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Monde

Tunisie : Ben Ali, la fin d’un règne sans partage

La révolution du jasmin célébrée à Paris

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 17 Janvier 2011

14 janvier 2011. Une date qui restera à jamais gravée dans les mémoires des Tunisiens. Un dictateur est tombé. A la surprise générale, celui qui a incarné le pays ces 23 dernières années a fui précipitamment la Tunisie. Dans toutes les grandes villes de France, plusieurs milliers de personnes sont descendues, samedi 15 janvier, dans les rues pour fêter la révolution du jasmin. Mais la joie ne chasse pas l’inquiétude pour leurs familles habitant en Tunisie, où pillages et destructions se produisent.



Au lendemain de la chute de Ben Ali, plusieurs milliers de personnes, principalement issues de la communauté tunisienne, se sont réunis pour manifester leur joie en France (ici, à Paris).
Au lendemain de la chute de Ben Ali, plusieurs milliers de personnes, principalement issues de la communauté tunisienne, se sont réunis pour manifester leur joie en France (ici, à Paris).
La rue et Internet a eu raison de Zine El Abidine Ben Ali. Qui aurait cru que l’acte de désespoir de Mohammed Bouazizi mènerait à ce résultat ?

Ce jeune diplômé de 26 ans, réduit à vendre des fruits et légumes à la sauvette pour survivre, s’est immolé par le feu, mi-décembre, après s’être vu confisquer ses marchandises. Cette action, pour le moins extraordinaire, est le feu de départ des révoltes populaires. C’est toute une partie de la jeunesse tunisienne qui s'est reconnue en lui et s'est lancée dans un mouvement de protestations sans précédent, qui se propage dans toutes les grandes villes tunisiennes.

Dépassé par les évènements, Ben Ali, qui tenait le pays d’une main de fer pendant 23 ans, a capitulé vendredi 14 janvier et pris la fuite. Un temps annoncé à Paris, le président rejoint finalement Jeddah, en Arabie Saoudite. Peut-être a-t-il eu une envie pressante d’accomplir le grand pèlerinage (hajj) en ces temps troubles pour lui et sa famille ?

Des manifestations de liesse en France

Soulagée, la communauté tunisienne vivant à l’étranger, particulièrement en France, où vivent près de 600 000 d’entre eux, est dignement sortie dans les rues manifester sa joie d’une liberté retrouvée.

A Paris, plus de 10 000 personnes se sont retrouvées, place de la République, et 2 500 à Marseille pour soutenir le peuple tunisien. Des manifestations similaires ont aussi été observées à Lyon, à Bordeaux, à Toulouse ou encore à Lille.

Toutefois, la joie a vite fait place à l’inquiétude en Tunisie, notamment à Tunis et dans sa banlieue. De nombreux centres commerciaux et échoppes ont été saccagés et pillés ces derniers jours. Selon plusieurs sources, ce sont des milices, constituées de policiers et de fidèles de Ben Ali, qui sont à l’origine des troubles depuis la chute de leur chef.

L’armée, très peu impliquée dans la répression des manifestants contrairement aux policiers, bénéficie de la confiance de la population. Mais face à des effectifs réduits (35 000 soldats pour une population de près de 11 millions d’habitants), la population a dû s’organiser. De nombreux Tunisiens se sont constitués en comités afin d’assurer la défense de leurs quartiers.

Jadis complice, la France se refait une beauté

Fouad Mebazaa, chef du Parlement tunisien, assure en place et lieu du Premier ministre Mohammed Ghannouchi le poste de président par intérim, et un gouvernement d’union nationale devrait être formé lundi 17 janvier. Le départ de Ben Ali a obligé plusieurs États à revoir leur politique étrangère à l’égard de la Tunisie. Washington a salué « le courage et la dignité » du peuple tunisien, appelant le gouvernement intérimaire à organiser des élections « libres et justes » dans « un proche avenir ».

Même son de cloche pour Paris, qui apporte désormais son « soutien déterminé » au peuple tunisien dans « sa volonté de démocratie. »

Guidée par ses intérêts économiques, la position française à l’égard de la Tunisie a changé du tout au tout. Pressenti dans un premier temps pour venir en France, Ben Ali a finalement été lâché par le gouvernement français, qui déclare maintenant vouloir traquer les avoirs suspects de l’ex-dirigeant tunisien en France. L’Élysée, qui l’a soutenu sans relâche pendant 23 ans, veut désormais rectifier le tir et tenter de faire table rase du passé pour ne pas se mettre à dos les adversaires de leur précieux ex-allié.

Les pays arabes ne veulent pas d’un scénario à la tunisienne

Il n’en va pas de même pour les régimes arabes, à commencer par le Maroc et l’Algérie, qui sont restés jusque-là silencieux. La révolution du jasmin suscite bien des espoirs auprès des peuples du monde arabe, mais leurs dirigeants craignent désormais un effet domino et taisent, du « mieux » qu’ils peuvent, les informations portant sur la Tunisie.

Seul le chef d’Etat libyen Mouammar Kadhafi a déclaré, samedi, que Ben Ali demeure « le président légal de la Tunisie ». Un discours que les Tunisiens ont très mal pris : ils ne regrettent nullement son départ. Le soutien total de la Libye à l’ex-dictateur laisse penser que Tripoli serait la prochaine destination de Ben Ali après Jeddah.

La perspective de voir ce dernier jugé pour ses actes s’éloigne, mais reste espéré pour un avenir proche.






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