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Monde

Egypte : « Moubarak, dégage », veut le cheikh al-Qardawi

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mardi 1 Février 2011

La colère de la rue égyptienne a fini par être entendue par des oulémas. Et particulièrement par l’un des plus influents du monde arabe : le cheikh Yusuf al-Qardawi. Ce haut dignitaire religieux égyptien, qui détient la nationalité qatarie a encouragé, samedi 29 janvier, ses compatriotes à continuer leurs protestations pacifiques afin d'exhorter Hosni Moubarak au départ, après 30 ans de pouvoir.



Yusuf al-Qardawi, opposant au régime de Hosni Moubarak, soutient les révoltes populaires pacifiques en Egypte.
Yusuf al-Qardawi, opposant au régime de Hosni Moubarak, soutient les révoltes populaires pacifiques en Egypte.
Yusuf al-Qardawi, l'une des figures emblématiques de l'islam sunnite, sait se démarquer de ses pairs. Le chef spirituel des Frères musulmans, exilé au Qatar depuis 1961, a estimé, dans une interview avec la chaîne satellitaire qatarie Al-Jazeera, que le départ de Hosni Moubarak est « la seule solution » possible pour mettre fin à la crise sociale et politique qui secoue le pays depuis plus de deux semaines.

« Président Moubarak, je vous conseille de quitter l’Egypte. Il n’y a pas d’autres solutions à ce problème que le départ de Moubarak », a déclaré al-Qardawi, qui a qualifié le président égyptien d’être devenu « aveugle, sourd, muet » aux revendications du peuple, notamment des pauvres.

« Il n'y a pas de raison de rester plus longtemps, Moubarak, je vous conseille (à apprendre) la leçon de Zine El Abidine Ben Ali », a-t-il ajouté, se référant au président déchu de la Tunisie, qui a fui vers l'Arabie Saoudite le 14 janvier dernier.

Cependant, son appel à continuer la lutte contre le pouvoir politique s’est accompagné d’une mise en garde contre les dégradations des institutions publiques. Le soulèvement « doit passer par des moyens pacifiques », selon le savant.

Al-Qardawi, un homme d’influence

En janvier, le dignitaire religieux avait déjà agacé les dirigeants arabes en soutenant les révoltes populaires de Tunisie et en accusant les gouvernements de la région d’avoir pillé les richesses nationales et d'avoir affamé leurs peuples.

Ses déclarations de soutien à ce qui pourrait bien devenir « la révolution du papyrus » n’ont pas manqué d’être remarquées par l’Egypte tout entière et l’ensemble du monde musulman. Outre son affiliation au mouvement des Frères musulmans et son opposition au régime de Nasser puis de Moubarak, qui lui ont valu d’être emprisonné, exilé et déchu de la nationalité égyptienne, le cheikh Qardawi est aussi à la tête du Conseil européen pour la fatwa et la recherche et de l’Union internationale des savants (oulémas) musulmans.

Il a d’ailleurs appelé, dans un récent communiqué publié au nom de l’Union internationale, tous les partis politiques, les intellectuels, les élites et les syndicats égyptiens ainsi que les oulémas d’Al-Azhar de s’unir afin de réaliser les aspirations du peuple égyptien et a salué, par la même occasion, les sacrifices consentis par les Egyptiens pour obtenir la liberté, la dignité et la tenue d'élections libres, qualifiant les dizaines de morts de « martyrs ».

« L'Egypte dirigée par le président Moubarak avait renoncé à son rôle historique dans le conflit israélo-arabe et est devenu un médiateur au lieu d'être d'un partenaire dans la lutte (des Palestiniens). (…) 40 % de la population égyptienne vit sous le seuil de pauvreté », a-t-il expliqué dans ce communiqué.

Ses avis religieux (ou fatwas), parfois controversés, lui valent aussi d’être écouté par des millions de téléspectateurs. La diffusion depuis quelques années de son talk-show hebdomadaire « La charia et la vie », sur Al-Jazeera − aujourd’hui interdite de diffusion en Egypte en raison de sa forte influence dans le monde arabe et de son ton libre − a grandement permis à cet homme, âgé aujourd’hui de 84 ans, d'accroître sa notoriété.

Accusé de soutenir le terrorisme pour son soutien à la résistance armée des Palestiniens contre Israël, Yusuf al-Qardawi est interdit d’entrée dans plusieurs pays occidentaux, dont la Grande-Bretagne et les États-Unis.







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