ardu pour les femmes musulmanes ou perçues comme telles, surtout lorsqu’elles sont visiblement identifiables.

L’islamophobie en Europe semble toucher de plein fouet et plus particulièrement les femmes, qui subissent des discriminations et violences tant sexistes que racistes. Un rapport récent du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) montre que 74 % des actes islamophobes étaient signalés par des femmes. Ce chiffre grimpe jusqu’à 82 % lorsqu’il s’agit de violences islamophobes.

Cette dimension genrée de l’islamophobie se vérifie dans plusieurs pays d’Europe et est le résultat de plusieurs facteurs combinés. Tout d’abord, les femmes musulmanes sont souvent facilement identifiables lorsqu’elles portent un vêtement perçu comme religieux, comme le voile. Ensuite, l’image de ces femmes dans les discours politiques et médiatiques est extrêmement stigmatisante et les crispations se cristallisent particulièrement autour de la question du voile, qui est vu comme un obstacle au « vivre ensemble » et à l’intégration. Enfin, certaines pratiques religieuses sont souvent considérées comme intrinsèquement contraires à l’égalité des genres et les arguments féministes « mainstream » sont de plus en plus utilisés dans les discours racistes et xénophobes.

Islamophobie et sexisme en pays d'Europe

C’est pourquoi le Réseau européen contre le racisme (ENAR) a lancé un projet visant à mettre en lumière l’impact de l’islamophobie sur les femmes et les liens entre islamophobie et sexisme au niveau européen. Le projet vise à documenter ce phénomène dans huit pays européens (Allemagne, Belgique, Danemark, France, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède), en se focalisant sur l’emploi les crimes racistes, et à proposer des recommandations concrètes aux décideurs européens et nationaux pour aborder ce phénomène de façon globale.

Ce projet permet également de promouvoir les échanges et partenariats entre les associations antiracistes, de droits des femmes et de femmes musulmanes : huit tables rondes ont été organisées au niveau national, en étroit partenariat avec des organisations clés travaillant sur le terrain, pour briser les préjugés de part et d’autre, aborder les luttes communes et réfléchir à de futures actions en collaboration.

Les résultats préliminaires de la recherche d’ENAR montrent que les expériences de discrimination des femmes musulmanes sont liées autant à leur condition de femme que celle de musulmane, ou perçue comme telle. Elles subissent les mêmes inégalités que toutes les femmes – inégalités de salaire, difficultés dans l’accès à l’emploi, plafond de verre, violences – mais celles-ci sont renforcées par d’autres facteurs, comme l’origine, la classe sociale ou le fait de porter un vêtement perçu comme religieux comme le voile. Aux Pays-Bas par exemple, 76 % des plaintes pour discrimination sur base de la religion provenaient de femmes. En Belgique, 44 % des recruteurs admettent que le voile a un impact négatif sur la sélection.

En outre, l’interdiction du port du voile dans le secteur public dans certains pays (en France, Belgique, Allemagne et Pays-Bas) est souvent utilisée comme argument pour interdire le port de signes religieux dans le secteur privé. C’était notamment le cas de l’affaire de la crèche Baby Loup en France. L’étude montre également que les femmes musulmanes adoptent différentes stratégies pour éviter ou minimiser le risque de discrimination, notamment l’auto-exclusion, des choix alternatifs, etc.

Quant aux violences physiques et/ou verbales, d’après le CCIF en France, les agresseurs s’en prennent autant aux symboles islamiques (par exemple, arrachage de voile) qu’au corps de leur victime (attouchements sexuels), et les insultes sont tant islamophobes et racistes que sexistes.

Mettre fin à l’exclusion des femmes musulmanes

Il est dès lors urgent d’agir pour mettre fin à l’exclusion et aux violences subies par les femmes musulmanes. Les mesures visant à promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes doivent inclure une approche intersectionnelle et protéger contre les discriminations multiples, notamment sur la base des motifs de genre et de religion.

D’autre part, la législation existante en matière de non-discrimination dans l’emploi doit être mieux appliquée afin de mieux protéger les femmes musulmanes dans ce domaine. Enfin, les pays de l’Union européenne doivent adopter des stratégies de lutte contre l’islamophobie, ou au moins inclure des mesures spécifiques dans leurs plans d’action contre le racisme, et y aborder la question du genre.

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Julie Pascoët est responsable politique au Réseau européen contre le racisme (ENAR) et chargée du projet « Forgotten Women ». L’étude sur l’impact de l’islamophobie sur les femmes musulmanes sera publiée lors d’une conférence le 26 mai, à Bruxelles.





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