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Société

Devoir d’insolence : une campagne antiraciste qui détonne

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Jeudi 6 Décembre 2012

Accusés par l'extrême droite de « racisme anti-Blanc » pour un livre-disque paru en 2010, le sociologue Saïd Bouamama et le rappeur Saïdou ripostent. Avec le soutien d'intellectuels et de nombreuses personnalités du monde militant, ils viennent de lancer une campagne de soutien. Des milliers de personnes ont déjà signé leur pétition qui fait le tour du Web.



Devoir d’insolence : une campagne antiraciste qui détonne
« Insolentes et insolents : le temps est venu de sortir de l'ombre ! » Pour le rappeur Saïdou, du groupe ZEP (Zone d’Expression Populaire), et le sociologue et militant associatif Saïd Bouamama, le devoir d’insolence s’impose.

Tous deux ont été mis en examen, en octobre, pour « injure publique » et « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence » sur plainte de l'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française (Agrif), une organisation d’extrême droite qui s’insurge contre un ouvrage et une chanson au titre évocateur de « Nique la France », que les deux Saïd ont fait paraître en 2010.

Depuis, la riposte s’organise. La campagne de soutien « Devoir d’insolence antiraciste » vient d’être lancée pour accompagner les deux mis en examen dans leur combat contre l’Agrif, déboutée dernièrement par la justice dans sa plainte contre Houria Bouteldja. La porte-parole du Parti des Indigènes de la République a en effet été relaxée le 19 novembre.

Des personnalités les soutiennent

La pétition a déjà obtenu pas moins de 4 000 signatures, parmi lesquelles de nombreuses personnalités, et non des moindres, à l’instar du réalisateur Mathieu Kassovitz, la fondatrice des Indivisibles Rokhaya Diallo, l’historien Pascal Blanchard, les rappeurs comme La Rumeur et Youssoupha. Eva Joly, Olivier Besancenot ou encore Clémentine Autain aussi.

Au total, les initiateurs de la campagne espèrent récolter 100 000 signatures d’ici à février 2013 mais aussi créer 100 comités d’actions dans 100 villes de France.

Car au-delà du soutien personnel porté aux deux Saïd, il s’agit aussi de s’insurger contre les discriminations, le racisme et l’islamophobie institutionnels qui gangrènent la société française, où la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » a bel et bien perdu de son sens.

Des mots délibérément provocateurs pour se faire entendre

« Nique la France et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes / Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes. » Telles sont les paroles du refrain de la chanson incriminée par l’Agrif. Pour ses auteurs qui déclarent s’inscrire « dans une longue tradition pamphlétaire des artistes engagés en France contre l’État français », ce sont le colonialisme, le système impérialiste et le racisme « sous ses formes les plus courantes mais aussi les plus décomplexées » et les inégalités qu’ils ont attaqué.

Les accuser de « racisme anti-Blanc » - pur produit du FN revenu à la mode avec l’UMP - n’est que poudre aux yeux pour discréditer leurs discours et les empêcher de parler d’une réalité telle qu’elle est vécue par tout un pan de la société.

« Lorsque des Noirs ou des Arabes font le choix de sortir de l’invisibilité et du mutisme afin de décrire la réalité telle qu’elle est – violente, inégale et destructrice – la droite extrême, l’extrême droite ou encore l’État s’emploient à tenter de convaincre l’opinion publique de l’illégitimité de ces discours », s’insurgent-ils dans la pétition. Au fond, ce que les auteurs de « Nique la France » réclament, comme des milliers de laissés-pour-compte de la République, est l’égalité entre tous les citoyens, près de 30 ans après la Marche pour l'égalité et contre le racisme (ou Marche des Beurs).

La justice peut bien les poursuivre, les deux Saïd continuent d’assumer haut et fort leurs écrits et leurs dires. « D’accord ou pas d’accord avec les propos et les formulations incriminés, nous défendons leur droit de les tenir. L’extrême droite veut interdire le droit de chanter la révolte, imposons le droit de l’exprimer sans entraves », conclut le texte.

La date du procès devenu politique de Saïdou et de Saïd Boumama n’est pas encore connue. Des premiers comités locaux au nom de la campagne « Devoir d’insolence antiraciste » ont d'ores et déjà été lancés à Amiens, Lille, Paris, Marseille, Martigue et à Toulouse. Le camp anti-fasciste sort ses armes et s'apprête à dégainer pour contrer le racisme.






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